Festival de l’Académie Bach 2002 : Inégale journée de clôture

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Arques-La-Bataille. Dimanche 2 juin 2002. Église d’Arques-La-Bataille, Normandie. Festival de l’Académie Bach. Journée de clôture.

L’Académie Bach, c’est un prestigieux vivier d’artistes confirmés dans la pratique de la musique du Moyen-Age pour certains, dans celle de la musique d’âge classique et dans le répertoire du milieu du XVIIIe siècle pour d’autres. Située à Arques la Bataille en Haute Normandie, l’académie propose la plupart des artistes travaillant pour le label Alpha, en avant-première des grands festivals d’été. Les ensembles Stylus Phantasticus, , les Pages et Chantres de la Chapelle, Diabolus in Musica, l’Arpegiatta, quelques grands solistes faisant autorité dans l’interprétation de la musique ancienne, , sont au rendez-vous. Dans ce contexte, pas de grosse surprise quant aux programmes proposés : ce sont, à peu de choses près, ceux des enregistrements présents, passés ou futurs du label aux pochettes bordées de noir.

Qu’elle soit anglo-saxonne, française ou méditerranéenne, la musique de l’Académie Bach résonne dix jours durant dans la magnifique église d’Arques-la-Bataille, lumineuse : un des seuls monuments, avec le château en ruine, digne d’intérêt dans la petite bourgade.

A 17h30, le dimanche 2 juin, jour de la clôture de l’édition 2002 de l’Académie Bach, on se rend au récital de Willem Jansen, organiste attitré du Musée des Augustins de Toulouse, qui inaugure la journée thématique : Miserere et Lamentations.

Alors que le thème choisi aurait pu être propice au recueillement, il est malheureusement, par ce concert introductif, favorable à l’ennui. Fort heureusement pour le spectateur, l’organiste et les tireurs de jeux (Monsieur Philippe Gautrot, directeur du festival et sa fille) sont visibles, l’instrument étant un orgue de jubé. Ainsi, l’auditeur déçu peut reporter son attention sur d’autres motifs que les lignes des phrasés musicaux manquants. Très occupé, Jansen n’a sans doute pas passé le temps qu’il aurait voulu en tête à tête avec sa musique, c’est pourquoi il a passé tout le temps du concert à ralentir. Son manque de passion (de travail ?) affadit Dufay, Ockeghem, Sweelinck, Krebs si bien que le choral de ce dernier, Erbarm dich mein, O herre Gott, pourtant du XVIIIe siècle, sonne comme du Dufay à moins que ce ne soit l’inverse ? Quoi qu’il en soit, on s’y perd et c’est mauvais signe. Tout finit étrangement par se ressembler dans cette tendance générale à ralentir, à ne jamais chercher à ciseler ou même à articuler le moindre des phrasés des partitions du concert. Même le célébrissime Ich ruf zu dir Herr Jesu Christ de Bach s’essouffle, en mal d’interprétation.

Puis arrivent les pièces de , compositeur du XXe siècle, dans lesquelles Jansen devient coupable d’approximations. Certes, l’orgue d’Arques, qui est constitué de seulement vingt et un jeux aux sonorités majoritairement flûtées, n’est pas l’instrument le mieux adapté aux trois pièces, cependant, ce n’est pas l’instrument qui est responsable de la lenteur outrée du Lamento et du nombre d’écarts et d’égarements (aussi bien harmoniques que rythmiques) à l’égard de la partition dans la Première Fantaisie. Quant aux Litanies, on n’en ressent ni le caractère obsessionnel, ni l’extrême structure des phrasés.

A 20h00, le thème se théâtralise avec Le Sermont sur la mort de Bossuet déclamé par Eugène Green en chaire, en habit d’époque classique, inquiétant comme il faut.

A 22h00, le thriller Dumestre sur le scénario des Leçons de Ténèbres et du Miserere de Delalande commence. C’est l’heure de l’office des Ténèbres. entre en scène, devant le jubé, c’est la nuit, les spectateurs sont en bonne condition liturgique, le froid les gagne : une dizaine de bougies seulement éclaire les musiciens, trois brûlent au jubé. Aucune autre source de lumière dans l’église si ce n’est la très faible intensité des lampes de pupitres. Ici, à l’opposé du récital d’orgue, tout est travaillé avec une minutie qu’on admire. Six hommes constituent le chœur : , , Hugues Primard, Bruno Bonhoure, Marco Horvat et Bernard Arrieta. Pendant l’office, discrètement, ils monteront, dans le noir, à la tribune de l’orgue faire résonner leurs voix en polyphonie, grâce au beau travail de François Saint Yves, auquel fut commandé la reconstitution polyphonique des lettres hébraïques en plain chant. La mise en espace de , directeur musical du Poème Harmonique, n’est jamais surfaite : quand un appariteur éteint une à une les bougies après chaque répons, on se prend à craindre les Ténèbres, quand Claire Lefiliâtre, qui assure ses soli avec une conduite de son exemplaire, implore la pitié de Dieu, on tremble. L’instrumentarium (Marianne Müller, Elisabeth Geiger et ) est discret mais diaboliquement précis, si l’on peut s’exprimer ainsi. Alors on se dit que l’Académie Bach ne pouvait pas mieux s’achever, que la belle thématique n’a pas été source de désagrément pour tous et que les prestations d’excellence égales à celles des musiciens de Dumestre sont sans doute plus fréquentes que les ratages.

Au sortir du récital d’orgue, on s’était dit que le café de la Place, recommandé par le festival (seul commerce ouvert à 19h00), sur l’unique place de la ville, allait bien nous servir quelques mets consolateurs. Méprise ! Il ne restait de rien à moins d’être artiste ou ouvreur à l’Académie Bach. On finit toutefois par nous servir un peu de riz, un peu de salade, quelques bouts de pain. Pas de quoi bambocher, vous en conviendrez, alors réservez une table dans d’autres villes plus attractives en attendant que l’Académie Bach ne propose un plat unique à destination de ses fidèles auditeurs dans les locaux de l’école municipale ( qu’elle investit déjà pour quelques conférences…).

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