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Biographie critique et musicale de Karajan

À emporter, Biographie, Chef d'orchestre, Livre

Karajan, une biographie. Peter Uehling. Hermann, 525 pages. 35€. N° ISBN : 978 2 7056 6685 9. Dépôt légal : avril 2008.

 

Afin de bien aborder ce livre, il convient de lire attentivement et complètement son titre : «Karajan, une biographie», le modeste «une» n’y étant aucunement anodin. Car l’auteur n’a pas voulu écrire «la» biographie de référence sur , mais s’est attaché à examiner la vie et surtout le parcours professionnel du célèbre chef autrichien. Ce prisme de lecture, fondamentalement analytique et musical, fait à la fois la différence et l’intérêt de cet ouvrage, comparé aux plus traditionnelles approches biographiques qu’il viendra avantageusement compléter.

L’édition qui nous occupe ici est la traduction française réalisée par Paul Gérard de l’ouvrage original en allemand de Peter Uehling, critique musical berlinois né en 1970. Celui-ci met intelligemment à profit la distance temporelle qui le sépare de Karajan, disparu en 1989, alors que notre auteur entrait à peine à l’age adulte, pour porter un regard dépassionné, analytique, critique et néanmoins fort bien documenté, sur le plus célèbre chef de la seconde moitié du XXième siècle, qui, rappelons le, a toujours fait l’objet de polémiques, les uns le jugeant superficiel, surestimé, égocentrique, business man plus qu’artiste, alors que d’autres n’hésitent pas à parler de lui comme du plus grand chef de tous les temps. Peter Uehling s’est en quelque sorte attelé à la tâche afin de démêler la légende de la réalité, de trouver et donner des clés permettant de mieux comprendre l’homme et le musicien, mettant en lumière, aussi objectivement que possible ses qualités et ses défauts, le replaçant dans une perspective historique.

Sur la biographie proprement dite, cet ouvrage ne peut servir de référence, il n’en a d’ailleurs pas la prétention. On y trouveras néanmoins l’essentiel et même un peu plus, de ce qu’il faut savoir, aucune période de la vie du chef n’y est occultée, sans esprit de polémique, mais avec un souci journalistique et documentaire évident. Notons que l’auteur n’a pas choisi de structurer son ouvrage en deux partie distinctes, biographie et analyse musicale, mais a préféré mêler les deux dans les mêmes chapitres. Cela peut parfois être source d’agacement car rompant le fil de l’histoire, mais il faut l’accepter car Peter Uehling ne «raconte» pas l’histoire de Karajan, mais essaye de la comprendre et de nous la faire comprendre. Et autant que nous puissions juger, cela est fait avec une certaine justesse et le lecteur trouvera effectivement de nombreux éléments éclairants. Par exemple, on découvrira qu’en dehors de son propre art le chef était fort peu porté sur les arts en général, et n’était pas un intellectuel au sens complet du terme. On y voit également que Karajan avait une conception très «physique» de la musique, et n’était pas satisfait de ses interprétations, en particulier en matière de tempo rythme et son tant que ce qu’il entendait le mettait «physiquement mal à l’aise». Si on met ces éléments bout à bout, l’absence de curiosité artistique et la recherche de son propre «confort» physique semblant passer devant toute autre considération, et que l’on écoute attentivement les interprétations de Karajan, on ne peut qu’être frappé par le lien de cause à effet avec le caractère très hédoniste et parfois le côté «peu concerné» de certaines de ses interprétations. L’aspect «homme de pouvoir» du chef est assez bien illustré et analysé. On y voit le Karajan à la fois timide et intimidant décrit par beaucoup de ceux qui l’ont approché, aussi bien lors de sa vie normale, que lors des fameux conflits dont le chef était coutumier. Et dont certains ont eu une fin abrupte avec une des inexplicables et soudaines volte-faces du chef qui laissèrent ses adversaires du moment apparemment vainqueurs mais circonspects.

La partie la plus intéressante est néanmoins l’analyse musicale à laquelle Peter Uehling s’est livré à l’aide de nombreux exemples, comparant souvent le chef à certains des ses plus illustres collègues, au premier rang desquels figurent bien évidemment Wilhelm Furtwängler. Avant de dire le bien que nous pensons de ce travail, prévenons le lecteurs que, peut-être effet de la traduction toujours délicate de l’allemand au français, certaines phrases sont un peu alambiquées, et qu’arrivé à la fin du paragraphe, on ne sait plus où l’auteur voulait en venir. Cela n’arrive heureusement pas trop souvent, comme les quelques erreurs de détail (les orchestres de Berlin et Vienne sont parfois intervertis ou confondus), et ne peut gâcher l’intérêt global du discours. Car l’auteur a assez bien mis le doigt sur les principales caractéristiques du style de Karajan, passant en revue tout le grand répertoire du chef : Beethoven, Brahms, Bruckner, Strauss, Sibelius, Tchaïkovski, Wagner, l’opéra italien etc. Il analyse fort pertinemment la façon dont le chef dirige ces œuvres, permettant à son tour au lecteur de comprendre pourquoi Karajan était meilleur dans Strauss ou Sibelius que dans Beethoven ou Wagner.

Voilà donc un livre plus que recommandable car intelligeant, éclairé et éclairant la personnalité du chef autrichien d’une lumière analytique et musicale dépassionnée qui en fait tout l’intérêt.

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