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Strasnoy et Chostakovitch avec l’Orchestre philharmonique de Strasbourg

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Paris. Philharmonie. Grande salle Pierre Boulez. 9-III-2026. Oscar Strasnoy (né en 1970) : Sinfonia concertante, pour violoncelle, piano et orchestre ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 7 en ut majeur « Leningrad » op. 60. Jean-Guihen Queyras, violoncelle ; Alexandre Tharaud, piano ; Orchestre philharmonique de Strasbourg, direction : Aziz Shokhakimov

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Deux œuvres que tout sépare étaient à l'affiche du concert donné dans la Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie, investie par l' sous la direction du fougueux , chef titulaire de la phalange depuis 2020.

Avec sa nouvelle œuvre, commande de l'Orchestre de Strasbourg et de la Philharmonie de Paris, signe son retour en France. Révélé au public parisien lors du festival Présences 2012 où il était à l'honneur, le compositeur franco-argentin s'est, depuis lors, éloigné de la scène française en s'installant à Berlin où il vit depuis 15 ans. Écrite sur mesure pour le pianiste (dont il aime le jeu « scarlattinien » et pour lequel il a déjà composé un concerto pour piano) et le violoncelliste , Sinfonia concertante en cinq mouvements célèbre en beauté les 30 ans d'amitié et de collaboration artistique des deux interprètes.

Le titre, soufflé par Mozart, est choisi par le compositeur pour entretenir l'ambiguïté d'un genre (entre symphonie et concerto) où l'orchestre, toujours parcimonieux, sera parfois la caisse de résonance des deux instruments solistes ou, au contraire, lancera le geste qui sera repris par le violoncelle et le piano.

Ainsi ces deux trompettes qui se lèvent dès le début (Invocazione) pour donner le ton/le son et insuffler l'énergie via un petit motif nerveux dont s'emparent immédiatement le piano et le violoncelle dans un « babil » agité. Les échanges sont vifs, le mouvement fluide, tapageur parfois et non dénué d'humour, un petit théâtre de sons tout en finesse animé par les deux solistes souvent doublés par la percussion. Le violoncelle chante dans Levitazione, un voyage en tapis volant dont l'orchestre (incluant un clavecin et un célesta) peaufine l'atmosphère de rêve : a placé des aimants sur les cordes du piano pour en modifier les résonances et créer le dépaysement. Le paysage est ligetien, habité de sonorités étranges, mais on pense également aux Märchenerzählungen, ces contes de fée à la Schumann. Dans le Scherzo central, le pianiste enfile un gant de soie blanc pour exécuter le geste glissé sur les touches que l'orchestre répercute dans ses rangs. Fontana (mouvement 4) est le nom du plasticien argentin qui lacère ses toiles monochromes pour créer du mouvement : le geste est toujours à l'origine du son chez Strasnoy qui parle de « musique figurative » au sens premier du mot. La partie de violoncelle est incisive ou en rebonds d'archet, que le piano nimbe de ses résonances cristallines : l'orchestre se tait (comme dans la cadence du concerto) et laisse apprécier le jeu complice des deux artistes. Le son gratte, fend, fouette, ricoche et glisse dans un Finale leste et virtuose qui fait naître, sous le geste des musiciens, un foisonnement sonore et festif du plus bel effet. Il n'y a pas de citations dans la Sinfonia concertante mais une certaine idée du théâtre chez Strasnoy qui dit « travailler la partition comme un scénario ».

Le geste est toujours élégant et la sonorité raffinée dans la courte Danse hongroise n°11 de Brahms que les deux interprètes offrent en bis à un public totalement conquis.

Exposé à un chaud-froid vertigineux, on bascule, en seconde partie, dans un autre monde avec la Symphonie n°7 « Leningrad » de Dmitri Chostakovitch (1941) où la machine de guerre, avec emphase, compacité et puissance du gros orchestre, engloutit tout sur son passage. Écrite en pleine guerre, la symphonie, dédiée à la ville de Leningrad assiégée, est un Requiem pour tous ceux qui sont morts (dixit le compositeur) mais sans doute également un acte de résistance contre la terreur du régime stalinien dont aura encore à souffrir le compositeur dans les années à venir. Saisissante, après une introduction plutôt sereine où s'illustrent la flûte et le violon solo, est l'autorité du geste de Shokhakimov qui mène, tambour battant comme dans le Boléro de Ravel, le long crescendo orchestral du premier mouvement dont Chostakovitch sait entretenir l'obstination et l'inflexible processus d'amplification. Plus académique, tout en ménageant de belles surprises instrumentales, le deuxième mouvement, très solistique (hautbois élégiaque, clarinette claironnante, fine association de la harpe et de la clarinette basse) met en valeur les qualités d'un orchestre en grande forme, galvanisé par l'énergie et la précision du geste d'. Le chef dose les équilibres et cherche les couleurs, celles, très stravinskiennes, des vents dans le début du 3. On se laisse happer par la veine mélodique (cordes soyeuses) et le riche contrepoint des lignes bien conduites. Mais le temps nous dure, dans ce troisième mouvement un rien bavard tout comme dans le finale récapitulatif (surnommé Victoire) enchaîné sans transition, qui ne dit rien de nouveau sinon cette péroraison jouissive ramenant la plénitude de l'orchestre et les sonneries altières des cuivres très en dehors pour finir en beauté. Le public fait un triomphe à l' et à son chef dont la jeunesse, l'oreille affûtée et l'engagement total font ce soir des merveilles.

Crédits photographiques : © David Amiot

 

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Paris. Philharmonie. Grande salle Pierre Boulez. 9-III-2026. Oscar Strasnoy (né en 1970) : Sinfonia concertante, pour violoncelle, piano et orchestre ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 7 en ut majeur « Leningrad » op. 60. Jean-Guihen Queyras, violoncelle ; Alexandre Tharaud, piano ; Orchestre philharmonique de Strasbourg, direction : Aziz Shokhakimov

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