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Sir Simon Rattle: de Wagner à Schönberg, suivez le guide!

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Série « Leaving home : orchestral Music in the 20th century ». Volume 1/7 : Danse sur un volcan (titre originel : Dance on a volcano). Documentaire 1996. Réalisation : Peter West. Bonus : biographies des compositeurs abordés (Wagner, Mahler, Richard Strauss, Schönberg, Webern et Berg) et l’intégrale de deux œuvres orchestrales : La Nuit Transfigurée d’Arnold Schoenberg et le Concerto pour violon d’Alban Berg. City of Birmingham Symphony Orchestra, direction : Sir Simon Rattle. 1 DVD Arthaus Musik réf. 102 033. Distribution : Intégral. Durée : 50 mn. Format : 4 : 3. Son : PCM stéréo. Surtitrage : Anglais, Français, Allemand. Livret : français

 

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En 1996, sur les pas de Leonard Bernstein, Sir expliquait à sa façon la musique dans une série diffusée à la télévision et depuis, récompensée par de nombreux prix. Voici chez Arthaus, la version DVD. Dans ce premier chapitre, le chef britannique restitue la genèse de la musique de l’avenir. Une période exceptionnellement riche et contradictoire aussi. Période décisive qui voit poindre la musique moderne. Vienne, à l’aube du XXe, enfante l’une des trajectoires les plus révolutionnaires de l’écriture musicale. De Wagner à Berg, le chef pédagogue dévoile les filiations de ce renouvellement radical de la pensée artistique. Autant d’avancées qui permettent peu à peu à l’atonalisme de structurer son nouveau langage, le langage de l’avenir. Celui de la seconde école Viennoise dont nous demeurons les auditeurs subjugués. Les formules sont précises ; l’esprit de la démonstration, pénétrant ; les illustrations sonores limpides (le chef est au piano ou à la tête de son orchestre de la City of Birmingham). Ce qui est éloquent et remarquable ici c’est la qualité avec laquelle il établit les correspondances entre les arts qui tous, sans exception, – peinture, littérature, science, architecture – recueillent la nécessité de rompre avec l’ordre convenu. Parallèles d’autant plus justifiés si l’on se souvient que Schönberg se définissait tout autant comme compositeur que comme peintre! En étant la capitale la plus conservatrice d’Europe, Vienne Impose une gangue sans guère d’alternative ; la ville est le cadre désigné des réformes, le foyer où devaient émerger, forcément, des poussées révolutionnaires. Trop d’ordre tue l’ordre. Un dangereux équilibre qui a engendré l’irruption d’un volcan sur les bords duquel l’art et les compositeurs ont recueilli et exprimer chaque vibration.

Sir analyse, évoque, suggère avec tact et intelligence. La musique et le travail des compositeurs, Wagner, Richard Strauss, Mahler, Schönberg, Webern et Berg édifient l’architecture de notre modernité. De l’incertitude liquide du Tristan wagnérien qui dérive sans tonalités fixes – acte fondateur en ce sens, de l’accord de Tristan-, vers le dodécaphonisme de Schönberg qui épris par cette volonté de liberté, devait structurer la langue atonale nouvelle, pour ne pas sombrer lui-même dans la folie. Ce qui sur le plan créatif aurait été une négation de l’écriture compositionnelle. Innover et structurer. Raser pour reconstruire.

Le propos est clair, cristallin : il dévoile une compréhension précise et originale, une profonde affinité avec le sujet et les œuvres abordées. L’approche use avec beaucoup de finesse des thématiques comme fils conducteurs : la nuit, matrice des métamorphoses et de la transfiguration (pour la Nuit Transfigurée d’Arnold Schönberg dont les suppléments du dvd offrent aussi une version intégrale aux côtés du concerto pour violon d’) ; puis la forêt et l’ombre, d’abord sécurisantes à la fin du XIXe siècle, sont devenues inquiétantes : propices à la divulgation des forces inconscientes – Freud bien sûr n’est pas négligé. Fascinante à ce propos, l’analyse d’Elektra de Richard Strauss dont « le pragmatisme plus réactif que réflexif », tout en permettant à l’auteur d’aborder lui aussi les chemins de la tonalité flottante, se saisit d’une figure obsessionnelle alors, celle de la femme démente, qui serait l’expression manifeste des forces de l’inconscient.

En restituant chacun des compositeurs dans le contexte historique (chute de l’Empire, Première puis Seconde Guerre Mondiale), en précisant les liens et les affinités créatives entre les auteurs, Rattle procède par suggestions. Il sait nous transmettre sans lourdeurs ni répétition sa passion de la musique. L’auditeur sera choyé car ce premier volet appartient à une série de sept volumes, tous dédiés à la musique du XXe siècle dont le dernier opus est annoncé par Intégral au début 2006. Gageons que les prochains épisodes seront à la mesure de ce premier joyau : plaisir, érudition, pertinence. Réservez déjà vos exemplaires pour vos cadeaux de fin d’année : le feuilleton serti par Sir Simon Rattle promet d’être dans le genre difficile de la pédagogie musicale, une référence désormais incontournable.

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