En trois temps à Lyon Thierry Malandain dit au revoir à la Maison de la danse
Les soirées « Midi-minuit » du Malandain ballet Biarritz, programmées à la Maison de la danse de Lyon s'inscrivent dans les séries intitulées « Histoire de la danse ». Le programme en trois pièces offre en effet au public une promenade dans 30 ans d'histoire du répertoire de ce ballet qui porte haut et fort l'excellence de la danse classique-contemporaine.

Le directeur et chorégraphe de ce ballet installé à Biarritz quittera ses fonctions à la fin de cette année 2026. Cette tournée est donc une façon pour lui de dire au revoir au public. Comme souvent dans son travail, le chorégraphe met autant en valeur la musique que la danse. Pour ce programme il a choisi le répertoire français enjambant la seconde moitié du XIXᵉ et le XXᵉ siècle avec Saint-Saëns, Ravel et Poulenc en ouverture.
La soirée commence à Midi pile, c'est le titre d'une pièce ancienne de Thierry Malandain. Il l'avait créée en 1995 pour un petit groupe à l'opéra de Saint-Etienne. Cette recréation pour 12 danseurs est donc d'un grand intérêt pour qui suit le travail de ce chorégraphe. Comme un éclat, les danseurs jaillissent du fond de scène par un rideau de lattes argentées. Ils vont prendre leur envol, bras à l'horizontal, donnant à l'espace une légèreté dans l'esprit du concerto pour deux pianos en ré mineur de Francis Poulenc.
Thierry Malandain met en valeur par ses danseurs toutes les nuances de cette musique aux accents doux et ludiques. Une variation masculine prend quelques instants des poses rappelant le profil du Fauve des Ballets russes. Puis le mouvement lent offre des moments de danses au sol, jeux de jambes dressées en l'air pour de beaux effets d'ensemble suivis d'un splendide duo heureux et d'un ensemble des danseurs jouant du balancement coordonné de leur bassin. Et ce n'est rien à côté de l'ambiance proche du music hall du dernier mouvement ponctué par un merveilleux pas de deux. Dernier éclat sur une dernière note de piano. Trente ans après sa création, Midi pile reste à l'heure sans décalage horaire avec aujourd'hui.

Avec le Boléro de Ravel, Thierry Malandain propose un hit du répertoire. Sa version a beaucoup été montrée. Elle trouve toute sa place pour son large public, s'inscrivant dans sa démarche de tout temps : offrir de la belle danse. Comme l'explique le chorégraphe : « le compositeur ne faisait pas mystère du caractère « musico-sexuel » de cette graduation orchestrale et de sa conclusion. A cette analogie érotique, j'ai préféré celle de la liberté conquise pas à pas sur l'enfermement, en relevant le défi de confiner les interprètes dans un espace clos et restreint. »
Les gestes sont plus mécaniques. La raideur des jambes, les coups du plat du pied au sol scandent la montée de la musique. Enfermés dans un carré blanc de lumière le groupe de 12 danseurs ne fait qu'un bloc, un peu froid. Les danseurs sont très peu en contact les uns avec les autres. Un court passage au rouge et en cercle fait prendre un air de rituel à la danse collective. Les interprètes trouveront une issue en s'échappant de l'enfermement. Sur le final les 12 danseurs quittent le carré de lumière central pour se retrouver prisonniers à l'extérieur de l'espace. Effet garanti sur le public.

Pour nous dire au revoir, Thierry Malandain donne enfin rendez-vous à Minuit et demi, titre de la dernière pièce du programme, dernière chorégraphie imaginée par Malandain avec son ballet de Biarritz. La pièce a été créée en juin 2025 à San Sebastian. Elle trouve parfaitement sa place dans ce parcours, dans son histoire. Il fait cette fois appel au répertoire musical de Camille Saint-Saëns. La pièce est sous-titrée « le cœur mystérieux ». Les grands manteaux noirs qui habillent les 21 danseurs au début du ballet pour accompagner l'air de la célèbre Danse macabre pourraient faire penser que l'ultime chorégraphie de Thierry Malandain pour son ballet va nous entrainer dans une atmosphère crépusculaire. Mais tout en subtilité et en ampleur des gestes, les danseurs font tourner leurs manteaux et l'ambiance s'ouvre au fil des compositions de Saint-Saëns : extraits du Carnaval des animaux et surtout les délicates mélodies des poèmes de Pierre Aguétant, Théodore de Banville, Henri Cazalis et Victor Hugo.

Le revers des manteaux et les justaucorps bleu ciel éclaircissent l'horizon. Ils transfigurent la nuit. Dans sa construction chorégraphique, ce ballet retrouve la construction des ensembles classiques : pas de deux, quatuor ou trio d'hommes et de femmes, grands ensembles. Thierry Malandain met ainsi, comme il aime le faire en tournée, l'ensemble de ses interprètes en valeur. Dans leur vocabulaire, les danseurs flirtent avec la rigueur et le brio rappelant William Forsythe. Les corps se dessinent au plus juste. Dans leurs justaucorps couleur chair du final, la troupe des danseurs semble nous transmettre le message de leur directeur chorégraphique : « Je vous ai tout donné ».
Et c'est vrai que cette dernière œuvre résume merveilleusement la ligne classique-contemporaine tenue pendant 28 ans par le fondateur de ce Ballet assez unique dans son genre en France.













