11ème Biennale de la Danse sous le signe de l’Europe

Danse , Festivals, La Scène, Spectacles Danse

Lyon. Studio 24 (Villeurbanne). 23.IX.2004. Théâtre National de la Grèce du Nord : Swan Lake City (2002), chorégraphie de Konstantinos Rigos, musique enregistrée de Tchaïkovski, et musique scénique country. Opéra de Lyon. 24.IX.2004 Balletmainz : Kunst der Fugue (2002), chorégraphie de Martin Schlaeper, scénographie Thomas Ziegler, costumes Catherine Voeffray, musique enregistrée de Jean-Sebastien Bach.

Depuis 1984, la Biennale de la Danse à Lyon est, une année sur deux, l’événement chorégraphique international de la rentrée. Avec un thème organisateur, elle réunit pendant trois semaines des compagnies mondialement célèbres ou jusqu’alors inconnues en France sous la direction artistique de Guy Darmet, patron de la Maison de la Danse à Lyon. Cette année, placée sous le signe de l’Europe, la programmation n’avait pas la tâche particulièrement facile. Beaucoup de compagnies européennes, les meilleures certainement, sont déjà connues d’un large public car présentes dans la programmation des théâtres de danse et des festivals. Guy Darmet a cependant tenu le pari, au prix d’une inégalité dans la qualité des spectacles, en présentant des troupes se produisant pour la première fois en France comme le Balletmainz de Mayence (Allemagne) dirigé par Martin Schläpfer et le Théâtre National de la Grèce du Nord, dirigé par .

La Biennale a démarré fort cette année avec une grande manifestation de hip-hop durant trois heures : « Def’hip-hop », rendez-vous européen des pratiquants de cette danse de rue, qui, au Palais des Sports de Gerland, a remporté un colossal succès populaire. Puis, une création de Christian Rizzo, scénographe et chorégraphe venu du rock, a fait couler beaucoup d’encre et reçu un accueil mitigé du public. « Ni fleurs, ni Ford Mustang », pièce jugée trop longue, trop lente et dépouillée, ouvrait la saison du Ballet de l’Opéra de Lyon entre une création du très talentueux britannique Russell Maliphant et une reprise de William Forsythe.

Bien que se recommandant de la danse théâtre, le spectacle « Swan Lake City » de , se place forcement sur le terrain de la comparaison, étant une énième interprétation contemporaine dérivant du classique « Lac des Cygnes » de Petipa et Tchaïkovski. Les dernières saisons ont vu les transpositions de John Neumeier, la plus ancienne et aussi la plus réussie à Hamburg, que le Châtelet a fait venir et a filmé pour le DVD (EMI), de Mats Ek, très psychanalytique, de Jan Fabre à Anvers, toutes deux montrées au Théâtre de La Ville. Ce dernier avatar en date du « Lac » était présenté au Studio 24, moderne studio de cinéma de la banlieue industrielle de Villeurbanne servant aussi de cadre à certaines production du Théâtre national de Lyon. L’énorme défaut de cette version de Rigos, avec sa nouvelle compagnie, en fait récupération de son ancienne Oktanan dance Théâtre avec laquelle il avait triomphé à la Biennale 1998 dans « 5 Seasons », est de durer une heure et quarante-cinq minutes. Le peu d’idée chorégraphique est épuisé au bout d’une demi-heure et le reste n’est que redite ou exploitation de la bien mince idée théâtrale : la présentation de l’action comme un show à l’américaine avec parades et concours de natation…dans le lac. L’action se passe à Upstate New York, dans un camping, au bord d’un lac où vivent autour d’une caravane treize créatures, dont certaines sont mi-cygnes, mi-humaines, dans une étrange harmonie. Zigfrid et Odette essayent, au milieu de cette ambiance très trash, de faire croire à leur histoire d’amour mais, on perd vite pied dans les eaux bourbeuses et plumeuses de ce lac. On retiendra plus de l’accompagnement musical, les balades country jouées sur scène par deux guitares électriques, le très beau solo sur « My funny Valentine » par Chet Baker que la musique enregistrée des highlights de la partition de Tchaïkovski avec une puissance et une distorsion faisant souffrir les tympans. Le pire étant la version gore de l’ouverture, jouée à la fin quand tous les cygnes déplumés gisent sur le sol. Il serait injuste de ne pas mentionner le succès public remporté par ce « Lake », les versions destroy des grands classiques étant aujourd’hui très en faveur auprès du public de danse contemporaine.

