Interprétations sensibles de musique française par Serge Baudo

À emporter, CD, Musique symphonique

Maurice Ravel (1875-1937) : Boléro, ballet pour orchestre ; Ma Mère l’Oye, suite pour orchestre. Arthur Honegger (1892-1955) : Concerto da Camera pour flûte, cor anglais et orchestre à cordes. Claude Debussy (1862-1918) : La Mer, trois esquisses symphoniques pour orchestre. Pavel Foltýn, flûte ; Iveta Bachmannová, cor anglais. Orchestre Symphonique de Prague, direction : Serge Baudo. 1 CD Music Vars. Réf. : VA 0145-2. DDD. Enregistré « live » en la Salle Smetana de la Maison Municipale à Prague, en 2001 (Ravel) et 2002 (Honegger, Debussy). Notices quadrilingues (tchèque-français-anglais-allemand) bonnes. Durée : 71’55’’.

 

En ces journées vacancières, la découverte de ce CD procure un double plaisir : d’abord la présentation, un dessin sobre d’un bleu évocateur, est une véritable invitation au voyage, vers les mers aux plages ensoleillées ; ensuite, il y avait bien longtemps que nous n’avions reçu d’enregistrement du sympathique chef d’orchestre français . Les années filent tellement vite !… Saviez-vous que cet admirable musicien vient de fêter ses soixante-dix-neuf printemps (il est né à Marseille le 16 juillet 1927) ? Ce disciple du grand et regretté Charles Münch a toujours été un interprète incomparable de la musique française, et il le prouve brillamment une fois de plus ici, en un superbe CD du label tchèque Music Vars, réalisé avec la complicité chaleureuse de l’, le premier orchestre tchèque qu’il ait dirigé en 1959 : c’était d’ailleurs son premier concert à l’étranger. Le grand chef d’orchestre a toujours eu de profondes affinités avec Prague et ses divers orchestres : nommé directeur musical et chef principal de l’ à partir de mars 2001 jusqu’à la fin de la saison de concert 2005/2006, il a confié « avoir une relation avec Prague et les Tchèques, tout à fait exceptionnelle. »

a créé nombre d’œuvres de Marius Constant, Henri Dutilleux, Daniel-Lesur, Olivier Messiaen, Marcel Mihalovici, Darius Milhaud, Henri Tomasi, et si sa discographie compte d’admirables témoignages de ses interprétations avec l’Orchestre de Paris chez EMI, c’est surtout chez Supraphon que son art s’épanouit, avec notamment, rehaussé par l’incomparable Philharmonie Tchèque, un cycle Honegger fabuleux comprenant symphonies, poèmes symphoniques et oratorios. Aussi n’est-il pas étonnant de retrouver ici, au centre d’un programme parfaitement équilibré et capté en public, le radieux Concerto da Camera pour flûte, cor anglais et orchestre à cordes de son cher dont il a si bien servi la musique. Composé en 1948, ce Concerto da Camera, en trois mouvements, est une des œuvres les plus heureuses, les plus détendues d’Honegger dont elle rappelle un peu la Pastorale d’Été ou la Symphonie n°4 « Deliciae Basilienses » : donnant libre cours au jeu pur des instruments solistes dont il libère toutes les ressources, le compositeur semble s’y être laissé aller au plaisir d’éprouver sa grande maîtrise d’écriture, de construction, et le caractère méditatif et profond du mouvement lent n’empêche pas le musicien d’apparaître libéré de son austérité et surtout du pessimisme qui le mina à la fin de sa vie. Il est tout à fait exceptionnel d’entendre une interprétation si fervente et subtile de cette partition, à plus forte raison si l’on sait qu’il s’agit en l’occurrence d’un concert public : Pavel Foltýn à la flûte et Iveta Bachmannová au cor anglais, deux instrumentistes de l’, y sont éblouissants et parfaits de finesse et de sensibilité, même si la prise de son semble avantager la flûte par rapport au cor anglais.

L’œuvre d’ est encadrée par l’ultra célèbre ballet pour orchestre Boléro (1928) dédié à la danseuse russe Ida Rubinstein, et la suite pour orchestre Ma Mère l’Oye (1912) de , d’une part, et de l’autre par les trois esquisses symphoniques La Mer (1905) de Claude Debussy. Dans toutes ces pages, Serge Baudo est royal : après un Boléro parfaitement maîtrisé, au tempo plutôt allant, qui fait de chaque solo un véritable enchantement, Ma Mère l’Oye apporte une oasis de fraîcheur et d’intimité bienvenues (il s’agit en l’occurrence de la seule suite d’orchestre en cinq parties, c’est-à-dire sans le Prélude, la Danse du Rouet et les quatre Interludes du ballet intégral), tandis que La Mer trouve en Baudo un interprète attentif à tous les raffinements et subtilités sonores : version exhaustive dont l’apothéose finale est vraiment extraordinaire. Dans tout ce programme, l’Orchestre Symphonique de Prague déploie des qualités de jeu transcendantes, grâce à l’exceptionnelle musicalité de chacun de ses instrumentistes qui contribuent à lui conférer une véritable personnalité, ce qui, reconnaissons-le, est assez exceptionnel en ces temps d’uniformité sonore mondiale des phalanges.

Certains disques de petits labels peu connus contiennent des instants merveilleux d’état de grâce ; celui-ci est l’un d’eux, ce qui le rend particulièrement précieux.

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