bandeau Res Musica

Rencontre du compositeur Franck Bedrossian avec les élèves du Lycée La Fontaine (Paris XVI) autour de l’œuvre Charleston

Grand Prix Lycéen des Compositeurs

Chaque année «La Lettre du Musicien» organise le Grand Prix Lycéen des Compositeurs. Un comité artistique sélectionne plusieurs enregistrements monographiques de compositeurs contemporains sortis dans l’année, sélection soumise aux professeurs de musique en lycée volontaires qui la font écouter à leurs élèves, avec vote final et remise du prix au compositeur récompensé.

L’occasion pour ces compositeurs d’aller à la rencontre de ce jeune public, formé de lycéens qui ont choisi l’option musique au bac, que ce soit en facultatif, enseignement de détermination (bac L-Musique) ou spécialisé (bac technologique TMD, ex F-11). Ce n’est pas un véritable entretien mais un travail de vulgarisation et découverte du métier de compositeur au travers des questions et interrogations des élèves.

La formation initiale

«J’ai commencé la musique de manière familiale, mais je n’étais pas dans un milieu de musiciens professionnels. Enfant j’avais un mange-disque, une machine qui n’existe plus pour lire les vinyles 45 tours. J’étais fou de musique, je ne cessais d’acheter des disques, qu’on trouvait en supermarché. Des disques de variétés la plupart du temps. Devant ça, mes parents m’ont mis devant un piano vers l’âge de 6 ans. Ça n’a pas été facile, en fait ce qui m’intéressait c’était le synthétiseur à l’époque. Finalement ça m’a plu. A partir de là j’ai suivi un cursus classique en conservatoire, sans pour autant que je veuille me destiner à la musique. Le contact avec certains compositeurs a été important, pour commencer Mozart, ce qui n’est pas très original. Puis Debussy. Pourquoi Debussy ? Je pense qu’à partir du moment où j’ai écouté son œuvre, j’ai ressenti de nouvelles émotions, des choses liées à la découverte de territoires d’expressions assez nouveau. Je pense que c’est lié à une certaine conception du temps et de la résonance. Cette rencontre a été assez importante car avec un certain langage musical il était possible de découvrir des émotions nouvelles. J’ai commencé à partir de là, à l’âge de 14/15 ans, à m’intéresser à la musique du XXe siècle. Ça n’a pas toujours été facile, je me souviens d’un concert Bartók que j’avais détesté… Je n’étais pas préparé à écouter cette musique. Puis j’ai découvert la Seconde Ecole de Vienne, le plus souvent par le biais du disque plutôt que par la radio. Une fois je suis tombé sur du Xenakis, je n’étais pas prêt pour cette musique là. Adolescent je préférais la musique romantique. L’écoute évolue. Plusieurs œuvres ont modifié mes goûts, pas seulement en musique classique : la musique pop qui a cette culture du son en studio, qui permet d’appréhender plusieurs types de structures sonores, l’improvisation en jazz, … Ce genre de musique a compté pour la pièce Charleston.»

Motivations pour créer une œuvre musicale

«J’écoutais beaucoup de musique pop, mais jusqu’à l’âge de 16/17 ans je ne m’intéressais pas à la musique contemporaine. Cette impression de communication directe de la musique pop avec le public était pour moi possible avec la création contemporaine, en prenant en compte toute la recherche sur le plan harmonique, sur l’orchestration, etc. A une invention personnelle est liée une émotion nouvelle. Cette volonté de retrouver cette excitation liée au sentiment d’être projeté dans quelque chose de nouveau est une grande motivation pour écrire. Si je n’ai pas ça, je m’ennuie. Je ne pourrai pas écrire une musique qui cherche à seulement être agréable ou expressive.

Comment venir à la composition

«On ne passe pas forcément du piano à la composition. J’étais assez paresseux au piano, je ne pouvais pas y passer plus de trois heures, alors que je pouvais rester huit heures devant une feuille pour composer. Pour moi la pratique de la composition m’apporte bien plus de satisfactions que l’interprétation. Quand mes parents partaient de la maison je me mettais dans l’obscurité pour improviser au piano. Par la suite cette expérience de solitude est très importante pour moi. J’en ai besoin. Ce n’est pas une solitude sociale, c’est au moment de composer seulement.»

Importance des origines arméniennes

«Je suis un arménien de troisième génération, donc petit fils d’émigrés, les origines sont lointaines. Maintenant je vis en Californie, le déracinement est total et c’est un bouleversement quotidien. En ce qui concerne cette question j’ai une culture de français. Dans quelles mesures les origines familiales comptent dans l’élaboration de vos œuvres ? C’est une énigme pour moi. Je n’ai jamais fait une œuvre liée à ce sujet là. Je n’ai aucune revendication spéciale à faire à ce niveau. Après j’ai eu une discussion avec un éditeur qui trouvait que les compositeurs arméniens en général avaient une musique assez sombre et dramatique. Mais c’est vrai aussi pour des compositeurs qui ne sont pas arméniens, c’est vrai pour Varèse, je pense que c’est quelque chose qui reste à éclaircir pour moi.»

Importance du voyage

«C’est important pour un compositeur de voyager. Vous êtes lié à un certain milieu, assez restreint, le risque est d’avoir si vous ne bougez pas une mentalité «provinciale», même à Paris. Provinciale car extrêmement localisée, limitée. Parmi les compositeurs entendus dernièrement, les plus intéressants étaient ceux qui avaient voyagé. Je pense que c’est quelque chose qui n’agit pas sur l’œuvre mais qui remet en question vos convictions. Aux Etats-Unis la culture de l’improvisation est très forte, l’histoire de la musique n’est pas liée à la musique écrite, contrairement à l’Europe. Le voyage va vous déstabiliser en permanence.»

Importance des sciences pour la musique contemporaine

«Je vais vous rassurer de suite : j’ai eu 3 au bac en mathématiques. Je ne suis pas du tout un modèle pour ça, mais ça ne m’a pas empêché de travailler à l’Ircam. Je n’étais pas très à l’aise avec les chiffres. L’élaboration musicale n’est pas scientifique. Il existe des connexions en termes de structures, mais il ne faut pas un haut niveau en mathématiques, physique ou informatique. Il existe des compositeurs scientifiques, mais ils restent rares. Je crée des sons électroniques mais je ne programme pas, chacun son métier. De toute façon, l’informatique en musique vous donnera des idées, mais pas d’imagination. C’est à vous d’avoir un rapport créatif face à la machine.»

Lire aussi : entretien avec Franck Bedrossian ; chronique du CD monographique proposé aux lycéens (contenant la pièce Charleston).

En partenariat avec La Lettre du Musicien.

Remise du Grand Prix Lycéen des compositeurs jeudi 2 avril à 12h, Maison de la radio.

Propos recueillis par Maxime Kaprielian

Baniere-clefsResMu728-90-2b

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.