Les 60 ans d’Ars Nova : une histoire qui se joue au présent
Between Dusk and Dawn (Entre lumière déclinante et aube naissante), le nouveau CD d'Ars Nova, fête les soixante ans de l'ensemble (1963-2023), réunissant cinq pièces variant les univers sonores dans la cohérence d'un parcours pensé comme une traversée.
Dans un temps long et lisse, Clessidra (Sablier) de la compositrice lituanienne Justė Janulytė est une musique de passage, suspendue entre deux mondes, dont le spectre mouvant se transforme à mesure, dardant ses couleurs avant leur lent effacement.
De Gregory Vajda, compositeur et chef d'orchestre, Post-Apocalyptic Pastorale explore à son tour des états intermédiaires dans une pénombre vibrante. Le discours est fragmenté, sur fond de fréquence électrique, dans un climat presque suffocant. Des passages solistiques, comme ce saxophone évoquant La création du monde de Milhaud ou le chant éperdu de la trompette ou du violoncelle réchauffent l'atmosphère, « sorte de signal acoustique faible de jours bien meilleurs », écrit le compositeur dans sa note de programme.
Musique de veille et de songes, A Horny Faun's Rampage (« La fureur d'un faune lubrique ») du Coréen Jongsung Oh, associe humour et plasticité de la matière au sein d'une orchestration très colorée où « le Faune » de Debussy est à fleur de flûte. L'arabesque est ici microtonale, la sensualité passant par le souffle et les sons glissés très suggestifs.
Spring d'Édith Canat de Chizy, pour deux harpes et ensemble, est une musique du surgissement, « Spring » pouvant se traduire par « Printemps » en anglais, ou par « Saut » en allemand. Expression du mouvement, les lignes fusent, ploient, traversent les registres ou se coulent dans l'énergie cinétique de la boucle. Le contrepoint y est soigné et les techniques de jeu très diversifiées (ricochet sur les cordes, bisbigliandi des vents, zingage des harpes, etc.) pour écrire le timbre et dessiner le geste dans l'espace.
Du lyrisme de l'obscurité pour quintette de cuivres de Lisa Heute donne à entendre ces « lumières spéciales » évoquées par Debussy dans les Nocturnes : des petites unités sonores se renouvèlent dans un espace de jeu animé, entre émission claire ou tremblée, sonorité proche ou plus lointaine, courbure sensuelle et douces oscillations : remarquablement jouée, la pièce virtuose est un hommage à Marius Constant (1925-2004) dont on fête, aux côtés de Boulez et Berio, le centenaire de la naissance.
Dirigé par Gregory Vajda et Clémence Le Gac, l'ensemble Ars Nova en grande forme fait merveille : homogénéité des pupitres, précision des attaques et qualité des timbres servis par un enregistrement de très haute tenue.
















