Intermezzi de Tansman, entre guerre et exil

À emporter, CD

(1897-1986) : 24 Intermezzi ; Petite Suite (premiers enregistrements mondiaux) ; Valse-Impromptu. , piano. 1 CD Naxos 8. 572266, code barre : 7 47313 22667 2. Enregistré à Liège en décembre 2009 (Intermezzi) et février 2010. Très bonne notice, concise, de Gérald Hugon en français, traduite en anglais. Durée : 56’59.

 

Les Clefs d'Or 2011

En septembre 1939, le compositeur polonais est en France depuis vingt ans et il a été naturalisé français l’année précédente. Mobilisé à la déclaration de la guerre, il compose les 24 Intermezzi, d’abord au service de la censure internationale à Paris, ensuite à Nice en 1940 en attendant de s’exiler pour les Etats-Unis, en 1941.

Il s’agit ici du premier enregistrement des ces Intermezzi, et du premier disque soliste de la pianiste . Sous la direction artistique du compositeur Nicolas Bacri – proche de son esthétique – et conseillée par Gérald Hugon, ancien directeur aux éditions musicales Durand, Salabert, Max Eschig et qui a très bien connu Tansman, cette musicienne belge trentenaire bénéficie d’un entourage de qualité pour lancer sa carrière discographique. Un appui bien placé, car l’œuvre se révèle être du meilleur Tansman. La musicienne en fait ressortir la diversité des atmosphères, la grâce, le chant, le mystère, la légèreté, le rythme, l’énergie et le pathos, mais toujours avec le respect de la pudeur caractéristique du compositeur. Les événements difficiles qu’il traverse ne suscitent pas en lui de déflagrations sonores ni de grand drames, il faut savoir lire entre les lignes.

Brahms, Bach, Prokofiev, Bartók sont autant de références qu’on entend clairement au travers de l’œuvre, mais l’affinité la plus troublante est celle avec Chostakovitch. Le chef Oleg Caetani voit dans Tansman un Chostakovitch de l’Ouest et cela apparaît de manière particulièrement frappante dans le douzième intermezzo qui clôt le deuxième des quatre recueils. Indiqué «Allegro barbaro (Tempo di marcia)», il est la pièce qui évoque la guerre de la manière la plus directe. Par son ton, sa structure, il est très proche de l’Allegretto de la Symphonie n°7 Leningrad, qui fut composé à quelques mois de distance. Il est fascinant de voir comment deux compositeurs séparés par le rideau de fer mais réunis par une même culture musicale expriment de manière semblable leur dénonciation du totalitarisme et de la guerre.

«Je me sens vraiment ‘‘tansmanien‘‘ !» s’enthousiasmait le philosophe Vladimir Jankélévitch en 1957, après un après-midi passé à découvrir les Intermezzi. Aujourd’hui, cette œuvre et cette interprétation sont une des meilleures portes d’entrée à l’univers de Tansman.

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