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Ambronay. Concert d’ouverture du festival. 11-IX-2004. La Tarentella. Lucilla Galeazzi ; L’Arpeggiata, direction Christina Pluhar.

lucilla_galeazzi-300x44925ème Festival d’Ambronay

On aura lu avec intérêt la chronique d’une Isabelle Perrin transportée à l’écoute du disque (Lire l’article) ; on se sera à son tour laissé porté sur les ondes de ce disque splendide ; malgré la peur des araignées (relire les notes de pochettes du disque, et l’article mentionné plus haut), on se sera à son tour transporté à Ambronay pour l’ouverture de ce festival désormais majeur. Et c’est bien de « transports », de voyage, qu’il s’agit ce soir de septembre avec comme guides de grande culture , et augmenté pour la circonstance d’une danseuse ; des guides spécialistes de cette Italie du Sud traditionnelle entre XIIIème, XVIIIème,… et XXIème !

Jamais ils ne nous lâcheront la main. Pas pour nous protéger des tarentulles — c’est impossible, tant pis et tant mieux pour nous. Mais parce qu’’ils ont puisé dans un répertoire populaire, s’en sont imprégné, et nous le resservent sur de très nobles instruments Renaissance ou Baroque, ceci au prix d’arrangements travaillés en beauté. C’est là l’originalité de ce spectacle, si on le compare avec le répertoire napolitain plus simplement populaire d’une Giovanna Marini par exemple. Ou d’une quand elle chante aux « Temps Chauds » voisin sa « musique populaire contemporaine » !

Le bonheur, le plaisir, sont autant sur scène que dans la salle. La différence est que des tarentules ont déjà sévi dans les coulisses : comment croire que la remarquable percussioniste, au comportement « extra-musical » parfois déliciseusement étrange, et plus encore l’inépuisable danseuse, n’aient le secours du venin dans les veines : on saisit avec force que le concept « nécessité musicale » est à la fois le symptôme et le remède de cette affection inquiétante provoquée par une araignée d’autant plus inquiétante qu’elle est modeste. Pas modeste, et ne devant pas l’être, la voix de Lucilla Galeazzi est bien aussi impressionnante…. et beaucoup plus séduisante, tour à tour férocement charmeuse et envoûtante. A peine une lucidité résiste dans l’oreille du spectateur sur des petits accrocs de voix, que la conviction scénique l’emporte, avec un cri de mort glaçant, et long, long… On est tellement heureux ensuite de retrouver la fascinante Lucilla dans de véritables acrobaties de phrasé : et on sait — et elle sait — qu’un triomphe l’attend bientôt… Au chapitre des regrets, après le constat d’un archet que la violoniste peine à convaincre de faire ami-ami avec son violon, on incriminera un orage insistant au point de nous obliger à un repli dans la « salle polyvalente », d’acoustique finalement correcte, qui fera oublier la petite place près du logis abbatial, où au contraire des éclairs et du tonnerre, nous étions conviés. Gratuitement d’ailleurs, et dans le cadre d’un partenariat nouveau avec le remarquable festival des Temps Chauds (orienté « Musiques du Monde », chaque fin juillet). Il faut un instant retourner aux traductions accompagnant le disque, pour mesurer la dimension subversive de certains textes du programme, loin des codes imposés par le pouvoir du moment (pourtant, l’Abbaye d’Ambronay aurait dû dominer la scène,… peut-être bien que cet orage était téléguidé depuis des cieux courroucés…). Pour la fine bouche : « Si ta mère se fache pour ton jeu (…) dis-lui ce que tu veux, toute femme fait ce qu’elle veut / le soleil brille lorqu’il fait beau, tes seins resplendissent, femme galante, ta poitrine abrite deux poignards en argent. / Celui qui les touche, ma belle, devient un saint. / Et je les touche, moi, qui suis l’amant. / Nous irons sans doute au Paradis. / Dis-lui ce que tu veux, toute femme fait ce qu’elle veut. »

Le lendemain, nouvelle excursion dans des temps anciens, Moyen-Âge, Renaissance, Baroque, on ne sait plus très bien en observant tous ces costumes « d’époque(s) » et quelques anachronismes bon-enfant, lors de la fête organisée dans les rues chaque dimanche d’ouverture du festival. Belles dames et beaux messieurs déambulent dans leurs plus beaux atours, cavaliers, jongleurs, acrobates, bateleurs, (ra)conteurs,… et musiciens animent les places, invitent petits et grands à apprendre des tours, ou des pas de danses anciennes. Ensuite le plein du festival, concerts mais aussi conférences, autour cette année de Charpentier et ses collègues d’Italie, « un français à Rome », surtout sans oublier comme chaque année l’énorme et continu travail de re-création des opéras de Vivaldi. Une autre histoire commence…

Crédit photographique : (c) DR

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Ambronay. Concert d’ouverture du festival. 11-IX-2004. La Tarentella. Lucilla Galeazzi ; L’Arpeggiata, direction Christina Pluhar.

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