philharmonie de paris 0718

Requiem Févin Divitis : Vers la lumière éternelle

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Anthonius Divitis (v. 1475- après 1525), Antoine de Févin vers 1470-1512) : Lux perpetua Requiem ; Ensemble Organum : Mathilde Daudy ; Florencia Bardavid Hœcker ; Marie-Madeleine Moureau ; Marie Langianni, dessus ; Jean-Christophe Candau ; Jean-Etienne Langianni, contre ténors ; Marcel Pérès ; Luc Terrieux, ténors ; Jérôme Cassalonga ; Antoine Sicot, basses. Direction : Marcel Pérès. 1 CD Aeon-Outhere AECD 1216 code barre 3 760058. 360163. Enregistré à l’abbaye de Sylvanès du 3 au 6 novembre 2010. Notice en français et anglais. Durée totale : 61’25’’

 

Comme de juste, le dernier disque de et son bouscule les habitudes d’écoute, pose des questions et soulève des polémiques dans les milieux « autorisés ». Querelles souvent stériles, car que sait-on vraiment de l’interprétation de la musique religieuse de la première Renaissance ? Les chantres des chapelles de Philippe Le Beau, Anne de Bretagne, Louis XII et François 1er chantaient-ils à la façon policée de leurs collègues britanniques ou comme les puissants chanteurs laboureurs berrichons chers à George Sand ? La controverse porte d’abord sur les sources de cette belle messe de requiem attribuée tantôt à , chantre de la chapelle de Louis XII, ou à Antoine Divitis, chantre de celle d’Anne de Bretagne, dont les carrières se sont croisées. Tout en laissant une part de doute, opte pour Divitis, selon le manuscrit Occo Codex conservé à la bibliothèque royale de Belgique à Bruxelles.

La comparaison s’avère passionnante avec une autre version de cette même messe par l’ensemble Doulce Mémoire de Denis Raisin Dadre parue chez Zig Zag Territoires six mois avant (lire notre chronique). Pour parodier un site musical voisin, nous pourrions dire : « le même pas pareil ». Le parti pris par Doulce Mémoire regarde vers la Renaissance et les chapelles princières avec l’ajout d’instruments, qui adoucissent l’austère solennité funèbre. Les chantres lyonnais associent d’ailleurs cette messe aux longues obsèques de la reine Anne de Bretagne, qui durèrent quarante jours au début de l’année 1514.

Refusant toute joliesse, comme à l’accoutumée, pour s’ancrer dans l’acre tradition du chant liturgique médiéval, Organum fait le choix d’un ensemble a cappella de dix voix mixtes, privilégiant des timbres extrêmement caractérisés. Dans son texte de présentation, renvoie aux très savantes messes polyphoniques des XIVe et XVe siècles où le cantus firmus étire la mélodie du plain chant jusqu’à une lenteur qui suspend le temps. Il se réfère aux grands compositeurs de l’époque, Ockeghem, Dufay, de La Rue, Brumel, qui étaient prêtres et chantres. Imprégnée d’une connaissance intime des textes et du rituel, leur musique fut peut-être plus que toute autre, destinée à accompagner le passage d’un monde à l’autre.

Fidèle à ses conceptions souvent controversées, Marcel Pérès choisit l’expression d’une tradition religieuse vivante au détriment d’une parfaite conduite des lignes vocales et parfois de la précision. Cela peut gêner certains esthètes, qui de toute façon fuiront les productions d’Organum, mais donne surtout une atmosphère profondément humaine car la mort est d’abord une réalité d’ici-bas avant la promesse de l’éternité.

On est saisi par la profondeur caverneuse de la basse d’, dans le Kyrie, proche du chant diphonique des plaines sibériennes avec des traces de chant orné byzantin ou corsifiant et des mélismes orientalisants, ainsi que par la puissance des voix de poitrine qui privilégient la ferveur religieuse à la beauté du concert. Ce climat de grave solennité sied parfaitement à un office pour les défunts, même si au cours de la célébration, la lumière perce les ténèbres et le néant pour approcher la sérénité que promet la foi en la résurrection.

Ces deux versions se complètent plus qu’elles ne s’opposent. À la beauté lissée comme les marbres des gisants, fussent-ils en vanité, de Doulce Mémoire, qui intègre toutefois la tradition bretonne, la vision incarnée de Marcel Pérès touche par sa sincérité et sa profonde humanité.

Baniere-clefsResMu728-90-2b

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.