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Ensemble Jachet de Mantoue – De réjouissantes Lamentations

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Jachet de Mantoue: Lamentations de Jérémie. Ensemble Jachet de Mantoue ; Michael Lonsdale, récitant. 1 CD Calliope CAL 9340, Durée 63’29. DDD, 2003. Livret bilingue.

 

Ensemble Jachet de Mantoue - De réjouissantes LamentationsAprès avoir édité au disque, en 2002, la messe « Anchor che col partire, Motets à Notre-Dame » (CAL 9310), l’ complète avec les Lamentations de Jérémie un tour d’horizon de la musique du compositeur de la Renaissance italienne dont il porte fièrement le nom. L’ensemble est né en l’an 2000 de la passion commune pour la musique vocale européenne des XVème et XVIème siècles de cinq chanteurs professionnels. Il est situé en Bretagne et se donne pour objectif de faire connaître dans toute la France (et même au-delà des frontières) le riche patrimoine de la région. La formation est composée de Raoul le Chenadec (contre-ténor), Thierry Bréhu et Eric Raffard (ténors), James Gowings (baryton) et Philippe Roche (basse). Pour l’enregistrement de ces Lamentations, ils se sont adjoint le concours du grand comédien .

Jachet de Mantoue (de son vrai nom Jacques Colebault) voit le jour à Vitré en 1483. Il quitte sa Bretagne natale pour l’Italie, et les historiens ne savent pratiquement rien de sa vie avant 1526 – date où il s’installe à Mantoue -, si ce n’est qu’il est engagé comme chanteur à Modène ; puis qu’il effectue un passage à la cour d’Este à Ferrare. Il devient maître de chapelle de la cathédrale Saint-Pierre et Paul jusqu’à sa mort en 1559. Durant toute cette période, il domine la vie musicale de sa ville d’adoption, léguant à la postérité vingt-deux messes, ainsi que plus de cent motets. Publié de son vivant (fait exceptionnel pour l’époque), il a été admiré dans toute l’Europe et a continué de rayonner bien après sa disparition, inspirant bien des compositeurs comme Palestrina (1525 – 1594) et Lassus (1532 – 1594).

Le CD des Lamentations est de fort belle facture. Il nous replace dans le contexte historique, à une époque où l’Italie attirait comme un aimant tous les créateurs européens. Grâce, notamment, à certains mécènes, comme par exemple le cardinal Ercole Conzaga, « employeur » de Jachet, le rétribuant de ses propres deniers ! L’œuvre est destinée à être exécutée lors de la Semaine Sainte. Les paroles des Lamentations ont été écrites en 587 avant J.-C. suite à la première destruction de Jérusalem, et ont inspiré bien des compositeurs de la Renaissance (Emilo de’Cavalieri par Vincent Dumestre, récemment chez Alpha). Les textes déclamés par , en introduction de chacune des lamentations chantées, sont issus de la traduction latin-français de la Bible par J. Lefèvre d’Etampe, publiée à Anvers en 1530 sous le titre de « La Sainte Bible en françoys ».

L’ensemble de l’enregistrement comporte neuf textes et neuf chants en alternance : trois pour le Jeudi Saint, trois pour le Vendredi Saint et trois pour le Samedi Saint. Dès la première lecture, Michael Lonsdale plante le décor ! S’ensuit le premier chant, qui reprend, en latin, les propos français dit par le récitant. Ce schéma se poursuit tout au long de la partition. Les voix des cinq chanteurs, en parfaite harmonie, forment un ensemble fort agréable. Le style de cette polyphonie de la Renaissance, riche et varié, est à la fois solennel et pourvu néanmoins d’une lueur d’espoir, malgré la tristesse du thème.

Ainsi, dès le premier chant, l’auditeur se rend compte du génie créatif de Jachet de Mantoue. La forme, parfois, est encore assez proche du chant grégorien, tout en adoptant par moments un ton beaucoup plus moderne. Le mélange des voix, qui se répondent ou se complètent, forme un tout harmonieux. La parfaite maîtrise de la partition, pourtant complexe, prouve les capacités des interprètes et entraîne les mélomanes dans un irrésistible voyage à travers le temps. Dans la deuxième partie (les trois Lamentations consacrées au Vendredi Saint), le ton change, devient plus désolé. Nouveau contraste pour la troisième et dernière série, celle du Samedi Saint, où les trois lignes vocales se chargent de grandeur. Le seul point commun à ces neufs chants est la dernière phrase qui revient comme un leitmotiv, mais décliné sur des tons différents à chaque fois : « Hierusalem, convertere ad dominum Deum tuum ».

Rien à redire quant à l’enregistrement : les prises de son sont soignées, un léger écho met en valeur les cinq voix magnifiques de l’. La seule critique que l’on pourrait formuler concerne le livret, plus précisément la page du « sommaire » du disque, où les trois lectures et les trois chants du Samedi Saint ont été omis. Mais cet oubli véniel est réparé dans les dernières pages, les textes y figurant. Il est à noter que cette gravure est une première mondiale, et qu’elle permet de sauver de l’oubli ces fascinantes Lamentations, ainsi que le génie du compositeur breton.

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Jachet de Mantoue: Lamentations de Jérémie. Ensemble Jachet de Mantoue ; Michael Lonsdale, récitant. 1 CD Calliope CAL 9340, Durée 63’29. DDD, 2003. Livret bilingue.

 
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