La 7e de Mahler par l’Orchestre national de Lyon et Nikolaj Szeps-Znaider : le parcours de la combattante
Nikolaj Szeps-Znaider redonne sa chance à la plus mal-aimée des symphonies de Mahler.
Les neuf symphonies de Gustav Mahler font dorénavant jeu égal avec les neuf symphonies de Beethoven. Lorsqu'on les découvre, de préférence dans l'ordre chronologique, force est de reconnaître que la Septième du nom semble marquer le pas dans le parcours ascendant du génie créateur. Les aspirations de son premier mouvement à trouver sa singularité, les redites du deuxième (le tempo alla marcia, le motto et les cloches de vaches, spécificités de la symphonie précédente), les claudications fuyantes du suivant, le tohu bohu décomplexé de son final… la Septième pâtit à l'évidence de l'ombre portée de la géniale Sixième.
Comme le prophétisait Mahler lui-même à propos de l'entièreté de son œuvre, et à en juger par l'accueil moins poli que celui de la création (1905) que le public de l'Auditorium Maurice Ravel vient de lui faire (« Ma symphonie de Mahler préférée » a-t-on pu entendre), le temps semble venu pour cette œuvre souvent considérée comme le maillon faible du corpus, mais qui fascine aujourd'hui au-delà même de la dernière note évanouie.
Contrebasses à jardin, violoncelles au centre, violons de part de d'autre… D'une grande probité, avec un grand souci des plans sonores, et traçant son chemin sans s'attarder (au contraire des records de lenteur de Lorin Maazel avec le Philharmonique de Vienne), la direction de Nikolaj Szeps-Znaider ne fait mystère d'aucun des atermoiements d'un premier mouvement qui semble se chercher, et dont l'apothéose, même déclencheuse d'applaudissements, donne le sentiment de sonner comme un soulagement pour tous (compositeur, chef, instrumentistes). Rien ne se résout avec la Nachtmusik qui suit, que l'on dit avoir été inspiré par La Ronde de nuit de Rembrandt, où, comme dans la Sixième, c'est le règne animal (des cloches de vaches, d'abord désolidarisés de la phalange, et semblant venir du fond du parterre de l'Auditorium) qui questionne un règne humain encore accro aux bruits de bottes. Véritable crayonné de la future Valse ravélienne, l'inquiétant Scherzo qualifié Schattenhaft passe effectivement ce soir comme une ombre, NSZ n'en accentuant pas particulièrement le côté malaisant. Semble davantage l'intéresser le cœur humain de la symphonie, cette seconde Nachtmusik qui ne dut pas être pour rien dans le sous-titre donné à la symphonie : Chant de la Nuit.
« Page la moins réussie du compositeur » : ainsi qualifiait Marc Vignal le Rondo-Final dans son excellent bréviaire sur Mahler. C'est pourtant cet ultime mouvement que l'on attend le plus au concert tant son tonitruant instrumentarium passe difficilement le cap des enregistrements, aussi prestigieux soient-ils. Et l'on n'est pas déçu, bien que les cloches tubulaires le cèdent un brin ce soir devant la pleine santé des cloches de vaches, pour un retour du troupeau cette fois sur le plateau. Actionnées par deux percussionnistes différents pour des résultats qui le sont tout autant, elles couronnent le fracas joyeux des timbales, la splendeur des chorals cuivrés, sonnent le terme des sept finals en un de cette machine à joie en ut majeur, moins « page la moins réussie du compositeur » que tentative aboutie d'en tourner une, avec sa façon d'envoyer définitivement au diable vauvert les atermoiements des mouvements précédents. Autant le premier mouvement se cherchait, autant le dernier s'est à l'évidence trouvé. Et toute la symphonie avec lui.
Hier on aimait la Septième comme dans une famille on accorde une attention toute particulière à un enfant en difficulté. Aujourd'hui on serait tenté de la considérer comme la vitrine la plus explicite de cet orchestre de solistes (et l'Orchestre national de Lyon en est un, pas un de la bonne centaine d'instrumentistes n'aura démérité 1h20 durant) rêvé par le grand compositeur autrichien qui, non content d'y faire aussi chanter la contrebasse et le tuba, y aura déroulé le tapis rouge à guitare et une mandoline. Au verdict des saluts ce seront ces deux passagers clandestins du gigantesque instrumentarium mahlérien qui ne seront pas loin de rafler la mise. Que n'a-t'on fait saluer les cloches de vaches…
Crédit photographique: © Sarah Brun










