Portraits de femmes en demi-teintes par Hélène Schmitt
La violoniste Hélène Schmitt délaisse un temps le répertoire baroque pour le disque Ladies, entièrement consacré à des compositrices françaises, anglaises et américaines « fin de siècle ».
Avant toute considération musicale, le nouveau disque de la violoniste française Hélène Schmitt surprend d'abord par sa présence sonore. Comme rarement le violon est capté de manière très « charnelle ». Félicitation à la direction artistique d'Ulrich Lorscheider dont la prise de son permet de ressentir le souffle de l'artiste comme si elle était à côté de vous, le crin de l'archet glissant sur la corde, la plus infime harmonique. Mais cette prise de son à la loupe peut aussi grossir quelques imprécisions, fautes de justesse ou d'intonation dans un répertoire que ne fréquente pas habituellement Hélène Schmitt.
Connue pour ses merveilleux disques Bach, Biber, Leclair, la violoniste française s'accorde cette fois-ci un pas de côté, avec un disque entièrement consacré à de courtes pièces de compositrices françaises, anglaises et américaines du dernier tiers du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle. Echelonnées entre 1867 et 1924, les pièces de Pauline Viardot, Cécile Chaminade, Amy Beach, Rebecca Clarke et Lili Boulanger qui composent l'essentiel de cette parution sont toutes des pièces de « salon », sans autres enjeux que la beauté mélodique, la sensibilité poétique et une réelle finesse d'écriture. Tout cela est charmant, joué avec beaucoup de délicatesse et de sincérité par Hélène Schmitt, sur un superbe violon Deconetti de 1764, et le pianiste Antoine de Grolée (piano Steinway de 1886), mais reste un peu à la surface des choses.
C'est au cœur du programme que se nichent toutefois quelques perles. Tout d'abord les deux pièces de Lili Boulanger (1893-1918), Nocturne et D'un matin de printemps. La sœur de Nadia Boulanger, décédée dans la fleur de l'âge, y révèle une âme inquiète réellement bouleversante. C'est également le cas pour l'anglo-américaine Rebecca Clarke (1886-1979), célèbre altiste, qui livre, avec sa Lullaby et son Midsummer Moon, deux pièces mystérieuses d'une sensualité frémissante. La compositrice contemporaine Florentine Mulsant a écrit pour Hélène Schmitt Trois Fantaisies où se croisent les influences d'Henri Dutilleux et d'Olivier Messiaen. Loin des « bluettes » de Cécile Chaminade ou Pauline Viardot, ces compositions prouvent que la musique de ces « Ladies » vaut souvent mieux que les salons dans lesquels ont les a trop souvent cantonnées.
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