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La Voix Humaine et La Dame de Monte-Carlo, une nouvelle intimité

À emporter, CD, Opéra

Francis Poulenc, Jean Cocteau : La Voix Humaine (1958), La Dame de Monte-Carlo (1961), par Caroline Casadesus (Soprano) et Jean-Christophe Rigaud (Piano), Ad Vitam Records.

 

lavoixhumaine300La voix humaine et La Dame de Monte-Carlo, deux destins tragiques réunis par et dans un album signé par le label Ad Vitam Records. Le sens du projet de ce premier enregistrement discographique de la version piano et voix de La voix humaine découle peut-être d’une recherche d’une nouvelle intimité, d’un espace plus intériorisé.

La dimension dramatique des deux artistes et leurs sens de la théâtralité projettent directement la scène dans notre salon et permettent de dépasser la barrière du seul enregistrement sonore pour nous conduire à la dimension visuelle de ces deux tragédies. Tout l’intérêt de cette version réside alors dans la proposition d’une version avec piano dont le choix se voit immédiatement justifié par la dimension spatiale de cet instrument qui peut être considérée comme étant davantage en corrélation avec l’intériorité de la pièce. La capacité du pianiste à générer des atmosphères et des décors immédiatement représentatifs de l’état psychologique du personnage est remarquable. En outre, nous notons une diction quasiment irréprochable de la part de dans La voix humaine mais qui perd largement en précision dans La Dame de Monte-Carlo. Sachant composer avec le temps, nécessairement plus élargi en l’absence de la vue, les deux artistes gèrent avec subtilité le silence, l’art de la rhétorique et les contrastes suscitant une clairvoyance remarquable.

Nous regrettons cependant une prise de son qui se veut relativement distanciée engendrant ainsi une légère perte de précision en ce qui concerne la captation du piano.  Ainsi, celle-ci crée de l’espace, élément intéressant d’un point de vue théâtral mais brouille parfois certaines harmonies, certaines textures qui gagneraient à davantage de netteté.

Clôturant cet admirable travail de mise en place et de théâtralité sur La voix humaine, l’interprétation de La Dame de Monte-Carlo se révèle beaucoup plus hétérogène d’un point de vue vocal et souligne certains petits aspects négatifs déjà perçus dans La voix humaine mais préalablement excusés par des raisons théâtrales. En effet, une gestion difficile de ses passages (la physiologie vocale impose des zones de transition entre les registres, appelés passage, que le chanteur doit penser dans un souci d’homogénéité du timbre) crée une certaine hétérogénéité dans les registres qui conduit parfois à des problèmes de précision du son. En ayant en mémoire la version remarquable de Susan Graham nous ne pouvons que relever les différences notables d’homogénéité, de conduite du souffle et de phrasé.

Cependant, quel exercice difficile de présenter strictement le même programme que celui magistralement enregistré par Felicity Lott en 2012! Quitter la richesse de l’orchestration pour le seul piano dans La Voix Humaine permet d’apporter un éclairage différent et une vision parfois plus intérieure de cette œuvre initialement écrite pour voix et orchestre.

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