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Edvard Grieg par Jean-Luc Caron

À emporter, Biographies, Livre

Jean-Luc Caron : Edvard Grieg, « Le Chopin du nord » — La vie et l’œuvre. Éditions « L’Âge d’homme ». 371 pages. 2003.

 

Pour tous ceux qui se sont intéressés à la musique du nord de l’Europe, Jean Luc Caron n’est plus à présenter. Éminent spécialiste de ce répertoire, il nous livre aujourd’hui une biographie de celui que l’on surnommait le «Chopin du Nord». Après avoir rédigé les monographies de Sibelius et de Nielsen, l’auteur se devait, par son attirance musicale, d’écrire sur un compositeur — — qui marqua le XIXe siècle par son écriture novatrice et son parcours remarquable. Conçu comme un «story board», l’ouvrage présente dans un premier temps une chronologie de la vie du musicien en nous invitant à partager ses angoisses, ses frustrations et ses espoirs.

Si avec Mendelssohn, apparaît une position sociale pour le musicien, Grieg en est l’incarnation complète et véritable. Prenant la route des tournées pour vivre et présenter ses œuvres, il ne reste pas paralysé dans l’attente d’éventuelles commandes. Sa vie de pianiste et de chef d’orchestre lui procure la possibilité d’être en contact avec les plus grands musiciens de son temps — tels Busoni, Liszt, Piatti, Rubinstein, Tchaïkovsky… Nous découvrons qu’ ne tient pas en place : quand il est chez lui en Norvège, il se plaint de l’éloignement du monde musical, dès qu’il sort des frontières son plus vif désir est de rentrer. Sa vie est ponctuée de grands moments de création et de périodes extrêmement stériles, où il trouve alors vocation à faire exister la musique dans son pays. Sa notoriété hors des frontières permettra à sa ville, Oslo, de se doter d’un véritable orchestre de qualité et donnera l’occasion à ce grand entrepreneur de créer le 1er festival de musique nordique en 1888.

L’histoire de l’œuvre est riche en anecdotes qui nous permettent d’être au plus près des œuvres du Maître, agrémentées des différentes notes du biographe. L’inspiration principale du compositeur trouve ses sources dans la musique populaire et dans la littérature légendaire (Bartok suivra la même inspiration en Hongrie). Le synopsis de «Peer Gynt» nous aide à comprendre les difficultés que Grieg a pu rencontrer pour sa propre écriture. Cette adaptation musicale du conte d’Henrik Ibsen sera réadaptée, remaniée continuellement. Soucieux de parfaire la partition de cette musique de scène, cette entreprise ne sera jamais aboutie aux yeux du compositeur. Mais elle ne sera pas non plus à ce jour égalée avec une telle envergure…

Il est aussi surprenant d’apprendre que son fameux Concerto pour piano écrit à l’âge de vingt-cinq ans fut retravaillé tout au long de sa vie. En tant que pianiste et pédagogue, son souci de transcrire ses oeuvres à la portée de tous, le place au sommet du «hit parade» de l’époque. Toutes ses pièces sont remarquées, pour leur nouveauté et pour l’attirance qu’elles suscitent ; ses miniatures sont une manne pour tous les pianistes de ce siècle où le piano devient le roi des instruments. Son Concerto op. 16 sera joué dans toute l’Europe de son vivant, et reste encore aujourd’hui le concerto romantique pour piano. La gestion économique de ses œuvres est essentielle car, à cette époque, il n’existe évidemment pas de «royalties» pour les auteurs. Ses éditeurs sont — paradoxalement — ses meilleurs alliés, en sachant veiller sur un patrimoine très florissant. A peine éditées, les partitions d’Edvard Grieg se vendent comme «des petits pains».

Bien que Grieg soit issu musicalement de l’école allemande et habité d’une admiration sans borne pour Schumann, sa détermination d’exister et ses créations sont plus fortes, et sortent bien plus loin que de ses frontières géographiques. Nous n’oserions jamais, au grand jamais, donner à Edvard Grieg une dénomination «simplissime» de compositeur nationaliste. Le Norvégien nous apprend que l’Europe existe bien avant les accords commerciaux du XXe siècle !

Laissons la musique nous montrer son chemin fraternel et artistique. Paris, cette année, rendra hommage à la tradition «nordique» avec le festival «Présence 2004». Pour comprendre cette atmosphère boréale, il est important de s’imprégner de l’histoire musicale de ces régions ; à cet égard le livre de Jean Luc Caron est une parfaite introduction. Nous trouvons bien sûr dans cet ouvrage le catalogue complet des œuvres et un dictionnaire indispensable des personnages importants qui jalonnent la vie de Grieg. A ne pas négliger non plus, les notes en fin d’ouvrage qui recèlent des informations importantes n’ayant pas trouvé leur place dans la biographie.

Nous n’oublierons pas de citer la traduction signée Piotr Kaminski de la biographie de Grieg par John Horton, édité chez Fayard en 1989. Nous attendons également le futur livre de Jean Luc Caron «Une histoire de la musique nordique» qui paraîtra chez L’Âge d’homme.

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