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Arrivée triomphale du Quatuor Valentin Berlinsky

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor n° 7 en fa dièse mineur op. 108, Quatuor n° 8 en ut mineur op. 110. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Quatuor en fa majeur « Razoumovski » op. 57 n° 1. Quatuor Valentin Berlinsky : Bartek Niziol, 1er violon ; Xiaoming Wang, 2nd violon ; David Greenlees, alto ; Alexander Neustroev, violoncelle. 1 CD Avie Records 2253. Code barre : 8 22252 22532 7. Enregistré à l’église réformée de Seon en Suisse en décembre 2010. Livret en anglais, allemand et français. Durée totale : 73’58

 

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Ce n’est pas parce que certains diraient que l’âge d’or de la musique de chambre eut lieu dans les années cinquante qu’aujourd’hui cette formation musicale vit une période difficile. Au contraire ! Elle voit sa renaissance, en attirant l’attention de musiciens qui fondent de nouveaux ensembles, avec un niveau interprétatif qui ne cesse d’augmenter sur le plan de la clarté sonore et d’une technique de plus en plus précise et brillante.

Le fut créé en 2009 à Zurich pour honorer le nom du légendaire violoncelliste du Quatuor Borodine, qui jouait avec les Borodine depuis leur fondation en 1945 jusqu’en 2007, un an avant sa mort. Le nouvel ensemble est composé de musiciens vivants en Suisse, mais originaires de quatre pays différents : le Polonais Bartek Niziol (1er violon), le Chinois Xiaoming Wang (2nd violin), le Britannique David Greenlees (l’alto) et le Russe Alexander Neustroev (violoncelle). Ils contactèrent la pianiste Ludmila Berlinskaia afin de lui demander la permission de donner à leur formation le nom de son père. Elle y consentit, et depuis ils jouèrent avec elle le Quintette avec piano de Chostakovitch.

Né en 1974, Bartek Niziol est lauréat, entre autres, des premiers prix du Concours Wieniawski de Poznań (en 1991), du Concours Eurovision de Bruxelles (1992) et du Concours Jacques Thibaud de Paris (1993). Il est considéré comme le violoniste polonais le plus doué de nos jours. Il se produit non seulement en tant que membre du quatuor, mais aussi comme soliste et comme violon solo à l’Orchestre de l’Opéra de Zurich. En plus, il est héritier de la classe de violon d’Igor Ozim à Hochschule der Künste Bern où il est professeur. Il joue un Guarnerius del Gesù de 1727. Xiaoming Wang, qui reçut une distinction « Participation à l’atelier avec Viktor Suslin » au Concours Leopold Mozart d’Augsbourg (2006), joue du Stradivarius « Aurea » (ce qui veut dire « d’or ») de 1715 et il est second violon solo à l’Orchestre de l’Opéra de Zurich. Alexander Neustroev s’est vu décerner à son tour le prix d’un « candidat russe de qualité » lors du Concours Rostropovitch de Paris (1997). Il est, comme David Greenlees, chef de pupitre à l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich. Greenlees lui-même fut principal alto invité du Philharmonia Orchestra, du London Philharmonic et du BBC Symphony Orchestra. En tant que chambristes, les membres du Quatuor Berlinsky travaillent avec des artistes comme Martha Argerich, Julia Fischer et Radu Lupu.

Le Quatuor Berlinsky consacre son premier disque à des œuvres de et . En fait, l’album entame une série de disques dédiés, sous étiquette Avie, à ces deux compositeurs. Pourquoi une telle association ? En premier lieu, tous les deux dominèrent le genre du quatuor à leurs époques respectives. En second lieu, Valentin Berlinsky lui-même, selon sa fille, était partisan d’associer Beethoven et Chostakovitch. En troisième lieu, les Borodine, en quelque sorte « parrains » des Berlinsky, gravèrent une version de référence de certains quatuors de Beethoven (parue chez Virgin Classics), y compris du Quatuor en fa majeur op. 57 n° 1, qui fit preuve d’une conception symphonique des quatuors de Beethoven. Quatrièmement, ces mêmes Borodine enregistrèrent une référence dite « définitive » en matière des quatuors de Chostakovitch (Melodya) qu’ils connurent personnellement et qui avait l’habitude de consulter avec eux les effets de son travail sur ses quatuors.

Les musiciens du Quatuor Berlinsky nous livrent des interprétations pleinement fascinantes dans toute la mesure du mot : d’une grande beauté sonore, d’une clarté des plans absolue et de la maîtrise technique. Leur Chostakovitch est énergique, contrasté, plein de couleurs et riche en nuances. En s’appuyant sur un détail (sonore, dynamique, d’articulation, de l’accentuation et de l’agogique), ils ne touchent pas à la même simplicité d’expression que les Borodine, dont les exécutions tendaient vers la discipline agogique la plus rigoureuse possible. Par contre, en écoutant les Berlinsky, on a l’impression de suivre des histoires qu’ils veulent nous raconter (le quatuor n° 8 est dédié aux victimes de la guerre et du fascisme) et en suivant les Borodine, on avait le sentiment que les chambristes tentaient nous faire voir les partitions mêmes et ce qui y est essentiel : un drame caché sous une apparence souvent tranquille et une grotesque de la terreur soviétique. Est-ce une quadrature du cercle ? Ni avec les uns, ni avec les autres. Après avoir entendu les pizzicatos par les Berlinsky apparaissant dans les deux quatuors qu’ils gravèrent sur ce disque, on ne pourra pas ne pas y revenir.

Le quatuor de Beethoven est dans l’exécution des Berlinsky raffiné et poétique. À comparer cette interprétation à la référence moderne du Quatuor Artemis, le résultat peut être surprenant parce que les Artemis nous semblent trop nerveux et parfois excessivement rapides (surtout dans la finale). Un Beethoven par les Artemis n’est pas de ce fait si naturel, sophistiqué et aristocrate que celui par les Berlinsky, dont la beauté de certains phrasés est plus claire et significative. Les Berlinsky ne jouent pas ; ils chantent. Le troisième mouvement du quatuor en fa, Adagio molto e mesto, est un véritable lament, après lequel le Thème russe : Allegro de la finale commence attacca en nous donnant une ambiance de la couleur locale russe où de fortes émotions et une ardeur inquiète se mêlent à une légèreté de narration et un pur sentiment de joie.

Avec une prise de son spectaculaire, le premier disque enregistré par le Quatuor Berlinsky est à recommander sans hésitation à tous les audiophiles mélomanes !

 

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