Varsovie, Festival Chopin et l’Europe : Pletnev, Matsuev et Trifonov, ambassadeurs de Russie

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Varsovie. Philharmonie Nationale. 20-VIII-2011. Franz Liszt (1811-1886) : Poème symphonique « Héroïde funèbre » S 102, Concerto pour piano n° 1 en mi bémol majeur S. 124, Poème symphonique « Orphée » S 98, Concerto pour piano n° 2 en en la majeur S. 125. Denis Matsuev, piano ; Orchestre National de Russie ; Mikhaïl Pletnev, direction.
21-VIII-2011. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour piano n° 1 en si bémol mineur op. 23, Symphonie n° 4 en fa mineur op. 36. Daniil Trifonov, piano ; Orchestre National de Russie ; Mikhaïl Pletnev, direction.

En présence de l’ambassadeur de la Russie en Pologne et avec le soutien du Ministre de la Culture de la Fédération de Russie, le festival Chopin et l’Europe recevait samedi et dimanche soir l’ pour deux concerts monographiques consacrés à la musique orchestrale de et de Piotr Ilitch Tchaïkovski.

Le premier jour, les deux concertos pour piano de ont été exécutés par . Le public varsovien fut ébloui par ses doubles octaves munies à chaque reprise d’un accélérando étouffant. Son Steinway rayonnait avec intensité d’un beau son se caractérisant par une vaste palette de couleurs. Nous devons admettre que la rapidité des tempos a dominé ces deux interprétations. En les écoutant, on eut l’impression d’un jeune Vladimir Horowitz qui dans les années trente avait joué le Concerto pour piano n° 1 en ré mineur de Brahms en quarante-et-un minutes et le Concerto pour piano n° 3 en ré mineur de Rachmaninov en trente-trois minutes ! Un seul défaut dans le cas de Matsuev : le manque de profondeur. Le pianiste russe termina sa démonstration par deux bis : une délicate et émouvante pièce composée par , intitulée La Boîte à musique, ressemblant quelque part à La Berceuse de , et Dans l’antre du roi de la montagne par dans la transcription très virtuose pour piano seul par le pianiste soviétique .

L’orchestre sous la baguette de était pur techniquement mais un peu lourd de sonorité, cependant il témoignait d’un timbre somptueux. Un placement d’instruments sur la scène atypique en Europe (les contrebasses à gauche) apporta de résultats curieux que l’on put d’autant mieux remarquer que tous les instruments étaient bien clairs.

Le jour suivant joua le Concerto pour piano n° 1 en si bémol mineur op. 23 de Tchaïkovski. Trifonov, à peine âgé de vingt ans, s’est vu décerner cette année les premiers prix du Concours de Tel-Aviv, ainsi que du Concours international Tchaïkovski à Moscou. En plus, le jeune virtuose reçut le troisième prix du Concours Chopin à Varsovie en 2010, de même que le prix spécial fondé par la Radio Polonaise pour la meilleure exécution des mazurkas. Quant à son Tchaïkovski, son interprétation se distingua par une grande maturité. Contrairement à son Chopin qui a toujours été timide, calme et discret, le Tchaïkovski fut équilibré : introverti dans les passages lyriques, énergique et électrisant dans les passages dramatiques. Une absence de clarté dans la dernière cadence du premier mouvement fut la seule chose à ne pas être admirable. Pour le reste, Trifonov prouva qu’il est un pianiste remarquable, en progrès depuis le concours Chopin de Varsovie il y a seulement dix mois. Il joua en bis la Grande Valse brillante en mi bémol majeur op. 18 par et un chant Widmung par Robert Schumann en version pour piano seul.

La deuxième partie de la soirée apporta une belle écoute de la Symphonie n° 4 en fa mineur op. 36 par Tchaïkovski. Pletnev de nouveau dirigea son orchestre de telle façon que tous les plans de la partition, toutes les idées du compositeur furent transparents et d’une précision lumineuse. Cette réalisation pouvait faire penser aux fameuses interprétations par Evgueni Mravinski du début des années soixante. L’orchestre ne donna qu’un seul bis, mais vraiment attractif pour le public réuni dans la Grande Salle de la Philharmonie Nationale à Varsovie : une version orchestrale de la polonaise Les Adieux à la patrie par un Polonais Michał Kleofas Ogiński. Un geste simple, néanmoins signifiant beaucoup. Il est à souhaiter que l’orchestre, son chef et les solistes reviendront l’année prochaine.

Crédit photographique : Wojciech Grzędziński / NIFC.

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