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Christophe Talmont, chef d’orchestre pédagogue

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Chef résident de l’Orchestre National de Lyon, directeur musical des orchestres de jeunes et juniors de l’Académie de l’ONL. Dès sa venue à la tête de l’ONL en 2000, David Robertson a voulu créer une académie d’orchestre pour jeunes instrumentistes à l’instar de ce qui se fait outre-Manche ou outre-Atlantique. Depuis 2005, l’Académie de l’orchestre est placée sous la direction de Jun Märkl, directeur musical de l’ONL. Rencontre avec le nouveau chef résident depuis 2006, , pour nous détailler cette aventure pédagogique unique en France.

« Ce projet ne vise pas à dévaloriser l’enseignement effectué au sein des conservatoires, mais bien au contraire, d’ajouter un complément que les conservatoires. »

ResMusica : Quelles sont les spécificités des orchestres de l’Académie de l’ONL par rapport aux orchestres de jeunes déjà existants en France ?

 : Contrairement à certaines grandes institutions en la matière – Orchestre Français des Jeunes, Orchestre des Jeunes de la Méditerranée, … – le recrutement est local. Nous cherchons à toucher les élèves des conservatoires de la région Rhône-Alpes. Forcément, le niveau est moindre par rapport aux orchestres cités mais cela nous permet une collaboration régulière avec les structures éducatives de la région et une implication des instrumentistes de l’ONL dans la transmission du métier de musicien d’orchestre. Il est important de souligner que ce projet ne vise pas à dévaloriser l’enseignement effectué au sein des conservatoires, mais bien au contraire, d’ajouter un complément que les conservatoires (ou écoles de musique), faute de temps, de moyens et d’effectifs pour certains répertoires, ne peuvent dispenser. Et ce, grâce à la présence de musiciens d’orchestre reconnus, susceptibles le cas échéant de les recruter dans quelques années. Car ce genre d’expérience peut susciter des vocations, et donne de toute façon une idée très précise de la vie et du travail en orchestre. En cela est en quelque sorte une étape importante voire décisive, avant de participer éventuellement à une session au sein de l’Orchestre Français des Jeunes, qui par nature se veut élitiste. Si cela est unique dans le paysage musical français, c’est une tradition de longue date dans les pays anglo-saxons.

RM : Comment organisez-vous l’Académie par rapport au niveau des élèves-instrumentistes ?

CT : Nous avons deux orchestres. L’Orchestre des Juniors (fin 1er cycle / 2ème cycle, de 8 à 15 ans) totalement inexpérimentés en matière de pratique orchestrale, et l’Orchestre des Jeunes (3ème cycle, 12-25 ans) dont certains sont issus des juniors. A l’intérieur, le niveau peut être très hétérogène, et varie très souvent d’une année sur l’autre.

RM : Ces orchestres sont hors temps scolaire. Quels sont les rythmes de répétitions ?

CT : Pour l’Orchestre des Juniors, plusieurs samedis et week-end d’octobre à février, avant leur « grand » concert sur la scène de l’auditorium de l’Orchestre National de Lyon. Pour l’Orchestre des Jeunes, nous faisons deux sessions intenses d’une semaine, aux vacances de la Toussaint et à Pâques, chacune se terminant par une série de trois ou quatre concerts.

RM : Comment choisissez-vous le répertoire des deux orchestres puisque vous ne pouvez pas deviner par avance les qualités et les défauts d’une année sur l’autre ?

CT : Pour l’Orchestre des jeunes, le répertoire du premier stage est aussi le « produit d’appel » pour le recrutement. Chaque année nous faisons donc un pari à la Toussaint, et selon le résultat, j’adapte en fonction des possibilités de l’orchestre, le programme du stage de Pâques. Le but premier est d’aborder le répertoire symphonique dans des conditions professionnelles. J’essaie autant que possible de ne pas reprendre ce qui a été programmé les années précédentes. Pour Pâques 2007 nous abordons le domaine de l’opéra pour la première fois. Accompagner un chanteur dans un air n’est pas la même chose qu’un instrumentiste dans un concerto. Concernant l’Orchestre des Juniors nous ne faisons jamais d’adaptations, mais uniquement des œuvres originales, donc très exigeantes pour eux : les suites de l’Arlésienne de Bizet, l’ouverture de Don Pasquale de Donizetti, … Avec ces » petits juniors » le pari est complètement fou car l’immense majorité n’a aucune pratique de l’orchestre et ne sait tout bonnement pas suivre un chef ! Mais cela s’apprend.

