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Florent Nagel, au plus près du texte d’Alice au pays des merveilles

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Florent Nagel : Alice aux pays des Merveilles. Conte musical d’après Lewis Carroll. Florent Nagel et Johanna Maartel, piano. Yves Penay, comédien. 1 CD Azur classical. Enregistré en février 2016 au Conservatoire de Musique et de Danse de Châtenay-Malabry. Livret bilingue (français, anglais). Durée : 78’33.

 

alice_nagelUn motif se répète obstinément au piano : Alice s’ennuie au-dessus d’un livre « sans image ni dialogue ». Ainsi le compositeur introduit-il sa version d’Alice au pays des merveilles, conte musical pour narrateur et piano à quatre mains, dont le spectacle est ici enregistré sur disque. Loin des adaptations animées qui ont popularisé l’œuvre de Lewis Carroll, en voici une interprétation intelligente et profonde.

Le récit utilise la première traduction française par Henri Bué, supervisée par l’auteur, d’une grande fidélité au texte originel, malgré les adaptations du traducteur (par exemple, Alice peine à réciter la fable Le Corbeau et le Renard). Il est servi par une lecture vivante et intelligente du comédien . Quant à la musique, elle ne vient pas tant illustrer le propos que l’éclairer et renforcer le pouvoir de l’imagination. Les compositions parviennent ainsi à suggérer l’inquiétude suscitée par l’irrationnel du monde d’Alice, lorsque la musique répétitive accompagne l’héroïne se noyant dans ses propres larmes ; le vertige des distorsions corporelles et spatiales, lorsqu’Alice mange le biscuit qui fait grandir dans un formidable crescendo ; la folie parfois agressive des personnages (Serpent et pigeon, Vers le thé chez les fous…) et l’excellente scène de la Reine de cœurs (« qu’on lui coupe la tête ! »).

La musique peut évoquer tour à tour le ciné-concert, Poulenc, la musique répétitive ou encore recourir aux bruitages (jeu sur le cadre du piano, cordes frottées) comme au chapitre Dans la maison de la duchesse. et , tous deux professeurs à Rueil-Malmaison et également présents dans de nombreux projets interdisciplinaires, en sont les interprètes. Sans doute l’intérêt du compositeur pour la pédagogie ainsi que la musicothérapie ne sont-il pas étrangers à cette approche qui « renouvelle les habitudes d’écoute traditionnelle », selon ses mots.

Sans sous-estimer les capacités d’émerveillement des jeunes auditeurs, ce disque n’est pas complètement facile d’accès, comparé à un spectacle sur scène, avec plus d’1h15 d’écoute. Passées ces premières réticences, l’auditeur, adulte ou enfant, s’abandonne pourtant à cette version qui fait appel aux sens et à l’imagination et nous fait grandir avec Alice.

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