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Le triomphe de la Lucia d’Isabelle Philippe

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Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 20-XI-2010. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor, opéra en trois actes sur un livret de Salvatore Cammarano. Mise en scène : François de Carpentries et Karine Van Hercke. Décors : Siegfried E. Mayer. Costumes : Karine Van Hercke. Lumières : François de Carpentries. Avec : Isabelle Philippe, Lucia ; Marie-José Dolorian, Alisa ; Alexandru Badea, Edgardo ; Olivier Grand, Enrico Ashton ; Nikka Guliashvili, Raimondo  ; Paul Rosner, Normanno  ; Stanislas de Barbeyrac, Lord Arturo Bucklaw. Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Jean-Pierre Aniorte). Orchestre national de Lorraine, direction : Gian Rosario Presutti

L’opéra se déroule dans un décor unique représentant le fond d’un tombeau, dans lequel erre dès l’introduction le fantôme de Lucia. Malgré la présence de quelques marches et échelons, ainsi que d’une corde riche de symboles, les murs de la fosse paraissent infranchissables pour la jeune femme désespérément à la recherche de sa vie et de son amour perdus. Des images tourmentées de lune et de mer sont projetées sur un pan de ciel qui semble prolonger l’atmosphère lugubre d’un décor aux teintes dominées tout au long de l’ouvrage par le blanc et par le gris. Seules quelques échappées de rouge, dans la scène de la folie, se détachent de cette atmosphère évanescente. Dans un espace aussi confiné que les tristes costumes dans lesquels elle est enserrée et corsetée, Lucia se remémore l’histoire de sa pauvre vie et de ses multiples conditionnements.

Cet habile dispositif permet ainsi aux deux metteurs en scène, et Karine van Hercke, de concentrer leurs efforts sur une direction d’acteurs d’une rare intensité par sa violence contenue et par ses suggestions, notamment la relation qui unit Lucia à son frère. On aura rarement vécu aussi fortement l’isolement et l’emprisonnement de l’héroïne, perdue dans un monde masculin dont les valeurs, de toute évidence, lui échappent entièrement. Errant dans son rêve et dans sa folie, la jeune femme accède finalement à sa vérité intérieure, mais à quel prix…

La lecture de l’œuvre est renforcée par l’interprétation tout à fait exceptionnelle d’, engagée à fond, autant scéniquement que vocalement, dans son personnage. Si l’actrice, merveilleusement dirigée, est parfaitement convaincante, la chanteuse éblouit de la première à la dernière note par sa maîtrise totale du rôle. Avec les saisons (Mimi, Thaïs…), la voix s’est quelque peu épaissie et a acquis un léger grain corsé sans pour autant perdre de son agilité et de son aisance dans les vocalises et dans le suraigu. À cet égard la scène de la folie est véritablement stupéfiante de justesse et de précision, et on se réjouit des conséquences qu’aura vraisemblablement cette prise de rôle sur la carrière de la jeune cantatrice.

À ses côtés, le plateau ne démérite pas véritablement, même si aucun des partenaires de Lucia ne se montre au même niveau d’excellence vocale. Alexandru Badea est ainsi un ardent Edgardo, mais son aigu excessivement serré ne lui permet pas de tenir la ligne donizettienne de façon satisfaisante. En Enrico, Olivier Grand fait valoir un baryton à l’aigu d’une rare puissance, mais le chanteur est parfois fâché avec la justesse et ses phrasés manquent parfois de subtilité. Plus satisfaisant est le Raimondo de Nikka Guliashvili, d’une belle musicalité. Ces protagonistes sont tous trois dotés d’une voix tonitruante, qui semble faire contraste avec le timbre encore clair et cristallin d’, et qui finalement nous rappelle à quel point le personnage de Lucia est confronté à un univers masculin particulièrement dominant et écrasant…

Les petits rôles sont dans l’ensemble bien tenus – avec une mention spéciale pour l’Arturo de – et le chœur-maison est en bien meilleure forme que lors du précédent Macbeth. De même, l’ est dirigé avec efficacité par un chef, , qui se montre aux petits soins pour ses chanteurs. Il est vrai que dans un ouvrage de nature belcantiste, cela devrait être la moindre des choses.

C’est néanmoins la Lucia d’Isabelle Philippe, ainsi que l’intelligence et la sobriété de la mise en scène, qui auront à ce point remporté l’adhésion du public messin, véritablement enthousiasmé.

Crédit photographique : Isabelle Philippe (Lucia) et Alexandru Badea (Edgardo) © Philippe Gisselbrecht – Metz Métropole

 

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Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 20-XI-2010. Gaetano Donizetti (1797-1848) : Lucia di Lammermoor, opéra en trois actes sur un livret de Salvatore Cammarano. Mise en scène : François de Carpentries et Karine Van Hercke. Décors : Siegfried E. Mayer. Costumes : Karine Van Hercke. Lumières : François de Carpentries. Avec : Isabelle Philippe, Lucia ; Marie-José Dolorian, Alisa ; Alexandru Badea, Edgardo ; Olivier Grand, Enrico Ashton ; Nikka Guliashvili, Raimondo  ; Paul Rosner, Normanno  ; Stanislas de Barbeyrac, Lord Arturo Bucklaw. Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Jean-Pierre Aniorte). Orchestre national de Lorraine, direction : Gian Rosario Presutti

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