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Basilique et Légion d’honneur II

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Saint Denis. Basilique. 5/06/2004. Gustav Mahler (1860-1911) Symphonie n°9 en ré majeur, Orchestre Philharmonique de Rotterdam, direction : Valery Gergiev.

valery_gergiev-227x300Festival de Saint Denis

Evènement ce samedi 5 juin au Festival de SaintDenis : le grand chef russe , célèbre patron du Kirov de Saint-Pétersbourg, est venu avec l’, dont il est le directeur musical depuis 1995 pour une 9ème Symphonie de Mahler très attendue et qui n’aura pas déçu.

On se souvient de sa présence en 1996 et 1997 au Festival de Saint-Denis avec son Orchestre du Kirov dans des programmes Prokofiev (Alexandre Nevski avec Olga Borodina) et Tchaïkovski. Gérard Mortier qui prend prochainement les rênes de l’Opéra de Paris l’a nommé directeur musical aux côtés de six autres chefs permanents.

C’est en 1909, après la mort de sa fille que Mahler, souffrant et désespéré, achève sa 9ème Symphonie dédiée à Bruno Walter qui la crée le 26 juin 1912 à Vienne, un an après la mort du compositeur. Cette même année, Schœnberg explique toute la beauté de cette œuvre déchirée et déchirante, testament métaphysique du compositeur d’une étonnante complexité orchestrale avec ses quatre mouvements tous d’une tonalité différente. Le matériau musical mahlérien est extraordinaire par sa puissance orchestrale, les rythmes des sonorités, l’effervescence des couleurs. On entre pleinement dans l’atonalité. Il exploite magnifiquement les ressources de tous les instruments de l’orchestre.

L’, principale formation des Pays-Bas créée en 1918, a été une fois de plus fidèle à sa grande et belle tradition de clarté, de virtuosité discrète et de précision impulsée par Eduard Flipse de 1930 à 1962, puis par Edo de Waart en 1973, qui en fait l’une des plus grandes phalanges du monde. Les cordes étaient d’une finesse absolue, les vents et les cuivres étincelants et l’équilibre instrumental de toute beauté. Dans les parties solistes, le premier violon faisait chanter son instrument avec pudeur et émotion.

Tous les instruments de l’orchestre étaient parfaitement en place dans cette vaste masse sonore qui témoigne de l’importante évolution musicale du compositeur en ce début de XXème siècle. Gergiev s’adressait au cœur du public qu’il a touché par la tension dramatique qu’il a su imposer à l’orchestre dans le vaste premier mouvement où l’on passe brutalement et sans transition de la tendresse au chaos, à l’explosion, à la parodie jusqu’aux éclats trépidants du RondoBurleske et à la vivacité ironique du Scherzo.

Avec une brillance orchestrale, des sonorités et des couleurs qui éclatent de toutes leurs forces, dessine une symphonie intense, agitée, sombre, dans une vision dramatique bouleversante et frissonnante. On penserait presque à l’enregistrement légendaire de Bruno Walter.

La concentration de Gergiev était impressionnante d’intensité, de profondeur et de don de soi. La musique partait de ses mains et de son regard pour aller vers les musiciens et revenir à lui, envelopper le public et l’emporter dans un autre monde. Puis, il a posé sa baguette et la symphonie s’est achevée sur le poignant Adagio final au pianissimo suspendu emportant cette méditation sur la mort dans l’espace sacré de la somptueuse basilique royale pour s’achever sur un silence enveloppant qui laissait l’âme en paix avec elle-même. Bouleversant… avant que n’éclatent les applaudissements d’un public au bord de l’abîme.

Crédit photographique : (c) DR

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