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Arsilda, Regina di Ponto d’Antonio Vivaldi

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Antonio Vivaldi (1678-1741). Arsilda, Regina di Ponto, dramma per musica en III actes (version originelle non censurée), livret de Benedetto Domenico Lalli ; création de la version censurée à Venise, théâtre San Angelo, le 27 octobre 1716. Simonetta Cavalli (Arsilda), Lucia Sciannimanico (Lisea), Elena Cecchi Fedi (Mirinda), Nicky Kennedy (Barzane), Joseph Cornwell (Tamese), Sergio Foresti (Cisardo), Alessandra Rossi (Nicandro), Coro da camera italiano, Modo Antiquo, direction : Federico Maria Sardelli. Enregistré à Barga, Italie, église del Santissimo Crocifisso, du 15 au 24 juillet 2001. Coproducton : Westdeutscher Rundfunk Köln/CPO/Opera Barga Festival. Durée totale : 2h46’12. 3 cds CPO. Réf. : 999 740-2. (distr. : Codaex)

 

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Sur la dernière décennie, le disque se passionne pour Vivaldi. Naïve construit peu à peu sa discographie : récemment, la fureur passionnelle d’un Orlando Furioso anthologique nous avait convaincu (lire notre critique ici).

C’est du côté d’un autre label cette fois que se présente un nouveau jalon. Cette « Arsilda, Reine du Pont » apporte sa contribution pour la réhabilitation actuelle d’un « Don Vivaldi », magicien des planches. Avant l’éclosion de cet Orlando de braise (Venise, 1727), nous voici, onze années auparavant, le 27 octobre 1716 : également à Venise et déjà sur la même scène du Teatro San Angelo. Vivaldi a 38 ans et signe avec Arsilda, son troisième opus théâtral (après l’épure poétique Ottone in Villa de 1713, et l’Orlando Finto Pazzo de 1714 – également gravure Naïve : lire la critique de notre consœur Isabelle Perrin). C’est par cet ouvrage capital que le compositeur des concertos gagne sur la scène Vénitienne ses galons de dramaturge.

Ne retenons qu’un épisode dans cette partition foisonnante, par sa créativité instrumentale et ses fulgurances vocales : l’Acte II, dans sa totalité, s’impose avec évidence. Deux airs, selon nous, sont emblématiques de l’hypersensibilité à l’œuvre dans Arsilda. Précisément les deux premiers : « un certo non so che » de Mirinda et « Ben conosco a poco » de Barzane (CD2, plages 2 et 4). Ils sont déjà mozartiens, préfigurant Cherubino des Noces : voici deux airs amoureux écrits par un jeune génie de la scène qui transmet les premiers émois languissants, les atermoiements inquiets, la panique de jeunes cœurs épris, démunis, solitaires. Certes, on objectera que les chanteuses, – respectivement : puis –, ne sont pas de « grandes voix ». Elles sont davantage en étant exactement leurs personnages : pures individualités, émotivités intactes, en proie aux vertiges inconnus d’un amour naissant. Leur fraîcheur et leur enthousiasme évidents colorent chaque pièce vocale. Et c’est d’ailleurs ce sentiment qui alliant spontanéité et plaisir, accrédite le présent enregistrement. atteint un même état de grâce dans son air suivant « Quel’Usignuolo » : la voix s’accorde aux accents d’un orchestre suggestif digne des « Quatre saisons » (CD2, plage 19). , de son côté, s’était déjà imposée dans son air concluant l’Acte I : « Io son Gelsomino ». Les analogies florales du texte y donnent matière à l’orchestre et au chant (vocalises particulièrement éprouvantes pleinement assumées), à une cadence hypnotique (CD1, place 34). Les recitativos seccos sont irréprochables : le texte est articulé avec tact et style. Complétant le duo des sopranos précitées, les autres chanteurs savent prendre des risques quitte à se mettre en difficulté. Spirituelle et suggestive, Lucia Sciannimanico dans l’air « fingi d’avere un cor » (CD1, plage 13) nuance les affres mordants de son amertume douloureuse. De même, dans « la tiranna avversa sorte » (CD1, plage 19), le ténor , aux limites de la justesse, impose cependant une ligne superbement gérée, conduite avec intelligence : il saisit la corde d’un dramatisme infaillible qui préserve les ressorts de l’expression. Palpitations et langueurs dévoilent un Vivaldi débutant sur les planches, et déjà magicien des colorations ténues, alchimiste des tons, artisan original pour un drame pictural et pulsionnel. Arsilda, dans le sillon qui mènera à Orlando Furioso, désigne l’égal de Haendel.

Aux côtés des chanteurs, l’orchestre de affirme le même tempérament. « Modo Antiquo » dévoile des dispositions exceptionnelles dans la peinture des paysages et climats vivaldiens, d’autant plus que l’instrumentarium ne manque pas de caractère (flûtes, hautbois et même cors pour la chasse du II par exemple) : sonorité ronde, vitalité rythmique, fluidité aérienne des lignes mélodiques, précisions et nuances des accents.

En dévoilant une partition inconnue mais essentielle, ce coffret CPO complète très opportunément la discographie des opéras vivaldiens.

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Antonio Vivaldi (1678-1741). Arsilda, Regina di Ponto, dramma per musica en III actes (version originelle non censurée), livret de Benedetto Domenico Lalli ; création de la version censurée à Venise, théâtre San Angelo, le 27 octobre 1716. Simonetta Cavalli (Arsilda), Lucia Sciannimanico (Lisea), Elena Cecchi Fedi (Mirinda), Nicky Kennedy (Barzane), Joseph Cornwell (Tamese), Sergio Foresti (Cisardo), Alessandra Rossi (Nicandro), Coro da camera italiano, Modo Antiquo, direction : Federico Maria Sardelli. Enregistré à Barga, Italie, église del Santissimo Crocifisso, du 15 au 24 juillet 2001. Coproducton : Westdeutscher Rundfunk Köln/CPO/Opera Barga Festival. Durée totale : 2h46’12. 3 cds CPO. Réf. : 999 740-2. (distr. : Codaex)

 
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