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Danser la peinture, chorégraphies chromatiques

À emporter, Danse , Essais et documents, Livre

Danser la peinture. Pour une contre-histoire dansée de l’art. Laurent Pallier-Philippe Verrièle. Nouvelles éditions Scala. ISBN : 9782359881547. Relié plein papier – 23 x 30 cm – 172 pages. 96 illustration(s). 35,00 €

 

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dansepeinturecouvbdDanser la peinture. Attention Beau Livre Intelligent Mode d’emploi.

Danser la peinture porte si bien son titre que nous ne saurions le changer. En effet dans un beau livre intelligent, Philippe Verrièle a proposé à onze jeunes chorégraphes, de danser un peintre de son choix, à lui, l’écrivain-journaliste, critique de danse ; Laurent Paillier, photographe de danse principalement, de son côté, les photographierait. Le résultat est à la hauteur de l’ambition des auteurs : magnifique.

Nous en avons aimé le principe et le rendu. Le principe est beau, puisqu’il suppose que ce soient de jeunes chorégraphes qui répondent à l’écrivain, dans un entretien, sur leur rapport au peintre qu’ils ont interprété, en dansant et en étant arrêtés sans l’être dans leur mouvement ou pas, par l’objectif du photographe qui illumine ici leurs gestes avec talent.

Nous avons aimé que le mouvement soit ainsi sublimé dans un beau livre et que ces chorégraphes talentueux, qui ont pour certains une vraie pratique plastique, nous voulons dire en arts plastiques, puisque la plastique en tant que danseurs et metteurs en scène de leurs danses, ils l’ont évidemment.

Et c’est beau de voir leur corps et ceux de leurs partenaires pour ceux qui ont choisi de se chorégraphier (ou pas, Arthur Perole lui fait « cohabiter la ligne et la courbe » de Brancusi sans danser lui-même) avec d’autres danseurs. Quatre danseurs donc se chorégraphient : pour Kandinsky et le grain de la peau des danseurs courbés sur fond colorés dont la géométrie est la tenue; Arthur Perole sur Brancusi avec une mise en scène très étudiée par des danseurs devenus statues; Maria Jesus Sevari pour Fontana; et, enfin, Anne Nguyen sur Jean Degottex. Et de se mouvoir dans la lumière d’un plasticien connu qu’ils renouvellent par leur interprétation. C’est le cas d’Anne Nguyen (danser à plusieurs sur LE PEINTRE en le renouvelant), qui fait danser avec elle, Sonia Bel Hadj Brahim, « une excellente poppeuse » précise Anne, et revisite ainsi une forme de figure du Yin et du Yang et la calligraphie précieuse sur fonds purs du magique Jean Degottex. L’une de ces photos fait la quatrième de couverture. Elle montre bien que le « break » est une forme de danse forte qui est à la fois au sol et en l’air et se marie bien au peintre ici, à l’esprit taoïste. Mention spéciale pour Maria Jesus Sevari qui interprète merveilleusement les blessures à même la peau qu’est la toile, des œuvres de Lucio Fontana, avec trois danseurs : Philippe Lehbar, Inés Hernàndez et Morel. Elle recherche chez le peintre la question de la dilatation dans l’espace et donne à voir ce que Philippe Verrièle identifie comme étant le Ma japonais chez Fontana, à savoir dans la fente-passage au-delà du sexuel, de « l’espace calculé d’avance » : la relation intime de l’espace au temps.

Coup de cœur pour sur Vladimir Velickovic (en couverture d’ailleurs), qui a réussi à sublimer la représentation du Mal et se lance dans un « rituel », une transe spirituelle avec de la peinture noire; ou encore pour Leila Gaudin sur Louise Bourgeois, qui se met à la hauteur de la plasticienne, libre, tenace, sincère, explorant l’inconscient inconsidéré d’une histoire personnelle tourmentée et hantée par la sexualité du père notamment, puis de la sienne évidemment. Nous avons aimé le Pollock de Malika Djardi, explorant le « all over », le débordement du cadre du génie dépressif, qui inventa le « dripping », et répondant à Philippe Verrièle : « Aller au-delà du cadre, c’est l’amour ! ». Le Kandinsky de , le Brancusi à trois danseurs d’Arthur Perole, le merveilleux baigné de lumière Turrell de Mélanie Perrier. Et nous voudrions d’ailleurs tous les citer : le Klein au visage bleu Klein caché, tout de noir et d’or, d’Eric Arnal Burtschy, le Jean Rustin très difficile à illustrer dans sa crudité et pourtant si réussi par une Joconde moderne, Erika Di Crescenzo, et le beau Kirchner, expressionniste allemand révolutionnaire s’il en est, de Tatiana Julien, qui explore par un jeu d’ombres l’ « engagement outre mesure » du peintre.
Bref, ce sont onze fantaisies chromatiques chorégraphiées avec art et bellement photographiées. Voilà un beau cadeau.

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