Ensemble « Diabolus in Musica » – À l’enseigne du latin agile

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Anthologie « CARMINA GALLICA » – Chansons latines du XIIe siècle – Ensemble « Diabolus in Musica », direction : Antoine Guerber – 1 CD ALPHA-Productions N° Alpha 037, Août 2003. DDD, 66’ 46.

 

Ensemble « Diabolus in Musica » - À l’enseigne du latin agileS’il est une musique « vivante », en dépit de la langue prétendument morte dont elle use dans la plupart de ses manifestations, c’est bien la musique médiévale. Tellement vivante qu’on hésite à l’enregistrer, dans la crainte de « figer » telle ou telle interprétation, diverse sinon multiple. Aussi saluons-nous cette neuvième production des d’ ; lesquels poursuivent leur quête d’originalité dans ce difficile répertoire où ils sont si convaincants ! Merci à eux de soumettre aux oreilles des amateurs du genre (ainsi qu’à celles d’éventuels découvreurs), ce produit – si bien fini – de leur travail avisé et peaufiné. Cela va du motif illustrant le livret d’accompagnement (1), allégorique en… diable, jusqu’à l’intérêt constant et chaque fois renouvelé des textes choisis. En passant par une prise de son irréprochable, qui nous transporte derechef en compagnie courtoise et raffinée sous quelque voûte romane, quelque cloître abbatial du Val de Loire, ou dans la grande salle du « château de nos pères »…

Si certains noms à l’origine des textes réunis dans cet album sont connus de quiconque se montre un tant soit peu épris, ou simplement curieux, de culture médiévale (Philippe le Chancelier, Pierre de Blois) ; d’autres seront, pour beaucoup, une découverte : ainsi Baudri de Bourgueil, Hilaire d’Orléans ou encore Hildebert de Lavardin. Bien des œuvres conservées dans les manuscrits ne portant pas le nom de leur auteur, plusieurs titres sont proposés ici sous couvert d’anonymat ! Toutes ces pièces portent l’empreinte d’une « plume » cultivée et courtoise un tantinet élitiste. Nous sommes très loin ici de la lettre comme de l’esprit des habituels – et donc plus familiers – Carmina Burana. Et de toute la poésie goliarde en général. Nul Bacche venies, In taberna ou autre Maledicantur ; mais des conduits et séquences à sujets religieux ou moraux sinon liturgiques, un planctus (sorte d’éloge funèbre ici dédié à Guillaume VIII d’Aquitaine, le père du duc troubadour)… Également au menu, des chansons et rondelli (rondeaux) évoquant certes les réjouissances de la nature, de la fête ou de l’amour ; mais plus généralement les tourments et interrogations de l’Homme-pécheur qui, en cet âge de foi, vit continuellement dans la crainte de Dieu.

Musicalement, le travail de reconstitution mélodique d’ est remarquable : monodies (a cappella ou accompagnées), syllabisme homophone ou bien mélismatiques ornements, harmonies des voix judicieusement étagées dans un contexte forcément modal. Tout relève du plus crédible et du plus abouti. S’ajoute à cela la qualité intrinsèque des voix : pureté de l’émission, richesse des timbres… Les diction, articulation, accentuation romanes sont absolument parfaites ; et les discrètes rugosités des vièles « Christian Rault » de Brice Duisit nous saisissent littéralement l’âme ! Mentions spéciales aux performances a cappella du baryton J.-P. Rigaud (le long et émouvant conduit de Le Chancelier, O labilis sortis, sur la condition humaine), de la soprano Aïno Lund-Lavoipierre (Gloria si mundi) ; enfin aux interventions, aussi efficaces que roboratives, d’Antoine Guerber. Du très beau travail d’artisan. Qu’à tous donc, maître et compagnons Diaboli ayant si bellement œuvré à la réputation de leur échoppe, soient exprimées laudes et reconnaissance.

1. Dont la présentation, les commentaires abondants, clairs et savamment explicites séduiront le curieux comme l’amateur averti.

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