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Martha Argerich sur piano-forte historique

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Varsovie. Studio Witold Lutosławski de la radio Polonaise. 28-VIII-2012. Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano et orchestre n° 2 en fa mineur op. 21. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 3 en ut mineur op. 37 ; Concerto pour piano et orchestre n° 1 en ut majeur op. 15. Janusz Olejniczak, Maria João Pires et Martha Argerich : piano-forte historique Erard de 1849 ; Orchestre du XVIIIe siècle ; Frans Brüggen, direction

La huitième édition du Festival « Chopin et l’Europe » de Varsovie portait un sous-titre inhabituel : « de Bach à Debussy et Kilar ». Le festival était programmé du 17 au 31 août et les concerts eurent lieu dans les plus grandes salles de concert de la capitale de la Pologne.

L’un d’entre eux fut exceptionnel et digne d’attention, puisque joua en public sur un piano-forte Erard de 1849, instrument en très bonne condition. Toutefois commençons par le début.

Le concert fut amorcé à 22 heures par , celui qui incarna avec grand succès le rôle de dans le film « La Note bleue » d’Andrzej Żuławski en 1991. Le pianiste interpréta le Concerto en fa mineur du compositeur polonais. Son exécution fut empreinte de lyrisme et de délicatesse, mais aussi d’un certain désordre dans l’organisation de la matière sonore, surtout dans les endroits avec une texture dense. Malgré le fait que l’artiste ait mené la narration de façon magnifique, paraissant naturelle et soulignant le caractère mélodique des phrasés, quelques changements maniérés des tempi pouvaient étonner. Il faut cependant noter que le Larghetto fut impressionnant : profondément vécu et imprégné d’une douleur atroce que le silence seul – celui d’entre les notes, créé par le pianiste – pouvait apaiser. Pour ce qui est de l’interprétation de la partie de l’orchestre qui jouait aussi sur des instruments anciens, leur timbre était terne et les proportions entre les cordes et les vents largement différentes de ce que nous pouvons entendre dans les exécutions par des orchestres contemporains : les cuivres et les timbales étaient par exemple audibles plus fortement que d’habitude. La performance fut récompensée par une salve d’applaudissements, et Olejniczak joua encore la Mazurka en ut majeur op. 24 de Chopin, ainsi qu’Aufschwung (Essor), extrait des Pièces fantastiques op. 12 de .

lui succéda pour le Concerto en ut mineur de Beethoven en insistant sur l’aspect dramaturgique de la narration. Loin d’être pathétique, elle nous servit un Beethoven noble, d’une grande subtilité et naturel, mais aussi sérieux. Grâce à la maîtrise parfaite de l’instrument, elle sut différencier les plans sonores et les timbres malgré tout assez pauvres du piano-forte.

se retrouva brillamment dans le Concerto en ut majeur du représentant du classicisme viennois. Elle l’exécuta avec une légèreté et une naïveté extraordinaires, celles presque d’un petit enfant. Rappelons qu’elle l’avait enregistré pour la première fois sur disque à l’âge de huit ans ! À ce moment-là, elle avait joué sur un piano moderne, par contre à Varsovie elle fut capable d’arracher du vieil Erard non seulement une palette de couleurs, mais aussi des variations dynamiques de timbres, ce qui est vraiment difficile avec cet instrument. Elle fut fragile à la partie de l’orchestre, en essayant de dialoguer avec lui. Et même si son interprétation fut de ce fait toute spontanée, Argerich l’a rendue cohérente et ordonnée. manqua d’interaction avec Argerich, l’orchestre resta insensible aux séductions de la belle reine du piano.

Le concert fut clôturé à une heure du matin avec deux bis joués par Argerich et Pires à quatre mains : le Matin d’ et un morceau de la Sonate en ré majeur de Mozart. Toute la performance fut filmée, elle sera probablement éditée sur DVD comme le concert de l’année dernière avec l’excellent Quintette en sol mineur de .

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