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La Veuve Joyeuse, ou les désordres de l’élément rapporté

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Franz Lehar (1870-1948) La Veuve Joyeuse. Teresa Stich-Randall, Missia Palmieri ; Christiane Jacquin, Nadia ; Monique Stiot, Manon ; Jean-Guy Henneveux, le prince Danilo  ; Henri Legay, Camille de Coutançon  ; Gérard Friedmann, Lerida  ; Jacques Gillet, Bogdanowitch ; Michel Fauche, Pristich ; Linda Felder, Olga ; Jeannette Levasseur, Sylvianne ; Germaine Duclos, Praskovia  ; Robert Destain, le baron Popoff ; Jacques Villa, d’Estillac ; Serge Klin, Figg ; Joseph Peyron, Kromptsky. Solistes, Chœur et Orchestre Lyrique de l’ORTF, direction : Adolphe Sibert. 2 CD Integral Classics INT 221. 146/47. Enregistré en public le 30 avril 1970. Notice, quasi inexistante, en français et anglais. Durée 144 minutes.

 

integrale_lehar_veuve-300x297Tout comme Guillaume Tell a son Guglielmo Tell, Lucia di Lamermoor sa Lucie de Lammermor, Die lustige Witwe de Franz Lehar possède sa traduction officielle, la Veuve Joyeuse, francisée par Gaston Arman de Caillavet et Robert de Flers. Il est vrai que l’intrigue prend racine dans un vaudeville d’Henri Meilhac, L’attaché d’Ambassade, et que l’action se déroule à Paris.

De cette version française, parisienne devrait-on dire, existent deux enregistrements, l’un avec , , , , (EMI), et la présente version, remasterisée par Integral Classics, datant de 1970, et enregistrée en public, public qui semble d’ailleurs beaucoup s’amuser et applaudit à tout rompre. Paradoxalement, ce qui séduit dans cet enregistrement trente-cinq ans plus tard est la quantité négligeable de l’époque, alors que ce qui rebute était l’atout principal du spectacle.

La production avait en effet fait appel à une star, Teresa Stich-Randall, pour tenir le rôle de Missia Palmieri (Hanna Glawari dans la version allemande). Or, force est de constater que la magie n’opère plus. La cantatrice n’avait certes pas atteint l’âge légal de la retraite en 1970, mais elle avait commencé sa carrière très tôt et la voix est bien abîmée : le vibrato est envahissant, les aigus sont criés et trop bas, les graves ne sont pas vraiment poitrinés, on dirait plutôt « dégueulés », avec un effort apparent pour le moindre saut d’intervalle. Cette appréciation fera sans doute sursauter ceux pour qui elle reste à jamais la magicienne des nuits aixoises des années 1950. Il vaut mieux parfois rester sur ses souvenirs que de les confronter à la dure réalité.

Idem pour les parties parlées. Dans la version française, Missia Palmieri n’est plus slave, mais américaine, adoptée et élevée en Marsovie. La créatrice du rôle, , instaura la tradition d’interpréter le rôle avec un accent d’Outre Atlantique, ce qui devrait être tout à fait dans les cordes de Teresa Stich-Randall, née dans le Connecticut. Hélas, même si son français est tout à fait convenable, au lieu d’inflexions charmantes, on l’entend surtout buter sur des mots appris par cœur, se reprendre, et composer en définitive un personnage apprêté à force d’application.

Tout autre est le cas du reste de la distribution, composée de solides troupiers, portant haut une certaine idée du chant français, avant que Rolf Liebermann n’en devienne le fossoyeur quelques années plus tard. Tous excellents diseurs, excellents acteurs, même au disque, sans le secours de l’image, leur verve explose ! Le septuor des hommes, très enlevé, en est un exemple éclatant. L’orchestre, sous la direction d’Adolphe Sibert, remplit parfaitement son contrat, c’est à dire qu’on n’entend pas le strass et les paillettes, on les voit ! Le baron Popoff (, le baron Zeta en allemand) et son secrétaire Figg () sont impayables et portent l’essentiel des effets comiques sur leurs épaules. Nadia ( – Valencienne) est un charmant petit soprano caractéristique de l’époque, pas trop pointue heureusement, avec une voix claire et une prononciation à l’ancienne (ah ! le charme désuet des « r » exagérément roulés !)

, le seul dont on se souvienne encore de nos jours, et qui a laissé quelques enregistrements très appréciables (et une fille talentueuse, bon sang ne saurait mentir) interprète un adorable Camille, dont le seul reproche qu’on pourrait lui adresser est d’avoir plus de charme que Danilo (). En effet, ce prince, très drôle et bien chantant, n’est pas assez patricien et beaucoup trop parisien, il a troqué le frac pour le complet-veston, mais après tout nous ne sommes plus sur les bords du Danube, mais aux rives de la Seine, nous avons quitté l’opérette viennoise pour un produit de notre terroir, la faute à la traduction et aux interprètes, et même la valse a un petit quelque chose de musette ! Et bon sang, qu’il est agréable parfois de s’empiffrer honteusement de saucisson à l’ail en dédaignant les Torte à la chantilly !

Imaginons maintenant qu’au lieu d’une star internationale, on ait eu l’idée de proposer cette Missia à… Régine Crespin ? Restons modestes ! Pourquoi pas  ? Nous aurions tenu là une sacrée version de référence !

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Franz Lehar (1870-1948) La Veuve Joyeuse. Teresa Stich-Randall, Missia Palmieri ; Christiane Jacquin, Nadia ; Monique Stiot, Manon ; Jean-Guy Henneveux, le prince Danilo  ; Henri Legay, Camille de Coutançon  ; Gérard Friedmann, Lerida  ; Jacques Gillet, Bogdanowitch ; Michel Fauche, Pristich ; Linda Felder, Olga ; Jeannette Levasseur, Sylvianne ; Germaine Duclos, Praskovia  ; Robert Destain, le baron Popoff ; Jacques Villa, d’Estillac ; Serge Klin, Figg ; Joseph Peyron, Kromptsky. Solistes, Chœur et Orchestre Lyrique de l’ORTF, direction : Adolphe Sibert. 2 CD Integral Classics INT 221. 146/47. Enregistré en public le 30 avril 1970. Notice, quasi inexistante, en français et anglais. Durée 144 minutes.

 
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