Rapsodia, chanson de geste sur trois femmes face à la guerre civile espagnole
Clara Lloret Parra raconte, chante et danse les déchirements de la guerre civile espagnole de 1936 à l'Espagne d'aujourd'hui. Entre rigueur documentaire, autobiographie familiale et poésie musicale, trois destins de femmes se dévoilent dans une immersion qui résonne fortement avec l'actualité au Moyen-Orient.

Les hommes font la guerre mais leur obsession ce sont les femmes, pour les posséder, les contrôler, les enfermer dans la sphère domestique, pour qu'elles ne les menacent pas. Mais les femmes sont des êtres humains comme les hommes, elles résistent, elles transmettent leur mémoire, elles ont leurs techniques de survie, et elles jouent leur rôle, sans doute plus clandestinement que les hommes, pour accomplir leur vie, pour rendre ce monde vivable.
La rhapsodie (ou rapsodie) désignait dans l'antiquité grecque une poésie épique, sorte de chanson de geste du Moyen Âge, et cette haute tradition qui associe le verbe et le chant se retrouve dans Rapsodia, où Clara Lloret Parra maîtrise tous les arts de la scène, le chant, le mime, le théâtre et la danse, soutenue par les interventions de Raphaël Dubert à la guitare électrique et au luth d'Istanbul, le latva. Parce que le monde est une juxtaposition d'éléments disparates, où la brutalité coexiste avec la beauté, la politique avec la poésie et où le temps, cette dimension essentielle s'étire et façonne les vies, les familles, les peuples et leur destin, Clara Lloret Parra met tout cela dans son spectacle.
Le centre de gravité est le destin de trois femmes, celui de deux sœurs, l'une dans la résistance armée au franquisme, assassinée et enterrée dans une fosse commune, l'autre qui a fui en France et qui au soir de sa vie, hantée par ses souvenirs traumatiques, raconte ce passé qui ne passe pas à sa petite fille… Clara Lloret Parra.
Autour de ce drame qui se niche au cœur du spectacle, tourne une variété d'éléments: chants et musiques traditionnelles ibériques suggestifs, extraits de discours politiques de l'époque franquiste ou d'aujourd'hui, danse tournoyante. Le tout baigne dans une ambiance sombre, dépouillée visuellement mais toujours riche, que ce soit par le drame familial et historique qui se joue (avec projection de sous-titres pour certaines chansons et pour les archives historiques), ou simplement par la puissance évocatrice des arts sans parole, musique et danse.
Par sa relative brièveté, un peu moins d'une heure, par la diversité des moyens d'expression et des styles musicaux utilisés, par l'intelligence et la sensibilité du propos qui nous éclaire sur le rôle de la femme dans les tragédies collectives, par son actualité qui résonne incroyablement avec ce qui se passe en Iran, au Moyen-Orient mais aussi aux États-Unis (et bientôt en Europe ?), Rapsodia est un spectacle intense conçu pour les grands, mais familial, possiblement dès 7 ans, et certainement idoine pour faire entrer les pré-adolescents dans les grandes questions de l'art et de la vie.








