Yury Revich, jeune artiste instrumental ICMA 2015

yury_revich_2015Le violoniste russe , basé à Vienne, a remporté le prix instrumental du « Jeune Artiste de l’année 2015 » des International Classical Music Awards. Après avoir joué à Carnegie Hall, à La Scala, au Musikverein, à la salle de concerts Tchaïkovski de Moscou et dans bien d’autres lieux, il a mis en place sa propre série de concerts à Vienne. Il est directeur artistique de la Société Europe-Russie pour la coopération internationale et il a également réalisé quelques enregistrements remarqués. Créatif, on le retrouve encore dans la réalisation de films et dans la peinture.

« Nous, en tant que musiciens, nous ne devrions jamais être influencés par la politique et seulement promouvoir la paix. »

ICMA : Que représente pour vous ce prix «Jeune Artiste instrumental ICMA de l’année 2015» ?

: C’est un grand honneur bien sûr et je suis très heureux que mon dévouement pour la musique et les arts soit reconnu par ce prix fantastique. Je suis certain que cela va m’apporter de nombreuses opportunités nouvelles et merveilleuses!

ICMA : Vous avez commencé très tôt à jouer du violon. Venez-vous d’une famille de musiciens ?

YR : Oui, j’ai commencé à l’âge de cinq ans. Du côté de mon père, je représente la quatrième génération de violonistes. Ma mère n’est pas musicienne mais elle a insisté pour me mettre un violon dans les mains, encore plus alors que mon père qui pensait peut-être donner enfin à son enfant un autre instrument de musique. Donc violon, violon et seulement violon !

ICMA : Quand est-il devenu évident pour vous que ce serait votre profession ?

YR : Dès l’instant où j’ai joué sur scène pour la première fois. J’avais 5 ans et c’était un petit concert, mais je me souviens encore de ce sentiment très spécial et de toutes les émotions pendant que j’étais sur scène. J’étais heureux de partager la musique avec le public et de recevoir mes premiers applaudissements.

ICMA : Avez-vous un modèle, un « héros personnel » parmi les plus grands violonistes ?

YR : J’admire beaucoup de violonistes et pour moi il y a beaucoup de héros, pas seulement dans le domaine du violon mais aussi dans d’autres catégories instrumentales. J’aime l’opéra, et je pense que le violon devrait être notre voix. J’ai beaucoup d’ « artistes préférés » dans de nombreux domaines de la musique, mais je ne parlerais pas d’un « modèle » car être artiste, c’est quelque chose d’individuel, il ne faut pas être à l’image d’un autre, copier ou suivre qui que ce soit.

ICMA : Que signifie pour vous le fait d’être sur scène, de jouer de la musique ?

YR : C’est mon langage. A travers la musique je parle de mon âme et j’exprime beaucoup de choses que je ne pourrais peut-être jamais dire avec des mots. C’est un sentiment très profond et peu importe que je joue pour cent ou pour des milliers de personnes. Ce qui est important, c’est d’établir le contact et de sentir que le public suit chaque note, qu’il retient sa respiration comme je le fais. Et bien sûr, faire de la musique sur scène, c’est raconter une histoire, un conte de fées ou un drame. Parfois, c’est comme une peinture sur une toile musicale, la création d’impressions, quelque chose que vous pouvez seulement sentir, sans pouvoir le décrire.

ICMA : Vous êtes nerveux quand vous entrez en scène ?

YR : Bien sûr. Avant de monter sur scène, c’est normal. Pendant les premières minutes, il y a mille choses qui peuvent mal se passer: les partitions qui tombent, le pianiste qui commence à jouer une autre pièce, l’orchestre accordé beaucoup trop bas ou trop haut, vous avez trop chaud ou trop froid,… Toutes ces choses-là me sont arrivées. Mais ma devise c’est « être calme et faire de la musique ».

ICMA : Vous jouez en soliste, avec piano, avec orchestre, vous jouez de la musique de chambre. Avez-vous des préférences ?

YR : J’adore tous ces genres (sourire). Et je préfère bien sûr jouer avec de bons pianistes, de bons orchestres et de bons collègues de musique de chambre.

ICMA : Non seulement vous êtes violoniste, mais vous aimez aussi produire des films et confectionner des foulards… Pourquoi ces activités sont-elles importantes pour vous ?

YR : Je me considère comme un artiste. Si j’avais vécu à la Renaissance, je me serais appelé peut-être un « homme de la Renaissance ». J’ai aussi d’autres intérêts, l’écriture par exemple. Tourner des films, c’est pour moi un passe-temps important. Mon dernier court métrage est sélectionné pour quelques festivals internationaux de courts métrages mais je ne m’attends pas nécessairement à une récompense. Je l’ai fait parce que je sentais que ce serait bien d’avoir un film sur une histoire que j’avais écrite, d’utiliser la musique comme langue du film et aussi de sensibiliser les personnes malentendantes. Depuis que je suis enfant, j’ai l’habitude de peindre et j’ai toujours été fasciné par les couleurs de la nature, même si je suis un peu daltonien, ce que je ne savais pas alors et j’aimais peindre des tableaux colorés.

Il y a quelques années, j’ai eu envie de reproduire les couleurs et les motifs que je vois dans ma tête quand je joue, pas sur du papier, mais sur du tissu. J’ai trouvé une équipe et nous avons fait une petite collection de foulards, chacun illustre un morceau de musique particulier et est peint par moi.

J’ai aussi fondé le Quatuor du Soleil qui, outre la musique de l’époque classique, joue des pièces romantiques, baroques et contemporaines. Un de mes derniers projets est « The Violin Connection ». Nous sommes quatre violonistes : je suis Russe et les trois autres jeunes violonistes viennent d’Ukraine, d’Israël et de Turquie. Nous jouons ensemble pour montrer que la musique est un langage capable de connecter les gens, peu importe d’où ils viennent ; nous, en tant que musiciens, nous ne devrions jamais être influencés par la politique et seulement promouvoir la paix.

ICMA : Votre dernier « scoop » est l’annonce de votre propre série de concerts à Vienne… Habituellement, les jeunes artistes se soucient d’abord de leur propre carrière. Là, vous donnez à d’autres musiciens l’occasion de jouer. D’où cela vous vient-il ?

YR : J’aime partager la musique avec d’autres. Bien sûr, je construis aussi ma carrière et je suis à la recherche de belles opportunités, mais je crois que, quel que soit le travail que vous faites, quelle que soit votre position, vous pouvez toujours trouver la possibilité de faire quelque chose pour les autres. Je suis honoré que de grands artistes comme Paul Badura-Skoda, Pavel Vernikov, Alexey Igudesman, Johanna Doderer et d’autres aient accepté de prendre part à ma série de concerts, de soutenir mon idée d’amener les jeunes artistes locaux et internationaux sur la belle scène de l’Ancien Hôtel de Ville à Vienne et d’y faire de la belle musique.

ICMA : Vous avez maintenant 23 ans. Où vous voyez-vous dans 10 ans ?

YR : Dans 10 ans? Je ne sais pas! J’espère que je serai en mesure de partager mon art avec de plus en plus de gens dans le monde entier, de travailler avec de grands musiciens, de grands artistes. Et j’ai aussi beaucoup de projets d’événements humanitaires –j’en réalise certains déjà maintenant. Mais dans 10 ans, je l’espère, j’aurai plus de possibilités et de soutien pour aider les personnes dans le besoin à travers la musique!

Interview réalisée par Rémy Franck, Président du Jury des International Classical Music Awards. Traduction : Crescendo.be.

Crédits photographiques : Yury Revich/DR

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