RM : Quelle est l’implication exacte de l’Orchestre National de Lyon avec l’Orchestre des Jeunes ?

CT : Au début du stage, les élèves-instrumentistes travaillent par pupitre avec les membres de l’ONL pendant trois jours selon le programme établi, pour régler tous les problèmes techniques et purement instrumentaux, caler les traits virtuoses et avoir une sonorité homogène et juste. Je prends le relais pour la suite des évènements, c’est à dire le travail spécifique d’un orchestre : homogénéité du son, travail sur la pâte sonore, justesse globale, mise en place rythmique, souplesse et ainsi de suite.

RM : Cette année avec l’Orchestre des Jeunes vous avez donné ou vous allez donner des œuvres de Dvorak, Verdi, Rachmaninov, Moussorgski, … bref le grand répertoire. Qu’en est-il de la création contemporaine ?

CT : je le dis sans démagogie aucune, il est toujours important auprès des jeunes d’éveiller leur conscience et leur curiosité musicale ; qu’ils soient toujours ouverts et réceptifs à tous les répertoires me semblent capital.

La musique contemporaine peut donc, et a déjà trouvé sa place dans nos programmations. Je serais pour ma part très heureux d’envisager une création sur mesure pour ces jeunes. Cela dit, il faut rester pragmatique, et compte tenu de leurs carences techniques et musicales (un sens du rythme trop souvent très personnel.. !) il est bon de choisir un répertoire qui à la fois leur donne le goût de jouer en orchestre (un élément qu’il ne faut surtout pas négliger pas les temps qui courent…) et dans le même temps me permette de construire les bases fondamentales de tout travail orchestral. C’est à ce prix là seulement que l’expérience peut se révéler pleinement bénéfique, c’est dire leur donner des pistes très précises de travail, afin qu’ils évoluent le plus positivement possible et d’une façon très concrète.

RM : Justement les conservatoires, quels sont les liens que vous entretenez avec ?

CT : C’est un travail de démarchage pour recruter nos stagiaires que notre responsable des activités pédagogiques Jérôme Thiébaux effectue avec passion et acharnement depuis la création de ce projet. Pour lui, c’est un combat sans relâche, pour convaincre tous les responsables des structures éducatives du bien fondé de ce projet, et surtout de sa complémentarité avec l’enseignement que reçoivent le jeunes. J’ajoute enfin que ce projet validé et financé par le conseil régional représente une opportunité fantastique pour tous ces jeunes, puisque le prix de participation est totalement dérisoire !

RM : Et l’Education Nationale ? Existe-t-il un lien avec cette institution ?

CT : Non. Toutefois l’ONL et l’Auditorium de Lyon on beaucoup de projets avec l’Inspection d’Académie du Rhône et le Rectorat de Lyon.

RM : Et vous dans tout ça ? En dehors de l’Académie de l’ONL, quelles sont vos activités ? Ou vos projets ?

CT : A l’ONL, je suis « chef résident », et sur certains projets, assistant de Jun Märkl, le directeur musical. Mais pour autant, ce poste me laisse des libertés pour suivre une activité de chef invité, essentiellement dans le domaine du lyrique, sur Reims, Metz dernièrement [NDLR : dans la production de l’Amour masqué d’André Messager], et j’ai prochainement un concert prévu avec l’Orchestre Philharmonique de Nice dans un programme comprenant des œuvres de Chabrier, Honegger, Fauré et Prokofiev.

Crédits photographiques : © D.R.

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