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I. Henri Tomasi (1901-1971) : concerto « le périple d’Ulysse » pour violon et orchestre*, ballade pour harpe et orchestre**, concerto « de printemps » pour flûte et orchestre***, concerto « à la mémoire d’un poète assassiné » pour guitare et orchestre****. Devy Erlih, violon. Marielle Nordmann, harpe. Jean-Pierre Rampal, flûte. Alexandre Lagoya, guitare. Orchestre National, dir : Georges Tzipine*. Orchestre de chambre des solistes de Marseille, dir : Reynald Giovaninetti**. Orchestre de chambre de l’ORTF, dir : André Girard***. Orchestre symphonique de Radio-Zagreb, dir : Jean Périsson. 1 CD Lyrinx. LYR 227. Durée : 77’20’’. ADD, 2003. Notice en français et anglais.
II. Jacques Bondon (né en 1927) : concerto d’Octobre pour clarinette et cordes, concerto « des offrandes » pour clarinette et orchestre. Henri Tomasi (1901-1971) : concerto pour clarinette et cordes. Jean-Marc Fessard, clarinette. Orchestre philharmonique de Poznan, dir : José Maria Florêncio Junior. 1 CD Dux 0397. Durée : 65’40’’. DDD, 2003. Notice en polonais, français et anglais.
III. « French Saxophone » Henri Tomasi (1901-1971) : concerto. André Caplet (1878-1925) : Légende. Jean Absil (1893-1974) : Fantaisie-Caprice. Marius Constant (né en 1925) : Musique de Concert. Claude Debussy (1862-1918) : Rapsodie. Dominique Tassot, saxophone alto. Orchestre de la Radio de Munich, dir : Manfred Neuman. 1 CD Audite 975000. Durée : 63’19’’. DDD, 2003. Notice en allemand, anglais et français.

 

(1901-1971) fait partie de ces compositeurs français oubliés. Fêté de son vivant, chef d’orchestre reconnu et compositeur souvent sollicité, sa popularité n’a pu se poursuivre après sa mort. Seuls le concerto pour trompette et les Fanfares Liturgiques trouvent encore leurs places dans les enregistrements et les salles de concerts. Plus exceptionnellement le Requiem, le Concerto pour clarinette et certains opéras (Le Silence de la Mer, Don Juan de Mañara, L’Atlantide) sortent du purgatoire. Ces trois parutions viennent à point nommé combler un manque du marché actuel du disque.

La firme Lyrinx, sous l’impulsion de feu Gabriel Vialle, critique musical au quotidien local La Marseillaise et défenseur invétéré de son compatriote, a sorti des archives radiophoniques quatre œuvres concertantes (Tomasi a composé des concertos pour presque tous les instruments). Le Concerto pour violon, écrit pour , reprend des thématiques de son ultime opéra, Ulysse ou le beau périple, d’après la relecture du récit d’Homère faite par Jean Giono. Le soliste — lauréat du concours Long-Thibaud et ancien professeur au Conservatoire de Marseille — ne tarissait pas d’éloges sur cette œuvre placée « sous le signe à la fois de la tendresse et de la passion ». Termes choisis adéquatement pour une partition éminemment lyrique et théâtrale, brillante et extravertie sans tomber dans la virtuosité gratuite. L’accompagnement de , chef d’orchestre lui aussi bien oublié et défenseur de ce genre de répertoire, ne noie jamais l’instrument soliste malgré l’opulence de l’orchestration. Plus discrète est la Ballade pour harpe, pièce divertissante et agréable, remarquablement bien écrite, mais qui aurait pu bénéficier, malgré toutes les qualités de , d’un meilleur orchestre que ces « solistes de Marseille », ensemble éphémère issu de l’orchestre de l’opéra de cette même ville — qui vu naître Tomasi.

La référence à l’instrument celtique est évidente mais là nul folklorisme : tout est évoqué par de discrètes allusions mélodiques modales et un accompagnement diaphane. Le Concerto pour flûte, écrit pour est à l’instar de son homologue pour violon une pièce de grande virtuosité qui explore toutes les possibilités de l’instrument soliste. Œuvre légère et brillante, elle s’ouvre sur un récitatif libre qui s’enchaîne progressivement sur une grande page lyrique. Le mouvement lent comme à l’accoutumée chez ce compositeur est fait de courtes cellules mélodico-rythmiques répétées, créant une impression d’hypnose. Le final est une fois de plus débridé, voire orgiaque, tant le coloris orchestral est chatoyant. Là aussi ne fait jamais « hurler » son orchestre de l’ORTF. Dédié à Federico Garcia-Lorca le Concerto pour guitare fut prévu à l’origine pour le duo Ida Presti-, mais la mort prématurée de cette grande soliste bouleversa ce projet. Nous avons affaire ici au Tomasi humaniste et engagé, celui de l’Eloge de la Folie, de Retour à Tipasa ou du Requiem. Composé dans des circonstances douloureuses, dédié à une figure emblématique de la lutte républicaine espagnole, le concerto pour guitare est une œuvre majeure de son auteur. La partie soliste incarne le poète assassiné dont les élans de lyrisme sont arrêtés abruptement par les accords dissonants de l’orchestre. Seul le mouvement lent – un nocturne, comme à l’accoutumée chez Tomasi — voit se réconcilier les deux partis. Comment ne pas penser à cette écoute à la Romance de la Lune extrait de Noces de Sang défend becs et ongles une partition qu’il chérissait sous la direction ferme et précise de Jean Périsson (tiens, encore un grand chef français oublié) à la tête d’une orchestre de la Radio de Zagreb étonnant d’homogénéité.

