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Sylvain Dupuis, ami et défenseur de Gustav Mahler

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Sylvain Dupuis (1856-1931) : Pour un Drame…, ouverture symphonique ; Macbeth, paraphrase symphonique ; Invocation pour violoncelle et orchestre ; Prélude et Danse pour violon et orchestre ; Suite en ré mineur ; Légende pour violoncelle et orchestre ; Poème pour violoncelle et orchestre ; Suite en si bémol majeur ; Moïna, poème héroïque : Danse armée. David Cohen, violoncelle ; Richard Piéta, violon. Orchestre Philharmonique de Liège et de la Communauté Wallonie-Bruxelles, direction : Jean-Pierre Haeck. 1 CD Musique en Wallonie MEW 0421. Enregistré les 1er, 2 et 6 juillet 2004 en la Salle Philharmonique de Liège. Notice quadrilingue (français-néerlandais-anglais-allemand) excellente. Durée : 75’41’’.

 

Si la transition directoriale XIXe – XXe siècle au Conservatoire Royal de Musique de Liège fut accomplie de 1872 à 1911 par Jean-Théodore Radoux (1835-1911), ce fut à son successeur (1856-1931) que revint l’honneur, dès 1911 et jusqu’à 1925, d’un directorat moderne de plain-pied au XXe siècle. Ces deux puissantes personnalités firent connaître des heures glorieuses non seulement à l’établissement qu’ils dirigèrent de main de maître, mais également à l’Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire dont par leurs attributions ils étaient automatiquement chefs attitrés. Premier Prix de Rome en 1879, était vraiment une force de la nature, ce qui lui permit d’occuper plusieurs fonctions dont celles de directeur de la Société Chorale Royale « La Légia », de directeur-fondateur des Nouveaux Concerts en 1888 et de directeur des Concerts populaires à partir de 1900, qui l’amenèrent à révéler au public liégeois non seulement les œuvres de Brahms, Franck, Rimski-Korsakov, Wagner, mais aussi Bach, Monteverdi, Vivaldi – ce qui était peu commun à l’époque – ainsi que des « contemporains » du moment : Chausson, d’Indy, Debussy, Dukas, Glazounov, Mahler, Strauss. Il est rapporté que Mahler fut si impressionné par l’exécution de sa Symphonie « Résurrection » par le 6 mars 1898 qu’il tint à revenir Boulevard Piercot la diriger personnellement, ce qu’il fit en janvier 1899. Au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles dont il était premier chef d’orchestre depuis 1900, créa nombre d’ouvrages lyriques dont Louise de Gustave Charpentier, Le Roi Arthus d’Ernest Chausson, L’Étranger de Vincent d’Indy.

Déjà en 1985, Pierre Bartholomée, à la tête du même orchestre, avait enregistré pour Ricercar (RIC 030005) la paraphrase symphonique Macbeth (1880) en un programme intitulé « Du Crépuscule à l’Aurore » et qui contenait également l’Hymne à Vénus d’Albéric Magnard, entre autres. Toutefois il est bon d’enfin disposer de ce superbe CD réalisé par Musique en Wallonie et entièrement consacré à l’œuvre symphonique de Sylvain Dupuis pour mieux appréhender le personnage qui, plus connu comme chef d’orchestre que comme compositeur, était aimable, enthousiaste et sympathique, non sans humour, ce qui ne l’empêchait nullement de piquer des colères retentissantes ; envers surtout ses musiciens et ses élèves, il dissimulait une grande bonté sous des dehors quelque peu bourrus, et tous ces traits de caractère se retrouvent dans sa musique qui tour à tour explose ou s’attendrit, accentuant de la sorte le côté dramatique de ses compositions aux sujets choisis en conséquence : Pour un Drame…, Macbeth convenaient parfaitement à son tempérament bouillonnant. C’est l’époque des compositions symphoniques inspirées par la musique de son temps : en effet, plutôt que d’y trouver des influences berlioziennes, des musiciens tels que Vincent d’Indy, Albéric Magnard, voire le carolorégien Adolphe Biarent semblent mieux situer et avoir marqué le caractère ou le style de l’œuvre de Sylvain Dupuis. Des dernières années de son existence naissent des compositions concertantes pour violon ou violoncelle qui révèlent un art épuré parfaitement maîtrisé.

Pour l’exécution de ces œuvres dont l’intérêt d’écoute ne faiblit à aucun instant, nous retrouvons avec le plus grand plaisir l’Orchestre Philharmonique de Liège et de la Communauté Wallonie-Bruxelles, idéalement désigné pour ce répertoire ; son admirable concertmeister Richard Piéta nous offre une interprétation vibrante de la page pour violon, tandis que le Tournaisien , soliste principal du Philharmonia Orchestra londonien, et déjà l’auteur d’un superbe Lalo, se montre tout aussi inspiré dans celles pour violoncelle. Mais témoignons surtout notre reconnaissance à – dont le nom nous est maintenant familier – pour nous avoir convaincu, par sa direction éblouissante, de la haute qualité de cette musique qui est loin de n’être, comme on la qualifie souvent bien dédaigneusement, que de la musique de chef d’orchestre.

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Sylvain Dupuis (1856-1931) : Pour un Drame…, ouverture symphonique ; Macbeth, paraphrase symphonique ; Invocation pour violoncelle et orchestre ; Prélude et Danse pour violon et orchestre ; Suite en ré mineur ; Légende pour violoncelle et orchestre ; Poème pour violoncelle et orchestre ; Suite en si bémol majeur ; Moïna, poème héroïque : Danse armée. David Cohen, violoncelle ; Richard Piéta, violon. Orchestre Philharmonique de Liège et de la Communauté Wallonie-Bruxelles, direction : Jean-Pierre Haeck. 1 CD Musique en Wallonie MEW 0421. Enregistré les 1er, 2 et 6 juillet 2004 en la Salle Philharmonique de Liège. Notice quadrilingue (français-néerlandais-anglais-allemand) excellente. Durée : 75’41’’.

 
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