Romain Hervé dans la cour des grands

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Franz Liszt (1811-1886) : Variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen » ; Saint-François d’Assise : la prédication aux oiseaux ; Saint-François de Paul marchant sur les flots ; Venezia e Napoli (Gondoliera, Canzone, Tarentella) ; Harmonies du soir ; Rapsodie hongroise n°6. Romain Hervé, piano. 1 CD Calliope 9349. Enregistré en novembre 2004. DDD. Notice bilingue. Durée : 72’51’’

 

Quand aujourd’hui les pianistes se comptent par milliers, comment parvenir à faire prévaloir une singularitéet ce notamment en début de carrière? Il semble alors judicieux de se présenter comme le défenseur marginal d’un répertoire ignoré, et d’apparaître au-delà d’un instrumentiste comme un musicien armé de soucis musicologiques. On se souviendra à ce titre des débuts de dans Fauré, de Thibaudet dans Satie… Les géants de ce siècle ont été eux aussi les pionniers d’un répertoire redécouvert : Heifetz a contribué à promouvoir les musiques de son temps (Walton, Gruenberg, Korngold…), Menuhin s’est fait le porte parole de Bartok, Horowitz a remis au goût du jour – et ô combien magnifiquement – les sonates de Scarlatti, …

Ce n’est malheureusement pas le cas de , dont le programme de ses débuts discographiques n’est rien moins qu’un récital Liszt. Sans doute l’enthousiasme de l’interprète à l’aurore de sa carrière ou encore l’apanage du défi l’auront poussé à s’attaquer aux standards d’un Liszt universellement populaire tels que la Rapsodie n°6 ou Harmonies du soir. C’est là se lancer dans une entreprise dont l’inanité était plus que prévisible, et ce en dépit des qualités évidentes de notre interprète. Mais comment se faire entendre, comment parvenir à se faufiler entre des géants tels que Cziffra ou Bolet, dont les noms sont associés à celui de Liszt pour l’éternité? Certes le programme a l’avantage de présenter un panorama exhaustif du monde pianistique lisztien, certes il est magnifiquement joué, mais combien peut paraître fade l’interprétation des variations sur « Weinen, Klagen, Sorgen, Zagen… » à côté d’un Horowitz, combien semblent ternes les deux légendes de Liszt quand elles ne sont pas exécutées par Cziffra, combien « pompier » devient la sixième rapsodie quand elle précède une écoute des versions du même Cziffra, d’une Argerich, où d’un Janis…

Le choix du piano est quant à lui original, mais ne parvient pas à convaincre totalement, les fortissimo étant quelque peu agressifs… Par des qualités irréfutables, le présent enregistrement, même si il ne peux prétendre figurer aux côtés des références citées ci-dessus, ne saurait faire honte à son interprète par sa fiabilité technique et son intensité expressive. Les variations suivent un parcours psychologique sans égarement, les légendes sont délicieusement impressionnistes, le triptyque issu des années de pèlerinage virtuose et coloré à souhait, les harmonies du soir sont titanesques, la sixième rapsodie exubérante et clinquante. On notera un livret particulièrement intéressant, ne serait-ce parce qu’il s’appuie en grande partie sur les propos du pianiste, dont la finesse d’esprit et la capacité de réflexion sont enthousiasmantes.

S’il ne fait pas fausse route, s’est engagé prématurément dans des sentiers trop rebattus, et on ne peut qu’espérer voir ses multiples dons mis au service d’un répertoire plus inhabituel…

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