Artistes, Chefs d'orchestre, Portraits

Willem Mengelberg [1871-1951]

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Personnage public hollandais le plus populaire de son temps, dont la moindre grippe faisait la Une des journaux, est considéré aujourd’hui comme l’un des derniers grands chefs romantiques, au style énergique et improvisé, libre et parfois excessif, mais toujours vivant.

Quatrième enfant d’un sculpteur et d’une pianiste amateur originaires de Cologne et fixés depuis peu à Utrecht, Josef Wilhelm Mengelberg manifeste, très jeune, de sérieuses dispositions pour la musique. On l’envoie alors étudier la composition et la direction au Conservatoire de Cologne avec Franz Wüllner (1832-1902), lui-même élève du violoniste et chef d’orchestre Schindler, le secrétaire de Beethoven, mais aussi l’orgue, le chant et le contrepoint. Après seulement trois ans d’étude, il remporte des prix en direction, piano et composition et devient à vingt ans directeur musical à Lucerne. En 1894, il est appelé à diriger l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, ensemble formé seulement depuis 1888 et qui n’avait encore qu’une réputation médiocre.

En quelques années, Mengelberg en fait l’un des meilleurs d’Europe et les tournées se succèdent, lui-même étant nommé directeur des concerts du Musée de Francfort (1907-1920) puis directeur de l’orchestre philharmonique de New-York de 1921 à 1929. Mais ce sont ses cinquante ans de règne à la tête du Concertgebouw qui ont bâti sa réputation. Son exigence se manifeste dans des répétitions très soigneusement préparées, même si Mengelberg peut s’y montrer si prolixe en explications sur l’œuvre, son message, son contexte stylistique, qu’il ne reste parfois plus de temps pour la travailler! De même, Mengelberg, alors qu’il n’hésite jamais à retoucher voire à couper les œuvres qu’il dirige, prépare cependant ses partitions avec les meilleures sources disponibles, traquant la moindre erreur d’impression. Ainsi, pour la préparation d’un concert de la symphonie Pastorale de Beethoven, il se fait prêter une rare édition corrigée par l’auteur. Riccardo Chailly utilise d’ailleurs toujours aujourd’hui certaines partitions de travail de Mengelberg pour les symphonies de Mahler, préparées directement avec le compositeur.

Quoique Beethoven soit son compositeur préféré, Mengelberg s’est toujours attaché à défendre la musique de son temps, surtout Mahler avec qui il se lie d’amitié en 1902 et Strauss qui le considérait comme l’un des meilleurs chefs qu’il ait jamais entendu, au point qu’il lui dédie Une Vie d’un héros, tout comme le fit Rachmaninov avec Les Cloches. Il créé également des œuvres de Bartók (Concerto pour violon N°2), Hindemith (Der Schwanendreher, Concerto pour violon) Kodaly (Suite de Hary Janos), Milhaud (Carnaval d’Aix), Reger (Konzert im alten Stil) et dirige aussi Dukas, Schönberg…

Resté sourd aux reproches faits par certains de ses amis pour son attitude pro allemande durant l’occupation on le voit, entre autres choses, lors d’un banquet organisé en son honneur à Berlin par les nazis, conclure chacune de ses interventions d’un « Heil Hitler »- il est interdit d’estrade durant six ans à la Libération. Il ne comprit jamais pourquoi il avait été sanctionné et attend, aigri, dans son chalet suisse, que « son » orchestre le rappelle lorsqu’il meurt le 22 mars 1951, trois mois avant l’expiration de sa peine.

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  • Hubert Wendel

    L’histoire du repas à Berlin où Mengelberg aurait levé le bras tous les 3 mots est une pure invention.
    Il n’y a de trace de cela nulle part, à part les racontars des journaleux qui se recopient entre eux.
    Pourquoi raconter cette histoire et omettre qu’il a sauvé tous les juifs de son orchestre et qu’il est intervenu aussi souvent que possible pour aider les personnes en détresse ?

    • Christophe Miquel

      Parce ce que vous dites n’est attesté par aucune source….alors que son toast porté au régime nazi dont les forces avaient brutalement envahi les Pays-Bas est rapporté par plusieurs sources concordantes et qu’il n ‘en avait d’ailleurs pas fait mystère,ne dissimulant nullement ses sympathies publiques prohitlériennes.
      Il fut condamné à la Libération des Pays-Bas en 1945 à un silence forcé de 6 années dont on peut certes discuter la pertinence puisqu’il le conduira à ne plus diriger jusqu’à la tombe l’admirable orchestre qui lui devait tout et qu’il aimait tant.

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