Le sourire de La Gioconda sied à l’Opéra Bastille

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra Bastille. 17-V-2013. Amilcare Ponchielli (1834-1886) La Gioconda, dramma en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito. Mise en scène, décors et costumes : Pier Luigi Pizzi. Lumières : Sergio Rossi. Chorégraphie : Gheorghe Iancu. Avec : Violeta Urmana, la Gioconda ; Luciana d’Intino, Laura ; Roberto Scandiuzzi, Alvise Badoero ; Maria José Montiel, la Cieca ; Marcelo Alvarez, Enzo ; Claudio Sgura, Barnaba ; Damien Pass, Zuane. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris. Chef de chœur Patrick Marie Aubert. Direction Daniel Oren.

Il aura fallu presque un siècle et demi pour que La Gioconda d’ entre au répertoire de l’Opéra de Paris. C’est assurément une date à marquer d’une pierre blanche. Cependant, l’événement, annoncé en grande pompe, en est-il vraiment un ?

Assurément oui, s’il s’agit de présenter au public de la capitale cette oeuvre composite, italianissime par son livret extravagant, sa musique dans laquelle la mélodie prime tout, mais pourtant redevable du Grand Opéra à la française par sa découpe, son faste, et la présence, déjà démodée lors de sa composition, d’un ballet. La Gioconda est une sorte d’objet lyrique non identifié, qui n’est pas, comme on l’a trop écrit, une transition entre l’œuvre de Verdi et le vérisme naissant, mais plutôt un hymne d’amour conservateur à l’art du beau chant, indispensable à connaître pour tout mélomane averti.

La réponse est plus nuancée en ce qui concerne la réalisation. Tout d’abord, ce n’est en rien une nouvelle production, mais la reprise d’un spectacle créé en 2005 pour Vérone, qui a beaucoup tourné depuis, et dont il existe même des retranscriptions en DVD. Ensuite, le remplacement d’, souffrant, par , reproduit la moitié de la distribution du magnifique enregistrement CD de studio d’EMI, qui date de dix ans déjà, ce qui semble montrer un certain manque d’imagination quant à la composition d’une équipe vocale.

Justement, il semble que les héros soient un tantinet fatigués. fait encore grosse impression par sa puissance et son charisme, mais l’émail de sa voix est perceptiblement usé, et ses aigus entachés de vilaines stridences. , appelé en toute dernière minute, semble mal à l’aise, et ne viendra d’ailleurs pas saluer. Il parait plus ou moins absent lors de son grand air, mais tout le reste de sa prestation reste de très grande classe, avec une belle autorité vocale et des graves profonds. s’en sort mieux, avec un timbre encore intact, si l’on accepte une présence scénique peu crédible.

Du côté des nouveaux venus, Marcelo Alvarez est une relative déception. Le ténor est toujours aussi solaire, avec des aigus brillants, mais, peut-être impressionné par la lourdeur du rôle d’Enzo, il cherche s’inventer un profil de spinto dont il n’a nul besoin, et perd au passage toute notion de ligne et de dynamique. est un bon Barnaba, autoritaire et vaillant, mais qui manque de brillant dans le timbre. La réelle triomphatrice de la soirée, y compris à l’applaudimètre, est la magnifique Cieca de .

La mise en scène de montre des splendides illustrations, dans des tons noirs et rouges. Les décors représentent les ponts et les canaux de Venise, dans des dominances sombres qui rappellent plus Bruges que la capitale de la Vénétie (une réminiscence de die tote Stadt ?) Les déplacements de foule, marins musclés et personnages de la commedia dell’arte, sont réglés avec minutie. En revanche, la direction d’acteur est réduite à la portion congrue, ce qui permet aux différents protagonistes, ni vraisemblables par l’âge, ni par le physique, de ne même pas faire semblant de jouer la comédie. Qu’importe, car les images sont là, reposantes, belles à regarder. De la même façon, le ballet, fort bien exécuté et très applaudi, reste bien académique.

Sous la direction de , l’ se montre sous son meilleur jour, soyeux, frémissant, et merveilleusement équilibré.

Une impression de soirée en noir et blanc, sous le signe du noir et rouge.

 

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