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Au TCE, Kissin à l’état pur !

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 28-I-2026. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate no 7 en ré majeur, op.10 n°3. Frédéric Chopin (1810-1849) : Mazurkas n°27, 29, 35, 39, 51. Robert Schumann (1810-1856) : Kreisleriana, op.16. Franz Liszt (1811-1886) : Rhapsodie hongroise n°12 S244/12. Evgeny Kissin, piano.

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Dans un programme de grand piano dont la cohérence n'est que d'accorder de grands compositeurs, fait preuve d'un génie rarement entendu à un tel degré, avec une profondeur de tous les instants pour Beethoven ou Liszt, ce jusqu'au troisième bis, un Tchaïkovski fascinant de plénitude.

Que l'on soit parfois déçu ou moins convaincu par leurs prestations, qu'ils aient des périodes de vie plus compliquées avec des risques d'altérations techniques ou de l'esprit, il est des artistes de génie qu'il reste fascinant d'aller écouter à chaque fois que cela est possible. Parmi eux, est l'un des principaux actuellement, aux côtés de Martha Argerich et devant beaucoup d'autres.

Pour son récital au TCE cette saison, le pianiste d'origine russe a choisi de commencer avec la plus grande des petites sonates de Beethoven, la n°7 en ré majeur op.10 n°3. Achevée en 1798 alors que le compositeur à 28 ans, cette œuvre qui précède d'un an la Pathétique se veut plus légère, à l'instar du Presto introductif, dans lequel Kissin appuie souvent les notes ou plaque presque les accords, tout simplement pour leur donner une intense puissance. Au milieu de ce mouvement en forme sonate, il fait se répondre avec une grande subtilité les deux mains, comme si elles conversaient véritablement entre elles. Le Largo e mesto profite lui aussi de la formation soviétique du pianiste, dans un toucher pesant et mélancolique, mais sans la moindre lourdeur. Le thème principal en ressort magnifié. La tonalité dominante en ré mineur du 2ème mouvement passe en ré majeur dans le suivant, laissant une forme de gravité à la main gauche, mais avec de magnifiques éclairages sur la partie droite du clavier. Peut-être un peu lent, ce mouvement ne crée pas de vraie rupture avec le précédent et laisse le Rondo final s'en charger, avec des jeux de sautillements permanents, créés par les ralentendos et accelerandos successifs, bien marqués par les pauses entre eux.

Une poignée de Mazurkas de Chopin prolonge la première partie, avec pour débuter la n°27, composée seule à la fin de l'année 1828. Ici encore, Kissin ajuste son style issu d'une école russe qui tend à perdre en partie cette approche, pour donner à son interprétation du génie ce que 200 ans d'histoire de sa patrie polonaise lui ont apporté. Avec son approche personnelle, il aborde d'abord calmement cette mazurka puis la suivante, la n°29, avant de donner plus de poids à son discours dans la n°35, puis de montrer toute sa souplesse, retrouvée nous semble-t-il à son meilleur depuis quelques années, dans la n°39. La n°51 jouée en dernier nous ramène à plus de mélancolie.

Pièces maîtresse du programme, les Kreisleriana débutent avec une impressionnante dextérité, où le toucher là encore s'attèle à magnifier chaque mesure, chaque échange entre les mains, et à mettre en avant tous les grands thèmes de l'œuvre. Dans cette grande pièce d'amour de Schumann, composée à 28 ans (comme Beethoven lors de la Sonate n°7), Kissin met en exergue toutes les effusions de la partition et tous les atermoiements de son créateur, retranscrits soit par de la vivacité, soit par plus de doutes. Les parties très vives exposent quel grand piano joue le pianiste, plus doux que véritablement interrogatif dans les parties plus lentes, d'où la n°6 ressort particulièrement captivante.

Mais s'il y a peut-être une pièce qui démontre plus que toutes dans ce programme le niveau de maturité et de génie de l'artiste, c'est sans doute la Rhapsodie Hongroise n°12 S244 de Liszt. L'une des seules jamais jouées par Kissin, dont on connait notamment l'enregistrement du début des années 90, l'œuvre est ici introduite par des grondements fascinants, puis développée dans tous ses thèmes populaires hongrois, dont l'un, utilisé aussi pour une danse par Brahms, ressort particulièrement grâce à ses variations. La csárdás très rapide laisse tout simplement la salle parisienne en hypnose, tant elle est faite de pure magie sous les doigts du russe.

Devant le triomphe, visiblement heureux et en grande forme revient pour pas moins de trois bis. L'Étude n°6 de l'opus 10 aurait pu se suffire à elle-même, mais le pianiste offre ensuite une sorte de polka dont nous ne reconnaitront pas l'auteur – peut-être Moniuszko -, là encore d'une incroyable dextérité. Puis, devant une salle debout, il se décide à calmer les esprits en même temps qu'il nous prépare à une Nuit Blanche, celle de Mai, la pièce n°5 des Saisons de Tchaïkovski. Un soir de génie pur, à ne pas rater si vous pouvez assister à ce même programme à Monte-Carlo le 4 février.

Crédits photographiques : © ResMusica

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 28-I-2026. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate no 7 en ré majeur, op.10 n°3. Frédéric Chopin (1810-1849) : Mazurkas n°27, 29, 35, 39, 51. Robert Schumann (1810-1856) : Kreisleriana, op.16. Franz Liszt (1811-1886) : Rhapsodie hongroise n°12 S244/12. Evgeny Kissin, piano.

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