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Michel Piquemal, la tradition vocale française

choeur-regional-vittoria_-idf-csylvainbachelot_12_web incarne l’une des figures les plus importantes de l’art vocal français. Professeur pendant près de dix ans au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, professeur de chant à la Maîtrise de Radio France, il a formé entre autres Nora Gubish, Hélène Le Corre, Sophie Marin-Degor et Norah Amsellem. Son engagement envers la création contemporaine française dès les années 80, son attirance pour le répertoire vocal du XIXe siècle français, ses activités de chef d’orchestre puis de chef de chœur pour chanteurs amateurs et professionnels ainsi que sa florissante carrière de baryton illustrent sa détermination à mettre son entière personnalité au service de la musique. livre ici son affection pour la musique française entre actualité discographique et notes de parcours.

« J’essaie de me tenir à enregistrer des œuvres françaises malgré la crise du disque. »

La Musique française

: J’essaie de me tenir à enregistrer des œuvres françaises malgré la crise du disque. Je considère que dans le dix-neuvième et le début-vingtième siècles français, il y a énormément de compositeurs qu’on a laissés un peu de côté. Quand j’étais à la Maîtrise de Radio France, on chantait des solfèges magnifiques de Guy Ropartz accompagnés au piano. Je suis tombé sur son Requiem que j’ai eu envie de mettre au répertoire. Comme personne ne connaissait, cela a donné un élan de curiosité et j’ai enregistré l’intégrale de sa musique sacrée. Il y a le Requiem pour la Paix d’Henri Tomasi, écrit un an avant celui de Duruflé, qui est à connaître. On en a fait un film qui va bientôt passer sur France 3 avec l’Orchestre de l’Opéra de Marseille et le chœur.

Toujours d’actualité…

MP : En 2001, on a fait le disque des Mélodies de Poulenc chez Naxos, on était dans les dix disques de l’année du célèbre magazine anglo-saxon Gramophone. Je viens d’enregistrer une trentaine de Mélodies de Fauré puis, avec Roland Pidoux, Jean-Claude Pennetier et Patrick Gallois, les chansons madécasses de Ravel. Je prépare un peu de musique baroque avec l’ensemble vocal, la saison du Chœur Régional Vittoria d’Ile de France avec Brahms, Beethoven et Paris Tango de Mosalini-Ferrer puis je m’occupe aussi du Chœur Provence Alpes Côte d’Azur et du Grand Chœur de l’Abbaye aux Dames de Saintes. Cet été, je suis heureux de remonter le Requiem de Verdi pour l’Académie Européenne de Chœurs et d’Orchestres de l’Abbaye de Sylvanès. On me propose aussi un atelier au Festival d’Ambronay, je suis professeur à l’Académie d’Eté de Nice…

Une enfance scolaire en musique

MP : On est originaire de l’Ariège, mes parents n’étaient pas du tout musiciens. J’ai eu envie de faire du piano : mes parents se demandaient quelle était cette lubie. J’étais à l’école primaire quand je suis tombé sur un professeur de la ville de Paris, Françoise Deslogères. A l’école, on montait des spectacles et à la fin de l’année de CP, on a monté un petit ouvrage un peu lyrique où j’avais un rôle important. Elle a parlé à mes parents et, grâce à elle, j’ai commencé à faire du piano puis je suis entré au CNR de Boulogne pour y faire du solfège avec elle également. Quand il a fallu passer en 6e, elle a convaincu mes parents que je pouvais entrer à la Maîtrise de Radio France, la grande maîtrise très réputée. Je m’y suis présenté, j’y suis entré et depuis ce moment-là, le chemin a été tout tracé jusqu’à maintenant. J’ai l’impression d’avoir été un peu comme une allumette dans un ruisseau, j’ai suivi le courant de la musique.

La pratique amateur

MP : Un chœur, c’est un instrument et c’est un peu comme une voiture. Le pilote est obligé de s’adapter à la voiture qu’il a. Nous, c’est la même chose. Du groupe que j’ai, je vais essayer de tirer le meilleur. Je vais essayer de le mettre en évidence, en beauté. Il ne suffit pas de travailler à la table en disant je veux tel tempo, telle nuance ; si le groupe ne peut pas le faire, refaites votre interprétation pour que l’œuvre soit servie et qu’elle puisse être révélée par ce groupe-là. C’est à moi à m’adapter au chœur. Je pense qu’il n’y a pas de vérité d’interprétation. »

Son rôle de musicien

MP : C’est un rôle pédagogique. A tous ces amateurs qui chantent, c’est important de faire apprendre la musique en direct. Je dis toujours : les amateurs qui chantent dans un chœur c’est comme des gens qui vont dans un pays pour apprendre la langue. Ils sont véritablement plongés au cœur de la musique, ils s’épaulent les uns les autres. Individuellement, ils sont incapables de faire trois notes mais avec tout le monde, regardez ce qu’ils arrivent à faire ! C’est eux-même qui, par leur passion, arrivent à chanter dans les grandes salles : Pleyel, le Théâtre des Champs-Élysées, avec de grands chefs, de grands solistes. Tous ceux qui ont touché à cette façon de faire la musique ne peuvent plus s’en passer. Je voudrais faire beaucoup plus pour les jeunes, les encourager à connaître ces grandes joies. Malheureusement, on n’est peut-être pas assez actif dans les écoles et dans les lycées, il y aurait beaucoup à dire. Ce rôle, que je crois jouer, je ne peux pas le jouer seul : mon instrument, c’est tous ces gens, j’ai besoin d’eux. Ils me servent de révélateur. Mon second rôle est d’essayer de servir la musique, de la défendre, de la faire revivre. On est tous un peu des Docteur Miracle de la musique car une partition, c’est du papier mais il suffit d’un geste et on fait naître une harmonie, un rythme et la musique se forme. Chacun dans la vie a un rôle, il y a des grands médecins, il y a des gens qui font des choses extraordinaires. Moi, c’est plutôt dans le domaine de l’âme, du cœur, de l’évasion que j’ai un rôle à jouer.

Crédits photographiques : © Sylvain Bachelot

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