Andris Nelsons et Augustin Hadelich magistraux dans le Concerto à la mémoire d’un ange
On connaît la filiation stylistique qui relie Alban Berg à Gustav Mahler. Faire suivre en un concert le Concerto à la mémoire d'un ange du premier par la Quatrième Symphonie du second relève de l'évidence musicale, surtout lorsque les Viennois sont à la manœuvre au festival de Salzbourg 2023.
Programme à la logique évidente, s'ouvrant par le Concerto à la mémoire d'un ange admirablement joué, murmuré, suspendu presque par Augustin Hadelich, magistral et bouleversant d'un bout à l'autre, entouré des sonorités magiques des Viennois, Andris Nelsons est le plus attentif des accompagnateurs, dans une œuvre dont l'orchestre est plus arachnéen et subtil que puissant. En bis, Hadelich se montre tout autant souverain dans l'andante de la Sonate n°2 BWV 1003 de Bach.
Pour la deuxième partie, Nelsons remonte légèrement le temps mais demeure dans le même style qu'on pourrait qualifier de Sécession avec la Symphonie n°4 de Mahler. Orchestre magistral, plein de sensualité et de ce charme à la fois enfantin et ambigu qui fait le prix de l'œuvre. Si le solo de violon du scherzo, joué sur un violon désaccordé semble presque trop parfait et pas assez inquiétant sous l'archet aristocratique de Rainer Honeck, la symphonie culmine dans son mouvement lent « Ruhevoll » l'un des grands adagios mahlériens s'ouvrant sur une de ces visions de Paradis dont le musicien avait le secret. Dommage cependant que le lied final chanté par Christine Karg manque de la fraîcheur enfantine évocatrice des plaisirs de cette « vie céleste ». Reste néanmoins le souvenir d'une exécution de haut vol, impeccable, mais sans la magie que savait y mettre jadis Bruno Walter, inégalé dans cette symphonie.
Plus que la direction impeccable mais un peu trop lisse d'Andris Nelsons, c'est le jeu à la fois superlatif techniquement et bouleversant émotionnellement d'Augustin Hadelich qui nous étreint le cœur à la lecture de ce DVD.












