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Œuvres pour piano d’Elliott Carter

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Elliott Carter : Two Diversions, Sonate pour piano, 90+, Night Fantaisies, Retrouvailles. Winston Choï, piano. Enregistrement (studio) fait en septembre 2002 au Carré Saint-Vincent, Orléans. DDD . 1 CD l’Empreinte Digitale ED 13164. TT : 60’44’’. Notice bilingue. Nouveauté 2003.

 

carter_choi-300x285« Il n’y a pas de mauvaise musique chez  ».

Cette phrase du critique musical américain Andrew Porter résume à elle seule l’ensemble de ce nouvel album. Homme de culture et de synthèse, Carter apparaît comme un météore dans la production musicale américaine du XXe siècle. Loin du « clinquant » d’Aron Copland, Samuel Barber ou Leonard Bernstein, du style néo-classique de Virgil Thomson et des essais futuristes de Conlon Nancarrow ou John Cage, a fait son miel des diverses cultures qu’il a côtoyées. Influencé tout autant par le jazz que par Charles Ives, Igor Stravinsky, Nadia Boulanger (dont il fut l’élève) – ou encore la seconde Ecole de Vienne -, il réussit de se dégager de ces esthétiques pour élaborer un style proprement personnel à partir de la fin des années 40. De cette maturité tardive est née une foison de chefs d’œuvre dont la production, de plus en plus abondante avec l’age, fait passer ce compositeur de 95 ans aujourd’hui pour un éternel jeune homme.

Le présent album regroupe de courtes pièces composées dans les années 90 couplées avec la Sonate pour piano, considérée par l’auteur (à l’instar de celle, quasi-contemporaine, d’Henri Dutilleux) comme son réel premier opus. Les Two Diversions (1999) sont un jeu de mise en opposition de deux discours musicaux contrastés (tempi superposés, phrasés différents et simultanés…). arrive parfaitement à maîtriser cette double pensée musicale pour n’en faire qu’une, honorant ainsi la traduction littérale du terme diversion (divertissement), et faisant de ces pièces un jeu de composition au lieu d’une étude d’interprétation.

La Sonate pour piano (1945-46, révisée en 1982) reste dans une écriture tonale (si majeur) et sous l’influence de la Concord Sonata de Charles Ives avec moult emploi d’effets pianistiques virtuoses (arpèges, gammes, jeu en octaves…) comme de technique « classique » (thèmes récurrents, fugue). Néanmoins, tout un monde sonore se dégage de cette œuvre de vastes dimensions – près de vingt-cinq minutes – alternant tour à tour phrases lyriques et contrepoint rythmiques. La présence de la dualité, une constante de l’esthétique de Carter, se trouve présentée dans la fugue centrale : technique rigoureuse s’il en est, agrémentée d’une liberté rythmique directement issue du jazz. L’œuvre se termine sur une reprise de la thématique initiale dans un tempo de plus en plus lent et des nuances de plus en plus douces. Winston Choï interprète cette pièce comme n’importe quelle autre œuvre brillante du XIXe siècle, c’est à dire avec panache, virtuosité ; et en ayant toujours conscience de la beauté sonore qu’il doit tirer de son instrument.

90+ (1994) est une pièce de circonstance destinée à fêter les quatre-vingt-dix ans du compositeur et ami Goffredo Petrassi. Formée d’une basse obstinée de quatre-vingt-dix notes, cette partition rejoint par ses oppositions de masse sonore les Two Diversions, dont une fois de plus l’interprète de cet album nous livre une vision franche et directe – avec une maîtrise constante des évènements.

Night Fantaisies (1980) est d’une toute autre ampleur. Forme d’hommage à Schumann, ce recueil est fait de nombreux aphorismes pianistiques sans cesse changeants et ininterrompus. Une gageure pour les interprètes que de donner de l’homogénéité à un opus si disparate au premier abord. Non seulement Winston Choï n’y échoue pas ; mais en plus réussit à faire ressortir les mille et uns contrastes de cette page d’une grande virtuosité.

Enfin, Retrouvailles (2000) n’est autre qu’un cadeau d’anniversaire, pour Pierre Boulez cette fois. Œuvre brillante, synthèse de deux autres morceaux composés également en hommage au chef-compositeur français, qui constitue une conclusion empreinte d’humilité au présent disque. Selon les dires de Carter lui-même : « j’espère avoir communiqué ici au moins une petite partie de l’immense admiration que je ressens pour ce musicien hors pair ». Communication réussie, surtout par l’intermédiaire du jeune Américain qu’est Choï, lauréat du concours « Piano XXe siècle » d’Orléans, grâce à qui il a pu réaliser ce premier album solo. Matière et manière plus originales et novatrices que les éternels grands classiques ressassés dans de ce type de récital « carte de visite ».

A voir aussi avant le 20/12/2003

[Orléans] Lauréat 2002 : Winston Choï

Concours International de Piano

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