Igor Stravinsky, The Final Chorale Les images pour le dire

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«Igor Stravinsky, The Final Chorale». Igor Stravinsky (1882-1971) : Symphonies pour instruments à vents ; Arnold Schœnberg (1875-1951) : Cinq pièces pour orchestre op. 16. The Nederlands Wind Ensemble, direction : Reinbert de Leew. The Nederlands Radio Philharmonic, direction : Michael Gielen. 1 DVD Ideale Audience International 2005, collection JuxtaPositions. Production Allegri Films (Pays-Bas) avec le soutien du CNC. Durée : 104’. Toutes zones. NSTC 4/3. Son en Dolby digital 2. 0. Langue originale : anglais. Sous-titrages en anglais, français, allemand, hollandais, espagnol, japonais.

 

La première moitié du XXe siècle est une période riche en innovations artistiques. Comme toutes les révolutions, ces nouveaux courants fascinent, forcent l’admiration, mais également effraient, déroutent, choquent. De nos jours encore, près d’un siècle plus tard, des noms comme Picasso, Chagall, Stravinsky ou Schönberg suscitent les mêmes réactions contrastées : bien que leurs génies respectifs soient officiellement reconnus par tous, pour beaucoup ils sont encore synonymes de chaos, d’agression, d’incompréhension.

Les deux émissions réunies sur ce DVD nous guident pas à pas à travers des œuvres de Schönberg et Stravinsky, nous permettant de nous familiariser avec elles, de nous les approprier pleinement et d’apprécier chacun de leurs aspects. Il s’agit en fait d’une vraie démarche pédagogique, parfaitement construite, à la découverte de deux univers sonores très riches et complexes. Mais chacun de ces films est bien plus qu’un cours bien mené.

En 1946, (1882 – 1971) remanie ses symphonies d’instruments à vent. Ce qui fait la richesse et la beauté du documentaire consacré à cette œuvre est qu’il est construit avec autant de soin qu’un film de fiction : des séquences sans lien apparent entre elles s’enchaînent, des images ou des extraits sonores se glissent entre les commentaires musicologiques, une séance de travail du chef d’orchestre est suivie d’un document d’époque montrant le compositeur lui-même… et peu à peu, au fil des témoignages de musiciens, des images de la partition ou des objets constituant l’univers de Stravinsky, émerge le choral final qui clos cette partition pour harmonie d’orchestre. Toutes ces pistes riches et variées, passionnantes mais jamais trop longues tissent une toile de connaissances, de sons, d’images et de sensations autour de l’œuvre, de la manière dont elle est construite, des circonstances de sa composition.

Frank Scheffer nous raconte tout simplement l’œuvre. Alors que beaucoup de films documentaires sont construits de manière linéaire, celui-ci utilise toutes les richesses de l’audiovisuel : subtilité des montages, relation entre la musique et l’image. Il nous introduit en douceur au cœur de l’œuvre, nous la rendant peu à peu familière. Lorsqu’elle est interprétée dans son intégralité, à la fin du film, nous connaissons son histoire, sa structure, mais aussi les lignes mélodiques de tel ou tel instrument, puisque nous avons accompagné quelques musiciens lors de leur travail individuel. Et c’est avec la sensation d’une complicité entre les interprètes, l’œuvre et nous-mêmes que nous assistons à cette interprétation finale.

Les Cinq pièces pour orchestre d’ sont certainement plus difficiles d’accès pour le néophyte. Scheffer choisit donc de nous les présenter d’une manière plus organisée, et en même temps plus artistique. Le film se déroule comme une pièce de théâtre filmée. Chaque « acte » est clairement annoncé par son numéro et son titre (qui correspond au titre du mouvement de l’œuvre). Et pour chaque mouvement, la même approche : des extraits filmés de l’exécution de l’œuvre, où l’on voit surtout le chef d’orchestre, des analyses très riches – mais axées sur un aspect de l’œuvre, ce qui permet d’éviter une trop grande densité du discours – de musicologues, et de nombreuses images de tableaux, paysages, d’extraits de films qui se déroulent tandis que nous entendons l’extrait dont il est question.

Ce film comporte beaucoup moins d’angles d’approches que le précédent, mais il apprivoise peu à peu l’œuvre. Quelques mots, de nombreuses images, magnifiquement filmées, rendent visible et intelligible la démarche du compositeur. L’interprétation finale, acte VI du document, est filmée de la même manière : nous voyons tour à tour le chef et son orchestre, le plus souvent en plans fixes, et des images qui illustrent l’œuvre. Cette approche très esthétique est un bonheur artistique, au service de l’œuvre de Schœnberg mais également au-delà de cette œuvre : les images sont-elles au service de la musique, ou est-ce le contraire? A souligner, la magnifique mise en images du dernier mouvement, qui fait apparaître des instruments stylisés.

Bien plus que de simples documentaires musicologiques au service d’œuvres d’arts, ces deux films sont eux-même des œuvres d’arts qui puisent leur esthétique dans les œuvres qu’ils nous apprennent à apprécier.

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