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Les Fumet père et fils, fascinants

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Raphaël Fumet (1898-1979) : Symphonie de l’âme. Dynam-Victor Fumet (1867-1949) : Sabbat mystique ; Le Mystère de la Terre. Orchestre du Palais de Tauride, direction : Mikhail Golikov. 1 CD HYBRID’MUSIC H1830. Code barres : 3760069152757. enregistré en juillet 2012 à Saint Pétersbourg. Notice bilingue (français-anglais). Durée totale : 52’55

 

Nous prendrons la peine de résumer brièvement à l’intention des mélomanes pressés les faits marquants de la vie et du travail de Fumet père et fils, ces deux compositeurs français dont la quasi-absence des catalogues de disques laisse stupéfait.

Le père d’abord, . Fils d’horloger toulousain, il est reçu au conservatoire national de Paris à 16 ans et devient l’élève de César Franck pour l’orgue. Il se lie avec les milieux anarchistes, est chef d’orchestre au Chat Noir et se lie d’amitié avec Érik Satie. Il s’adonne au spiritisme, devient médium, réchappe à une tentative de suicide à la suite de laquelle il retrouve la foi ce qui ne l’empêche pas de s’intéresser aux sciences occultes. Il est ami de Paul Verlaine, est engagé comme chef d’orchestre en Amérique du Sud et revient à Paris. Il y trouve un poste d’organiste et son génie improvisateur attire les foules. Malgré tout, il mène une carrière discrète. Il décède à 81 ans en pleine période moderniste de l’immédiate après-guerre.

Raphaël est son deuxième fils. Pianiste et improvisateur génial précoce comme son père, étudie la composition avec Vincent d’Indy. Son indépendantisme le mène à se retirer dans un collège de campagne où il reste 10 ans maître de chapelle où il exerce comme professeur de piano et d’harmonie à Angers et comme organiste. Il décède au même âge que son père à 81 ans.

À écouter leurs œuvres, et connaissant leurs destins artistiques, il est tout à fait étonnant de remarquer un parallélisme à la fois en ce qui concerne leur musique elle-même, mais également leurs destins personnels au sein de la société.

Ainsi, la filiation musicale du père au fils est une évidence. L’un et l’autre ne voulaient pas plus plaire socialement que musicalement, et c’est sans doute la raison pour laquelle l’isolement a été plus ou moins héréditairement transmis et ce qui va avec, à savoir une non reconnaissance quasi totale de leur oeuvre de leur vivant. Isolement que l’on perçoit encore nettement de nos jours. n’a en effet jamais entendu la création de sa musique en public !

Bienheureusement, quelques courageux éditeurs ressortent des profondeurs abyssales de l’oubli autre chose que de la médiocrité qui ne demanderait qu’à y rester ! Nous entendons par conséquent en première mondiale la Symphonie de l’âme de Raphaël et deux morceaux de Dynam-Victor, le Sabbat mystique et Le mystère de la terre.

en est à sa seconde publication concernant la musique de (la première se concentrant sur des œuvres pour chœur mixte). On peut s’étonner que ce genre de répertoire se retrouve expatrié en fédération de Russie. Cette musique éruptive et contemplative trouve avec justesse un parfait vecteur interprétatif avec l’orchestre russe du Palais de Tauride, littéralement survolté. Son écoute remet immédiatement en place celui qui aurait pu croire à un jeune chef en mal d’originalité médiatique qui voudrait se faire un nom à l’Ouest en dirigeant deux illustres inconnus gaulois. Car tant pour le père que pour le fils, les harmonies, la forme libre, la modulation continue, la rythmique élaborée, l’anticonformisme au service de l’unique beauté musicale vont chercher leurs origines chez de très grands auteurs d’outre-France qui font le bonheur de l’édition musicale pour être digérées et réinventées dans un langage personnel. Donner des noms serait faire de la délation et nuirait au plaisir indicible de la découverte. Les titres vous mettront plus à l’oreille : symphonie de l’âme, sabbat, mystère de la terre… On est plongé dans les délices mystiques et volcaniques de l’inspiration à l’état pur, de l’imagination permanente, du choc des timbres, du souffle incroyable qui s’en dégage et ne vous laisse pas une seconde de répit. Aucun bavardage, aucun temps mort : la fascination totale. Une seule envie après une telle expérience : approfondir et prendre son mal en patience…

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Raphaël Fumet (1898-1979) : Symphonie de l’âme. Dynam-Victor Fumet (1867-1949) : Sabbat mystique ; Le Mystère de la Terre. Orchestre du Palais de Tauride, direction : Mikhail Golikov. 1 CD HYBRID’MUSIC H1830. Code barres : 3760069152757. enregistré en juillet 2012 à Saint Pétersbourg. Notice bilingue (français-anglais). Durée totale : 52’55

 
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