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I Musici de Montréal, Arabesques ensorcelantes

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Gaspar Cassado (1897-1966) : Requiebros, Sonate dans le style espagnol ancien ; Alexandre Glazounov (1865-1936) : Chant du ménestrel, Sérénade espagnole ; Isaac Albéniz (1860-1909) : Malagueña ; Enrique Granados (1867-1916) : Intermezzi ; Manuel de Falla (1876-1946) : Danse rituelle du feu, Siete canciones populares españolas ; Alexandre Borodine (1833-1887) : Sérénade espagnole ; Rodion Shchedrin (né en 1932) : À la manière d’Albéniz. I Musici de Montréal. Violonchelo espanol, direction : Yuli Turovsky. 1 CD Analekta AN 2 9897. Durée 59’32.

 

La renommée de l’orchestre de chambre de Montréal dépasse largement nos frontières. Fondé en 1983 par , l’ensemble jouit d’une réputation méritée tant au Canada qu’à l’étranger. Cette nouvelle parution – la première chez Analekta – enregistrée à l’Église de la Nativité de la Sainte-Vierge de La Prairie, révèle bien des surprises. Ubiquiste de corps et d’esprit, , chef d’orchestre et soliste, apporte une touche personnelle par la flamboyance de son jeu, les couleurs chaudes, les rythmes endiablés, dans un univers où l’exotisme réel ou imaginaire se confond souvent à l’érotisme des sons. Placé sous l’égide, pourrait-on dire, du musicologue (1841-1922) les pièces Intermezzi d’, Malagueña d’, ou encore la Danse rituelle du feu et les Siete canciones populares españolas de matérialisent l’Espagne tout entière. En parfaite communion d’esprit, se greffent au-delà du terroir, les pièces de compositeurs venus de Russie, dont l’inspiration toujours fidèle et attentive, semble se fondre et appartenir aux terres brûlées de la péninsule.

Dans une Espagne rêvée, fantasmée, ces pièces, si elles ne sont pas toutes d’origine espagnole, s’en inspirent passionnément. Sans aucun cliché, loin du clappement des castagnettes ou du froissement des robes flamencas, à des années-lumière des espagnolades des filles de Cadix, retenons surtout le chant du ménestrel de Glazounov et l’autre sérénade espagnole de Borodine. C’est une Espagne réinventée par la sonorité du violoncelle et les arabesques ensorcelantes sont magnifiquement soulignées par tous les musiciens de l’orchestre qui dévoilent ainsi les splendeurs qui n’appartiennent qu’à la civilisation hispanique.

Ce sont des œuvres souvent retranscrites pour violoncelle et orchestre à cordes. On pense en premier lieu aux Requiebros (Propos galants) ou plus substantielle encore, la Sonate dans le style espagnol ancien, deux pièces de Gaspar Cassado, écrites à l’origine pour violoncelle et piano. Elles ont été arrangées finement par . Idem pour les Siete canciones populares espanolas. Ici ce n’est plus la voix gutturale de la gitane qui galbe la ligne médiane mais le chant du violoncelle qui tient la place centrale et se joue des difficultés. Les courbes violonistiques s’ornementent d’un goût rude et jaillit dans de vertigineuses envolées dans les finales. Toutes ces mélodies sans parole de seraient à citer. Autre feu d’artifice, la Danse rituelle du feu, page extraite de l’Amour sorcier, où une fois de plus, l’âpre instrument se fait ensorcelant. Enfin, À la manière d’Albéniz de Rodion Shchedrin, plus connu pour son ballet Carmen, d’après l’opéra de , termine le Violonchelo espanol de façon fulgurante. L’arrangement a été fait par . Les affinités des compositeurs russes à la musique espagnole ne sont certes pas le fruit du hasard.

Quelle corrélation peut-on établir entre l’Espagne et la Russie ? Ce sont deux civilisations situées aux confins de l’Occident. Toutes les deux peuvent revendiquer, à bon droit, leur substrat oriental. La première a été marquée dans sa langue et sa culture par la présence mauresque pendant plus de 700 ans, tandis que la seconde subissait depuis la formation de la Horde d’Or, le joug des khanats mongols. Leur manière d’être et de s’intégrer à l’Occident peuvent expliquer, du moins en partie, cette mise en parallèle. Elles demeurent des mondes marqués par leur singularité, étrangers et fascinants, au destin tragique appréhendé, nourris de drames aussi sanglants que démesurés.

La passion, l’enthousiasme ont guidé l’élaboration de ce disque. Beaucoup de chaleur dans le cœur des musiciens et du sang dans les veines du soliste en font une gravure unique. Il faut se procurer ce CD sans plus tarder.

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