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Arcadi Volodos, le chantre des voix intérieures

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Lyon. Auditorium. 15-III-2013. Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour piano n°2 en do majeur D279. Johannes Brahms (1833-1897) : Intermezzi op.117. Robert Schumann (1810-1856) : Kinderszenen op.15 ; Fantaisie en do majeur op.17. Arcadi Volodos, piano

, à bien juste titre, est un invité régulier de la série de récitals « Les Grands Interprètes », qui connaît cette année à l’Auditorium de Lyon sa cinquante-et-unième édition. Sans doute encouragé par l’accueil enthousiaste que le public lyonnais lui offre fidèlement, il lui propose cette année un programme tout intérieur, moins flamboyant (alors qu’on sait combien la technique du pianiste est spectaculaire) : une série de pièces qui, si l’on oublie une regrettable Sonate de Schubert, ébauche de jeunesse dépourvue d’inspiration, et d’ailleurs inachevée, semblent toutes dépeindre une détresse secrète, un spleen que Volodos rend palpable à chaque instant.

Sous l’inspiration du pianiste, le triptyque opus 117 de Brahms se trouve voilé d’une pudique mélancolie, remarquablement conforme à l’esprit de l’œuvre. La berceuse du premier intermezzo résonne de manière ambiguë : sous les doigts de Volodos, elle prend des accents violents, qui vibrent comme un écho de la cruelle ballade du poète écossais David Herd (intitulée Lady Anne Bothwell’s Lament), dont Brahms a placé quelques lignes en exergue de la partition. Les autres intermezzi, joués sans complaisance aucune, mais avec une juste maîtrise du rubato et un art consommé des nuances, évoquent une succession de tristes fatalités. Tout au long de ces pièces, main gauche et main droite conversent : les lignes intérieures, que Brahms soignait tant, émergent et se disloquent, pour contribuer à l’impression de résignation que Volodos rend si bien.

Le même génie le pousse à donner des récurrentes Kinderszenen un aperçu original. L’enfant, traditionnellement espiègle, mais plein de bonté (un peu « à la comtesse de Ségur »), a soudain quelques années de plus : partagé entre l’ennui d’une existence trop prévisible, et l’angoisse d’en changer, il devient plus maussade, moins innocent. Dans Colin-maillard, il a des accès de brutalité ; son Bonheur parfait est un peu forcé ; sa Rêverie a déjà la force et l’élan d’une passion ; et c’est lorsqu’il devient Presque trop sérieux qu’il dévoile, au milieu des soupirs, les mouvements de son cœur.

Quant à l’interprétation de la Fantaisie du même Schumann, elle manque certainement d’un peu de conduite, mais la justesse du ton du pianiste donne à la partition toute sa profondeur expressive. Après les premières effusions, les excitations, les trépidations, c’est le dernier mouvement de l’œuvre, Langsam getragen (lent et soutenu), qui suscite le plus d’émotion. Mise en scène dans l’atmosphère d’intimité que crée un son ouaté, parfaitement maîtrisé par Volodos, la déception amoureuse du compositeur devient poignante.

Le public lyonnais ne s’y trompe pas en acclamant le pianiste russe : il vient d’entendre de la belle et grande musique, et lorsqu’elle est interprétée à un tel degré d’inspiration, peu importe que ce soit ou non une musique brillante. Qu’ soit un virtuose, tout le monde le sait assez ; qu’il soit un musicien, on ne se lasse pas de le redécouvrir.

Crédit photographique : Arcadi Volodos © Midiorama (Divulgação)

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Lyon. Auditorium. 15-III-2013. Franz Schubert (1797-1828) : Sonate pour piano n°2 en do majeur D279. Johannes Brahms (1833-1897) : Intermezzi op.117. Robert Schumann (1810-1856) : Kinderszenen op.15 ; Fantaisie en do majeur op.17. Arcadi Volodos, piano

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