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Messes de Jehan Titelouze, le deuxième volume très attendu par Les Meslanges

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Jehan Titelouze (vers 1563-1633) : Missa sex vocum simplici corde (1626) ; Missa quatuor vocum votiva (1626) ; Magnificat quinti toni (1614) ; Hymne Annue Christe (1623). Jean de Bournonville (vers 1585-1632) : Plain chant polyphonique alterné pour le Magnificat du cinquième ton. Ensemble les Meslanges, direction : Thomas Van Essen et Volny Hostiou ; François Menissier à l’orgue Dominique Thomas (2008-2010) de l’église Notre-Dame de Champcueil (Essonne). 1 CD Paraty. Enregistré en juillet et septembre 2019. Livret en français et en anglais. Durée : 58:18

 

Après l’excellente impression du volume 1 (Clef d’Or ResMusica), voici réunies sur ce second volet les deux autres messes du chanoine Titelouze, agrémentées de pièces tirées de son livre d’orgue.

Jehan-Titelouze_Ensemble-les-Meslanges_Thomas-Van-Essen_Volny-Hostiou_François-Menissier_ ParatySuite et fin de l’enregistrement des quatre messes de Jehan Titelouze retrouvées à Paris en 2016, avec ici la Messe à six voix Simplici Corde et la Messe à quatre voix Votiva. Ces deux œuvres sont présentées en alternance avec le Magnificat du cinquième ton et l’hymne Annue Christe, tous deux tirés du Livre d’orgue du maitre de Rouen.

Lors du premier volume paru voici environ deux ans, nous avions mis l’accent sur l’importance de la découverte de ces quatre messes qui viennent enrichir la connaissance de ce grand maitre de l’art polyphonique français de la première moitié du XVIIᵉ siècle. La Messe Simplici Corde est présentée « Colla parte » avec certains instrumentistes de l’ensemble Les Meslanges. Son écriture verticale s’y prête et les belles sonorités des instruments à vent se mêlent harmonieusement aux voix. On découvre une écriture différente à chaque messe, ce qui augmente encore l’intérêt de ces œuvres ressorties de l’oubli.
C’est l’impression que donne également la Messe à quatre voix Votiva, d »écriture plus horizontale et polyphonique. On y décèle distinctement comme dans la plupart de ses pièces d’orgue cet art subtil et sensuel d’un discours musical prêt à toucher le fidèle. Ici la doublure des voix chantées est assurée par les instruments à archets, chatoyants et sensibles. Des contemporains de Titelouze rapportent que ces messes pouvaient également être soutenues par l’orgue, ce qui devait encore leur apporter quelques accents nouveaux. Aucune de ces deux messes ne se rapporte à des thèmes musicaux connus soit de plain-chant ou de motets et aucune destination liturgique particulière n’est indiquée.

A propos des deux œuvres pour orgue, on entendra l’alternance du plain-chant pour le Magnificat grâce à des polyphonies de Jean de Bournonville (1585-1632) et pour l’hymne Annue Christe les mélodies chantées en monodie, soutenue par le serpent. On est frappé par certaines allusions explicites concernant la symbolique musicale se rapportant aux textes : Le dernier verset de Annue Christe en guise d’Amen fait entendre une note aiguë continue bloquée sur le clavier, symbolisant vraisemblablement la présence du sauveur veillant depuis les cieux sur l’humanité. D’autres compositeurs ont utilisé cet artifice dont Frescobaldi dans ses Fiori musicali.

Comme dans le premier volume, l’interprétation de l’ensemble Les Meslanges que dirige magistralement Thomas Van Essen et de l’organiste François Ménissier se situe à un très haut niveau, ce qui est une chance et permet d’entendre ce répertoire avec une approche judicieuse et informée. Le choix de l’orgue de Champceuil, tout à fait dans le style des orgues de l’époque de Titelouze, est l’un des meilleurs spécimens apte à traduire au plus près ces pages qui demandent des climats et des timbres bien spécifiques. Titelouze disposait à la cathédrale de Rouen d’un grand orgue de 16 pieds, ce qui se retrouve ici et parait indispensable pour une bonne exécution. On remarque que l’auteur écrit parfois assez haut dans le clavier ce qui se compense par un jeu grave de 16 pieds au manuel.

Cette intégrale des 4 messes retrouvées se referme, mais on peut émettre le vœu d’imaginer une suite avec les autres Hymnes et Magnificat pour orgue, agrémentés dans leurs textes par des faux bourdons ou des polyphonies puisées chez E. du Caurroy, J. de Bournonville ou N. Formé. Cela constituerait un « Titelouze Opera Omnia » de référence.

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Jehan Titelouze (vers 1563-1633) : Missa sex vocum simplici corde (1626) ; Missa quatuor vocum votiva (1626) ; Magnificat quinti toni (1614) ; Hymne Annue Christe (1623). Jean de Bournonville (vers 1585-1632) : Plain chant polyphonique alterné pour le Magnificat du cinquième ton. Ensemble les Meslanges, direction : Thomas Van Essen et Volny Hostiou ; François Menissier à l’orgue Dominique Thomas (2008-2010) de l’église Notre-Dame de Champcueil (Essonne). 1 CD Paraty. Enregistré en juillet et septembre 2019. Livret en français et en anglais. Durée : 58:18

 
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