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Découverte du jeune et brillant clarinettiste Jean-Luc Votano

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour clarinette en la majeur KV. 622  ; Carl Maria von Weber (1786-1826)  : Concerto pour clarinette n°1 en fa mineur op. 73  ; Gioacchino Rossini (1792-1868) : Introduction, thème et variations pour clarinette et orchestre. Jean-Luc Votano, clarinette ; Orchestre Philharmonique de Liège, direction Louis Langrée. 1 CD Cypres CYP7609. Enregistré Salle Philharmonique, Liège, du 12 au 14 juin 2006. Notice trilingue (anglais, français, flamand) 62’10’’

 

Voilà un CD au programme composite mais finalement assez cohérent, puisque consacré à trois œuvres pour clarinette et orchestre écrites sur une période de vingt ans, entre 1791 et 1811, par trois compositeurs au style bien différent, Mozart, Weber et Rossini. Du chef-d’œuvre célèbrissime qu’est le concerto de Mozart, en passant par le moins enregistré concerto n°1 de Weber, le parcourt se termine par une curiosité assez rare de Rossini, ou au moins d’après des thèmes de Rossini, la paternité réelle de cette œuvre restant encore sujette à caution.

Le Concerto pour clarinette de Mozart qui date de 1791 est une œuvre d’extrême maturité d’un compositeur qui allait mourir pourtant bien jeune, cette même année. On peut y voir un paradoxe, présent dans presque toutes les œuvres «matures» de Mozart, qui conduit les interprètes sur des voies autant différentes que légitimes, entre profondeur et légèreté, entre rapidité bondissante et lenteur majestueuse et poétique, entre fusion symphonique et contraste concertant. Les interprètes de ce CD semblent l’avoir compris et ont essayé d’intégrer tous ces éléments, sans toutefois y réussir totalement, choisissant le plus souvent une position médiane. Ce qui frappe dès les premières mesures de l’introduction orchestrale, est une étrange sensation que l’on peut traduire par «mais pourquoi ça traîne ?». Ce n’est pas le tempo, mais le phrasé, qui ici où là se relâche curieusement sur certaines notes jouées par les cordes, qui de ce fait s’avachissent un peu. Pourquoi, mystère, car, lorsqu’elles seront jouées par le soliste, ces mêmes notes retrouveront leur tonus, leur naturel, en un mot leur évidence. Comme souvent en musique, la solution la plus simple est souvent la meilleure ! Néanmoins, si on fait abstraction de ce défaut de tenue, il faut reconnaître que les interprètes sont exemplaires dans le respect des indications de phrasé, prenant un tempo allant mais pas trop, qui toujours permet de les réaliser avec aisance, n’hésitant pas quand il le faut, à user d’un léger rubato favorisant la respiration. De ce point de vue, il s’agit d’une version de référence que les versions «de référence» n’égalent pas toujours. Très réussi également, l’équilibre soliste orchestre, favorisé par une excellente prise de son qui détache chaque instrument avec un grand naturel. Quant au clarinettiste, le jeune , âgé d’à peine 24 ans lors de l’enregistrement et premier clarinette solo de l’Orchestre Philharmonique de Liège dès l’age de 20 ans, il montre une aisance, une maturité et une qualité instrumentale remarquable. Dommage que l’accompagnement orchestral ne soit pas un peu plus tranché et engagé, ce qui aurait permis de retrouver la palpitation et la pulsation de certaines versions, souvent plus rapides (le classique Marriner-Leister ou le plus récent Oundjian-Fröst par exemple), ou les moments de pure poésie que l’on trouve dans certaines versions symphoniques plus lentes et majestueuses, parfois au prix d’une certaine lourdeur par moment (Böhm-Prinz, Karajan-Leister). Tout cela fait une interprétation très propre, agréable et exemplaire par endroit, mais qui ne remplacera pas, selon les goûts de chacun, les versions au style plus tranché.

Avec le Concerto pour clarinette n°1de Weber, nous entrons dans le romantisme allemand, Le Freischutz se faisant entendre ici ou là (écoutez l’accompagnement de cordes du début de l’Adagio par exemple). Si l’inspiration mélodique n’est pas au niveau du concerto de Mozart, loin s’en faut, l’intensité et la dynamique orchestrale sont plus poussées. Toutes les qualités relevées dans Mozart se retrouvent complètement ici, l’ambiguïté interprétative mozartienne en moins ayant emporté avec elle les défauts de phrasé, il n’y a plus qu’à profiter à fond de cette interprétation toujours aussi bien enregistrée, et qui a moins de concurrence pour s’imposer sans problème dans les bacs des disquaires.

On considérera Introduction, thème et variations pour clarinette et orchestre de (peut-être !) Rossini comme le bonus ou le bis de ce disque. Elle nous permet de retrouver agréablement certains thèmes de Rossini exploités dans cinq variations dont la variation finale Maggiore est une pure et pétillante jouissance rossinienne.

Dommage que le Mozart n’ai pas été plus engagé car nous aurions eu là un disque remarquable, il nous a néanmoins permis de découvrir le talent indiscutable du jeune clarinettiste .

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour clarinette en la majeur KV. 622  ; Carl Maria von Weber (1786-1826)  : Concerto pour clarinette n°1 en fa mineur op. 73  ; Gioacchino Rossini (1792-1868) : Introduction, thème et variations pour clarinette et orchestre. Jean-Luc Votano, clarinette ; Orchestre Philharmonique de Liège, direction Louis Langrée. 1 CD Cypres CYP7609. Enregistré Salle Philharmonique, Liège, du 12 au 14 juin 2006. Notice trilingue (anglais, français, flamand) 62’10’’

 
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