Hilary Hahn – Facilité déconcertante

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Jean-Sébastien Bach : Concertos pour violon. Hilary Hahn, violon ; Margaret Batjer, violon ; Allan Vogel, hautbois. Los Angeles Chamber Orchestra, direction : Jeffrey Kahane. 1 CD Deutsche Grammophon (Universal) 474 199-2. Durée 57’39’’, DDD, 2003. Notice en anglais, allemand et français.

 

Hilary Hahn - Facilité déconcertanteVoilà des Concertos loin d’être inédits ! Deutsche Grammophon en détient déjà, du reste, mais sans celui pour violon hautbois et basse continue (Oïstrakh, Vienne). Les quatre mêmes se retrouvent chez Teldec : Concentus Musicus Wien, Nikolaus Harnoncourt… avec Alice Harnoncourt en soliste. Lara St. John a également enregistré les BWV 1041-1043 avec le New York Bach Ensemble pour le label Ancalagon ; et on les repère — encore — au catalogue Arte Nova, par le Salzburg Mozarteum Cis Collegium (Benjamin Schmid) ! La liste est longue, et loin d’être exhaustive. Pourtant, cet enregistrement offre une très nouvelle écoute de ces œuvres. Tout d’abord, il s’agit de nos instruments « actuels ». Les puristes pourront certes s’en offusquer, mais leurs sonorités sont plus familières aux oreilles de bon nombre de mélomanes. Souvenons-nous aussi qu’il est difficile de connaître la partition originale, tant elle a été remaniée et arrangée pour différents intervenants. Enfin, chaque artiste présent possède — fort heureusement — une grande sensibilité, et offre ainsi une vision très personnelle de l’œuvre, loin de toute production « de série ».

On relève tout d’abord une grande virtuosité, tant de la part de la soliste que de l’ensemble. , malgré sa jeunesse (elle n’a que vingt-quatre ans !) est déjà une « grande dame du violon », lauréate du Grammy Award. Elle possède un jeu d’une grande pureté, tout en finesse, qui laisse parler son cœur. De plus, elle se rit des difficultés de la partition avec une aisance… déconcertante, faisant croire à une apparente facilité. Enfin, elle sait communiquer sa passion. Ainsi dans le livret, nous présente-t-elle rapidement son goût pour le compositeur, puis relate-t-elle un souvenir heureux rattaché à chacune de ces quatre pages. Les Concertos BWV 1041-1043 semblent avoir été écrits entre 1717 et 1723 — alors que Jean-Sébastien Bach était chargé de la musique profane de la cour de Cöthen —, mais n’ont été créés que quelques années plus tard. De nombreuses transcriptions pour ces trois œuvres sont connues : notamment, pour le clavier. En revanche, les origines du Concerto pour hautbois et violon BWV 1060 sont plus floues ; toutes les hypothèses sont ouvertes, les musicologues formulant différentes idées quant à la pièce originale. est accompagnée par le Los Angeles Chamber Orchestra, placé sous la direction du pianiste Jefrey Kahane : un chef au brillant palmarès qui s’est produit en Amérique, en Europe et en Israël. La partie de second violon (BWV 1043) est tenue par Margaret Batjer ; elle n’est autre que le premier violon solo du Los Angeles Chamber Orchestra. Elle maintient ainsi une pratique courante en Amérique du Nord, où les solistes concertants sont très souvent des « virtuoses du rang ».

Même remarque pour Allan Vogel, hautboïste au cours du BWV 1060. Le disque débute par le Concerto en mi majeur BWV 1042. Dès les premières notes, on se convainc de la splendeur épurée de l’interprétation — tant orchestre que soliste, qui se montre à la hauteur de sa réputation. Changement de style ensuite, avec le double Concerto en ré mineur BWV 1043, au cours duquel les deux violons rivalisent de virtuosité. Son deuxième mouvement, un largo ma non tanto, est d’une grande beauté, le cours du temps semblant suspendu au jeu des artistes. Nouveau contraste on s’en doute, avec la connotation beaucoup plus dramatique du la mineur (BWV 1041). Celle-ci se fait entendre dès les premières notes de l’allegro moderato. L’andante qui lui fait suite invite plus à la rêverie et à la mélancolie, tandis que l’allegro assai qui conclut a des accents lyriques. Enfin, au cours du rare et entraînant Concerto pour hautbois et violon en ut mineur BWV 1060, les deux solistes établissent un véritable dialogue à deux niveaux, entre eux d’abord ; et avec l’orchestre dans les deux allegros extrêmes. Au cours de l’adagio central, à l’inverse, l’orchestre s’efface presque entièrement, n’accompagnant leur jeu que par quelques accords.

Il n’y a rien à redire quant à la qualité technique d’un CD par ailleurs très représentatif de l’art instrumental du « Cantor de Leipzig ». La prise de son, fort soignée, confère une grande netteté à l’écoute de sonorités particulièrement opulentes. La notice liminaire, aux nombreuses illustrations couleur comme noir et blanc, est complète — et il faut le souligner, très proprement rédigée. Un disque généreux, qui va bien au-delà d’une appréhension scolastique du « baroque ».

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