Les parutions discographiques des concertos de Tomasi ne sont pas toutes des rééditions, comme en témoigne cette nouvelle gravure du Concerto pour clarinette. L’œuvre, composée pour le concours d’entrée du Conservatoire de Paris est depuis régulièrement donnée pour cette occasion. Les exécutions de concert ou en disque sont bien plus parsemées, le répertoire concertant pour clarinette n’étant pas pourtant très étendu. Cette œuvre a un découpage semblable à ses homologues : un premier mouvement alternant lyrisme et vitalité rythmique, un nocturne aux sonorités envoûtantes suivi d’une finale débridé et virtuose. et Junior optent pour des tempi plus lents que les versions — indisponibles — d’Edouard Brunner ou Jacques Delécluse. Les cordes de l’orchestre philharmonique de Poznan étonnent par leur justesse et leur homogénéité. Mais le couplage aurait pu être plus heureux… Les concertos de Jacques Bondon sont d’une vacuité totale, plus proche d’une mauvaise musique de film américain des années 50…

Dernière nouveauté des concertos de Tomasi, celui pour saxophone, enregistré en première mondiale. Là encore on est en droit de se poser la question d’un tel vide discographique sur une œuvre majeure du répertoire concertant de cet instrument lui aussi peu étendu. Ici aussi l’orchestration se fait riche et chatoyante, avec une remarquable cadence du premier mouvement accompagnée par les douces sonorités de la harpe et des cymbales. Une fois de plus le mouvement lent est un nocturne aux motifs mélodico-rythmiques répétés, créant une sensation d’envoûtement, et le final, égal à lui-même, est d’une virtuosité quasi-dionysiaque. Les compléments de ce CD sont d’autres œuvres concertantes du XXeme siècle trop rapidement considérées comme française car… , auteur d’une agréable Fantaisie-Caprice où se côtoient les ombres de Ravel et Fauré, est originaire de Bruxelles et fut longtemps directeur du conservatoire de sa ville natale. Ne boudons pas notre plaisir d’avoir un enregistrement de cette pièce qui, à l’instar de toute l’œuvre de ce compositeur, est peu servie au disque. La Légende de Caplet est comme la Rapsodie de Debussy une commande de la fantasque Elise Hall, richissime américaine férue de musique française qui, sur conseil de son médecin, se mit à pratiquer un instrument à vent pour soigner sa surdité. La pièce de Caplet est d’une finesse exquise, toute en demi-teintes, et d’une orchestration fine et recherchée. La Rapsodie de Debussy — qu’il ne put mener à terme — est une pièce plus élégiaque, privilégiant le lyrisme à la virtuosité. Œuvre de jeunesse, la Musique de concert de est un kaléidoscope d’idées musicales, allant du baroque au jazz en passant par Messiaen, qui fût son maître. L’œuvre, si elle déroute par sa disparité stylistique, est remarquablement bien écrite et d’une grande virtuosité. Le créateur et commanditaire n’était autre que Marcel Mule, considéré comme le fondateur de l’école française de saxophone dont sont issus , Daniel Deffayet et bien sûr Dominique Tassot, l’excellent soliste de ce disque remarquable, idéalement accompagné par un Orchestre de la Radio de Munich en grande forme.

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I. Henri Tomasi (1901-1971) : concerto « le périple d’Ulysse » pour violon et orchestre*, ballade pour harpe et orchestre**, concerto « de printemps » pour flûte et orchestre***, concerto « à la mémoire d’un poète assassiné » pour guitare et orchestre****. Devy Erlih, violon. Marielle Nordmann, harpe. Jean-Pierre Rampal, flûte. Alexandre Lagoya, guitare. Orchestre National, dir : Georges Tzipine*. Orchestre de chambre des solistes de Marseille, dir : Reynald Giovaninetti**. Orchestre de chambre de l’ORTF, dir : André Girard***. Orchestre symphonique de Radio-Zagreb, dir : Jean Périsson. 1 CD Lyrinx. LYR 227. Durée : 77’20’’. ADD, 2003. Notice en français et anglais.
II. Jacques Bondon (né en 1927) : concerto d’Octobre pour clarinette et cordes, concerto « des offrandes » pour clarinette et orchestre. Henri Tomasi (1901-1971) : concerto pour clarinette et cordes. Jean-Marc Fessard, clarinette. Orchestre philharmonique de Poznan, dir : José Maria Florêncio Junior. 1 CD Dux 0397. Durée : 65’40’’. DDD, 2003. Notice en polonais, français et anglais.
III. « French Saxophone » Henri Tomasi (1901-1971) : concerto. André Caplet (1878-1925) : Légende. Jean Absil (1893-1974) : Fantaisie-Caprice. Marius Constant (né en 1925) : Musique de Concert. Claude Debussy (1862-1918) : Rapsodie. Dominique Tassot, saxophone alto. Orchestre de la Radio de Munich, dir : Manfred Neuman. 1 CD Audite 975000. Durée : 63’19’’. DDD, 2003. Notice en allemand, anglais et français.

 
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