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Wilhelm Furtwängler : Bruckner a trouvé son Dieu

À emporter, CD

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°7 en mi majeur ; Symphonie n°9 en ré mineur. Orchestre Philharmonique de Berlin, direction : Wilhelm Furtwängler. 2 CD séparés Société Wilhelm Furtwängler SWF051 et SWF041. Pas de code barre : réservé aux adhérents de la SWF. Enregistré le 18 octobre 1949 au Gemeindehaus, Berlin-Dahlem (Symphonie n°7) et le 7 octobre 1944 à la Beethovensaal, Berlin (Symphonie n°9). ADD [mono]. Notices bilingues (français-anglais) bonnes (Félix Matus-Echaiz). Durée : 61’33 ; 58’51.

 

Le XXe siècle a connu, en sa première moitié, d’éminents chefs d’orchestre brucknériens qui imposèrent le grand compositeur autrichien au public alors qu’il ne lui était encore seulement qu’un nom : Volkmar Andreae, Karl Böhm, Eugen Jochum, Oswald Kabasta, Hans Knappertsbusch, parmi d’autres, ont ouvert la voie à l’ample développement discographique brucknérien remarquable qui devait le consacrer définitivement dans la seconde moitié de ce même siècle.

Mais parmi ces admirables pionniers, un chef de génie sort du lot : (1886-1954), et les enregistrements proposés ici par la Société qui porte son nom sont en fait de vieilles connaissances, puisque la Symphonie n°9 d’, captée sur bande magnétique par la Radio allemande aussi tôt que le 7 octobre 1944, avait vu sa première discographique en 1963 dans le cadre d’un superbe coffret de cinq microsillons DGG « In Memoriam » au grand chef, comprenant également des œuvres de Bach, Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert et Schumann. Quant à cette Symphonie n°7 enregistrée le 18 octobre 1949, elle vit sa première en microsillon en 1965 chez EMI–Electrola aux côtés de la Symphonie n°8.

Il est évident que avait une attirance particulière pour l’œuvre symphonique de Beethoven, Brahms et Bruckner qui somme toute constituait l’essentiel de son univers musical aux dimensions grandioses et lui permettait de dévoiler son sens aigu du tragique et du religieux : ceci explique l’osmose naturelle de Furtwängler vis-à-vis de la symphonie, et particulièrement la symphonie brucknérienne qui influencera jusqu’à ses propres compositions. Du maître de Linz, Furtwängler ne nous a légué que les Symphonies n°4 à n°9, avec une Symphonie n°6 en version unique hélas incomplète ; toutefois estimons-nous heureux de bénéficier de cet héritage brucknérien dont absolument rien n’était disponible avant 1963 !

À l’écoute de ces superbes interprétations des Symphonies n°7 et n°9, exemples du génie amplement méditatif de Bruckner, on constate que par sa densité, Furtwängler se montre paradoxalement plus énergique que ses confrères lorsqu’il le faut, et qu’en comparaison il n’est nullement le fanatique de la lenteur qu’on a systématiquement voulu voir en lui : il était tout simplement un chef d’une trempe et d’une classe dont on peut affirmer qu’il n’existe de nos jours plus aucun représentant. « Le grand art de Bruckner – disait-il – est actuel, peut-être justement parce qu’il a atteint l’universalité. Bruckner ne travaillait pas pour le présent ; dans son art, il songeait à l’éternité seule. » Et aussi, lourd de sens : « Tout se passe comme si le fait que la musique suppose encore de nos jours une communion, nous préservait, nous autres musiciens, de la perte de nos liens avec les hommes, avec la nature, avec Dieu. »

Les transferts exceptionnels en CD de la Société Wilhelm Furtwängler – de loin les meilleurs de ces enregistrements – nous amènent à souhaiter ardemment qu’elle applique de manière identique tous ses soins à la Symphonie n°8 captée le 14 mars 1949 et qui accompagnait la Symphonie n°7 dans le coffret pionnier EMI–Electrola. Ainsi, pour cette grande trilogie finale brucknérienne, la boucle serait bouclée de ces références pour l’éternité.

Visitez le site de la Société Furtwängler

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