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Isabel Bayrakdarian ?  Le charme au féminin …

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Isabel Bayrakdarian (soprano) Pauline Viardot-Garcia. Lieder Chansons Canzoni Mazurkas. Serouj Kradjian (piano). Enregistré du 9 au 13 août 2004 à la salle Oscar Peterson de Montréal. Analekta. AN 2 9903 (2004).

 

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Un disque entièrement consacré aux mélodies de -Garcia est chose plutôt rare. La soprano canadienne d’origine arménienne , nous fait découvrir ou redécouvrir les mélodies trop peu visitées d’une femme hors du commun. -Garcia, née à Paris en 1821 et morte dans cette ville en 1910, est issue d’un milieu musical. Son père Manuel Garcia fut un ténor fameux, créateur d’Almaviva du Barbier de Séville de Rossini. Sa sœur aînée Maria Malibran, morte en pleine gloire à 28 ans, fut une cantatrice auréolée de légendes. Cela n’empêcha pas la cadette de s’illustrer parmi les grandes mezzo-sopranos de son temps. Meyerbeer récrivit à sa mesure le rôle de Fidès du Prophète tandis que Berlioz révisa pour elle l’Orphée de Gluck. Sa carrière lyrique s’étendit sur 25 ans. Admirée de Frédéric Chopin, pianiste virtuose et élève de Franz Liszt, partenaire de Clara Schumann et de Camille Saint-Saëns, elle devint l’égérie et l’amante de Tourguéniev. Ce fut une artiste jusqu’au bout des ongles qui marqua son époque. Elle écrivait, peignait et tenait un salon fort fréquenté par tout le gratin artistique. George Sand la prit comme modèle dans son roman « Consuelo ». Enfin, elle conseilla Gounod en pleine crise mystique et imposa la Marie-Magdeleine de Massenet. Cela aurait suffi à en faire une femme d’exception. Il restait à connaître mieux ses dons pour la composition. Hormis les mélodies, elle laissa quelques œuvres lyriques : « Trop de femmes », « Le Dernier Sorcier » et « Cendrillon » ce dernier ouvrage a été gravé il y a quelques années. Ce disque rend justice à l’immense talent de Pauline Viardot-Garcia.

Nous parcourons en compagnie d’, le côté resté dans l’ombre de la cantatrice. Aucune pièce parmi les 23 présentées sur ce disque ne laisse indifférent l’auditeur. Sur des poèmes de Théophile Gautier ou d’Alfred de Musset, mais aussi par quelques détours imprévus du côté de Pierre Ronsard, elle charme le mélomane. Chansons populaires prenant le plus souvent sa source dans la romance, au sens le plus aristocratique du terme, la voix de la soprano nous captive alliée à la présence pianistique de Serouj Kradjian.

C’est l’Espagne, revue par Musset : Madrid et aussi Les Belles de Cadix, cette dernière mélodie, différente de celle de Delibes et qui demeure sans doute plus familière à nos oreilles. Les Mazurkes arrangements pour voix et piano de mazurkas de Chopin, transposées, mais reconnaissables donnent un accent nouveau, extrêmement attrayant dans son prolongement vocal. Que dire de ces mélodies ? Que c’est avant tout l’univers de la romance avec beaucoup de charme, sans plus. Quelques-unes sur un air de danse se terminent par une vocalise dans l’aigu, véritable feu d’artifice qui convient aux moyens de la soprano. Par contre, ces mélodies se ressentent du cosmopolitisme ambiant. C’est un tour d’horizon tout en surface. C’est un jeu de carrousel projetant les diapositives de jolies cartes postales de différents sites touristiques obligés. C’est la chanson qui brille, peu importe qu’elle prenne nom de lieder, mélodies, canzoni ou mazurkas.

Que dire de cette interprète sinon qu’elle a tout pour plaire, une voix fruitée, claire dans les aigus, partout à son aise dans un répertoire conçu pour elle. Une bonne prononciation complète le tableau, toujours à l’écoute des inflexions et des subtilités qu’exigent les langues abordées. Le ton léger, jamais appuyé est la règle d’or. C’est une bouffée d’air frais, une brise constante qui souffle, sans soubresaut, qu’auraient sans doute exigé certaines pièces. Dans l’ensemble, une manière élégante d’interpréter ces miniatures charmantes. Isabel Bayrakdarian chante juste, épouse les inflexions des langues interprétées, répond adéquatement aux exigences texte et musique de ces bibelots. C’est le charme au féminin.

On retient de l’artiste son interprétation sensible de Teresa de Benvenuto Cellini au Metropolitan Opera en 2003. Aussi à l’aise dans l’opéra qu’au concert, elle nous donne le goût de connaître une figure mythique, une femme unique qui a tant fait pour les artistes de son temps.

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