Allan Pettersson, Destin, Douleur et Musique
Si le monde de la poésie a su donner les lettres de noblesse aux « maudits » comme Tristan Corbière, Rimbaud ou Mallarmé le monde de la Musique a plus de difficultés à mettre en avant ses compositeurs rebelles ou maudits.

Ils sont le plus souvent mis dans des cases qui correspondent à un argumentaire historique comme au travers des fameuses Entartete Musik d'où sont sortis de l'ombre Alban Berg – l'un des plus reconnus actuellement. Comment passer sous silence le cas de cette compositrice russe comme Galina Ustvolskaya qui ne verra ses œuvres jouées et entendues qu'une fois que le mur de Berlin et que la Perestroïka se seront débarrassé de leurs tabous, alors qu'elle aura déjà soufflé ses soixante-dix bougies d'anniversaire… ?
A l'image d'un personnage de Zola ou mieux de Dostoïevski, Allan Pettersson même reconnu et admiré de son vivant fait tout de même parti de ces compositeurs atypiques, enfant miséreux, malingre, rejeté par tous et même par sa propre famille. Son destin est à peine croyable, avec juste l'aide d'un professeur de chant de l'école communale, il s'accroche à la musique qui sera son acharnement à ne vivre rien que pour elle. Serait-il un des derniers artistes qui passant au travers des mailles du filet de la société aura eu la rage d'exister?
Jean-Luc Caron n'en est pas à son premier livre sur les musiciens des pays nordiques. Comme un amoureux de ces contrées, il nous a déjà enchantés avec ses biographies de Carl Nielsen, Edward Grieg et de Jean Sibelius. Voilà un bien bel ouvrage et un travail de titan mis entre nos mains pour comprendre la musique de cet homme pas vraiment aimable, mais qui ne peut nous laisser indifférents.
Vous trouverez aux travers des pages non seulement une biographie hautement documentée, un catalogue étonnant et une discographie qui vous permettra d'aller à la découverte de ce compositeur. Sur ResMusica, deux CD chez CPO : le Concerto pour violon n°2 et sa Symphonie n°12 sont actuellement consultables.
A mettre entre toutes les mains de ceux qui ont envie de voyager dans le monde musical des rivages scandinaves.












Une IMMENSE DECEPTION que ce livre !!! Le PREMIER et – sans doute pour LONGTEMPS – le SEUL témoignage en langue française consacré à cet IMMENSE GENIE, SCANDALEUSEMENT MECONNU en pays francophones (où, par snobisme, l’on vante des « petits maîtres » de l’école sérielle et post sérielle) lors qu’il est un des trois grands GENIES de la symphonie du XXème siècle avec Gustav MAHLER et Dimitri Chostakovitch !!!
Une (nécessaire) biographie du compositeur … une présentation de son œuvre (TRES sommaire) …, une étude, tout aussi sommaire de son style et de sa philosophie musicale, un énième louange de sa symphonie « fétiche » (la 7ème) qui, pour tellement belle qu’elle soit, est cependant surpassée, musicalement parlant, par d’autres, pratiquement inconnues (les 6ème, 8ème, 9ème, 10ème, 13ème) … une explication médico-scientifique TRES COMPLETE de la TERRIBLE maladie qui l’a déchiré, de 1953 à sa mort, survenue le 20 juin 1980, et … c’est tout !!! Tout au moins, s’agissant de Pettersson.
Un GROS tiers du livre est consacré à … la musique suédoise et aux « collègues » de Pettersson … Présentation musicologique dont, avec tout le RESPECT que l’on doit aux auteurs, … on N’en a RIEN A FOUTRE, s’agissant d’un livre prétendument ayant pour objet Allan PETTERSSON !!!
Il aurait fallu une approche analytique la plus détaillée possible de CHACUNE des symphonies … une étude de la stylistique, du langage, de cette grammaire musicale tonale ELARGIE, de la structure, de la forme, de l’orchestration … De cela, rien, désespérément RIEN … NADA !!! Il est vrai que, s’agissant d’une musique aussi complexe que celle de Pettersson, il faut un musicologue-compositeur averti … Il est significatif à cet égard, le fait qu’une symphonie aussi ECRASANTE, aussi FONDAMENTALE, aussi CAPITALE que la 13ème ne fasse l’objet QUE de trois quart de pages ou que la 10ème, ouvrant le style HYPER expressionniste qui va culminer dans la 13ème, soit « snobée » par rapport à la 11ème, sans doute parce que plus « agréable » d’approche et d’écoute …
De Pettersson, « ON » n’entend parler (quand, d’aventure, un chef d’orchestre se risque à l’inscrire à son programme de concert) QUE de la 7ème … MARRE de n’entendre parler QUE de la 7ème !!! Comme si, en terme de « beauté » musicale, elle n’était pas entourée par les 6ème et – SURTOUT – 8ème Symphonies !!!