Parmi les compagnies de danse de l’Allemagne Unifiée qui est, il faut bien le dire, le creuset le plus intéressant en Europe aujourd’hui, le public européen connaît surtout les « grandes » que sont celles de Pina Bausch à Wuppertal, de Uwe Scholz à Leipzig, de John Neumeier à Hamburg, de Sasha Waltz à Berlin ou celle de John Forsythe à Frankfurt, récemment delocalisée à Dresden. Pourtant, il existe autant de petites compagnies que de villes de moyenne importance en Allemagne, en tout quatre-vingt-six, plus ou moins menacées par les restrictions budgétaires qui paraissent inévitables dans ce pays culturellement suréquipé. À coté de la célèbre Schaubühne am Lehniner Platz de Berlin, il était intéressant de présenter une compagnie plus provinciale, celle de la ville de Gutenberg : Mainz (Mayence), ou Balletmainz, dont c’était les débuts français. Dirigée par le Suisse Martin Schläpfer, ancien danseur chez Heinz Spoerli à Bâle devenu chorégraphe à Berne avant de prendre la direction artistique à Mayence, elle regroupe vingt danseurs de tous horizons (peu de noms allemands sur la liste) et danse un répertoire néoclassique et contemporain. Schläpfer a choisi de présenter, sur la scène de l’Opéra de Lyon, sa chorégraphie préférée : « Kunst der Fugue » en deux parties, réglée sur « L’Art de la Fugue », œuvre tardive de Jean-Sebastien Bach, sommet contrapuntique inégalé et inachevé, dansée sur un enregistrement mêlant différentes versions instrumentales de l’œuvre. Schläpfer a pris le parti de ne pas tenir systématiquement compte de la musique, choix chorégraphique certes, mais pouvant paraître déroutant s’agissant d’un choix musical si peu innocent. Dans le décor d’un cyclorama de trois couleurs en bandes horizontales, certaines fugues offrent comme base leur rigoureuse structure rythmique, d’autres, plus légères, un support plus humoristique et la plupart aucune prise sur la chorégraphie. Les danseurs, tous magnifiques et dans une disparité physique assez surprenante, loin des canons du ballet classique, sont, malheureusement, affublés de costumes très peu seyants mais donnent le meilleur d’eux-mêmes, surtout dans la seconde partie où les fugues sont jouées au piano, accordant un peu plus de chaleur à la danse, mais, hélas! pas vraiment d’unité à l’ensemble de la chorégraphie.

Le succès public de la Biennale est surprenant avec une grande ferveur du public et des salles pleines, sans compter une énorme animation dans la ville avec des événements culturels satellites (expositions, défilés, bals, cours, séminaires) et un enthousiasme palpable de toute la population lyonnaise.

Biennale de la Danse à Lyon, jusqu’au 3 octobre : 04.78.39.66.66 et www.biennale-de-lyon.org

Arte présentera le samedi 27 novembre à 22h30 depuis la Maison de la Danse à Lyon sa deuxième « Danse Celebration » avec une carte blanche à Angelin Preljocaj. Trois chorégraphes en seront les invités : Frédéric Flamand, Wayne McGregor et Christoph Winkler.

La saison 2004/05 à la Maison de la Danse à Lyon

Pour le vingt-cinquième anniversaire de la Maison de la Danse, son directeur Guy Darmet a réalisé une saison qui prendra le relais de la Biennale dès octobre avec la venue des Étoiles et Solistes du New York City Ballet et la Compagnie La Baraka de Tunis. Autres points forts de cette saison : la Compagnie Heddy Maalem avec un nouveau « Sacre », la Compania flamenca Andrés Marín, le Alonzo King’s Lines Ballet, les Ballets C. de la B. avec une création de Sidi Larbi Cherkaoui (Tempus Fugit), la Merce Cunningham Dance Company, la Compagnie Montalvo-Hervieu (création 2005) et le Ballet Béjart Lausanne.

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