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Virginia Tola, jeune soprano lauréate

Alors qu’elle chante Fiordiligi dans une nouvelle production de Così fan Tutte au Théâtre Royal de La Monnaie de Bruxelles, la jeune soprano argentine et lauréate du Concours Operalia 2000 reçoit ResMusica.

« Depuis l’adolescence j’ai été fascinée par ce métier. »

ResMusica : Avez-vous toujours voulu être une chanteuse lyrique ?

 : Oui, j’ai toujours voulu être chanteuse d’opéra. Depuis l’adolescence j’ai été fascinée par ce métier et j’ai aussitôt dit à ma mère que c’était mon désir! Même si ce n’était pas un choix évident car je ne suis pas issue d’un milieu musical, seule ma grand-mère, professeur de piano, s’occupait d’un conservatoire dans ma ville natale.

RM : Comment avez-vous découvert l’opéra ?

VT : Par une vidéo de Carmen. Cela m’a tout de suite plu. J’aime beaucoup jouer la comédie et me produire sur scène. Je trouve que chanteuse d’opéra est la meilleure conjonction entre l’aspect théâtral et l’aspect musical.

RM : Quels sont les chanteurs ou les chanteuses que vous considérez comme des références ou des modèles ?

VT : En fait, je n’ai pas de modèle particulier, ni de référence particulière. J’apprécie certaines caractéristiques chez des chanteuses. J’adore la manière de chanter pianissimo de Montserrat Caballé, la colorature de Teresa Berganza et bien sur l’engagement dramatique de Maria Callas.

RM : Vous êtes lauréate du célèbre concours Operalia fondé par Placido Domingo. Quelle a été l’importance de cette compétition dans votre carrière ? 

VT : Avant le concours Europalia, j’ai remporté le premier prix du Concours Reine Sonia de Norvège (1999) à Oslo. Le jury comportait des sommités du monde de l’opéra comme Birgit Nilson, Christa Ludwig, Théo Adam. Participer à cette compétition était pour moi un bon moyen de me situer et de me jauger par rapport à d’autres jeunes chanteurs. Ensuite, j’ai souhaité participer à Operalia. À Los Angeles, j’ai remporté trois prix lors d’Operalia 2000, dont le prix du public et le prix de la Zarzuela. J’ai ainsi rencontré Placido Domingo qui m’a pris sous son aile. Ce fut une chance incroyable car c’est un chanteur et une personnalité d’exception.

RM : J’ai trouvé une liste de vos différents rôles : Micaëla (Carmen – Bizet), Mimì (La Bohème – Puccini), Nedda (Pagliacci – Leoncavallo), Donna Elvira (Don Giovanni – Mozart), Fiordiligi (Così fan tutte – Mozart), Rosina (Il Barbiere di Siviglia – Rossini), Marguerite (Faust – Gounod), Juliette (Roméo et Juliette – Gounod), Desdemona (Otello – Verdi), Euridice (Orfeo et Euridice – Gluck). C’est très éclectique ! Comment choisissez-vous vos rôles ?

VT : Lors de mes années d’études, au Teatro Colon de Buenos Aires, j’ai eu l’occasion d’apprendre de très nombreux rôles car la formation insiste énormément sur ce point. Cependant, les aléas de la carrière sont tels que c’est au fur et à mesure des mes engagements que je reprends ces rôles. Ainsi, c’est la première fois que j’ai l’occasion de chanter Fiordiligi sur scène. J’ai étudié le rôle en Argentine, puis à d’autres occasions à travers le monde, mais ce sera pour moins une véritable prise de rôle au sens littéral du terme. Je suis très heureuse de le chanter à La Monnaie car les conditions de travail sont optimales.

RM : Votre parcours vous mène d’Argentine à Oslo en passant par Washington, Los Angeles, Turin, Trieste et Bruxelles. Cette carrière internationale est-elle un choix délibéré ou un hasard ?

VT : Les deux aspects sont mêlés. L’Argentine a produit de nombreux talents musicaux exceptionnels comme Martha Argerich, Daniel Barenboim, José Cura, Marcelo Alvarez. L’éducation musicale est d’un très haut niveau et nous avons la chance d’avoir le Teatro Colon, une salle mythique à l’acoustique exceptionnelle. Cependant, à un moment, il devient indispensable de partir pour développer une carrière internationale.

RM : Votre répertoire va de Gluck au contemporain. Il n’y a pas de baroque! Est-ce que c’est un choix ?

VT : C’est encore un aléa de la carrière. Pendant mes années d’études, j’ai chanté du baroque, mais mes engagements me portent plus vers le répertoire du XIXe siècle. Ainsi cette année je vais chanter beaucoup de Mozart, autant à l’opéra qu’en concert et j’en suis très heureuse.

RM : Vous chantez Fiordiligi dans cette nouvelle production de Così fan Tutte à La Monnaie. Quelle est votre vision du rôle ?

VT : Fiordiligi est un rôle dont je suis proche et auquel je m’identifie. C’est une personnalité avec laquelle j’ai beaucoup de points communs : le caractère, l’énergie, la vitalité… Fiordiligi est une femme qui évolue ; elle est à un carrefour : c’est encore par certains aspects une jeune femme au sortir de l’adolescence et par d’autres déjà une femme.

RM : Così fan Tutte est une œuvre aux multiples aspects. Ainsi, au festival de Salzbourg, le couple de metteurs en scènes Karl-Ernst et Ursel Herman a modifié le sens de l’histoire. Les deux sœurs sont au courant, dès le début de la pièce du pari entre Guglielmo, Ferrando et Don Alfonso. Ils estiment ainsi rétablir un « équilibre » entre les femmes et les hommes et ainsi éviter un côté trop « sexiste » de cet opéra. Qu’en pensez-vous ?

VT : Je ne pense pas que ce soit un aspect important de la partition. Je ne crois pas à une opposition entre les garçons et les filles, la réalité est plus complexe et il ne faut pas se limiter à une vision manichéenne des relations entre les personnages. Il n’y a pas de bons, il n’y a pas de méchants. C’est un opéra qui traite des faiblesses humaines et tous les personnages sont quelque part responsables de ce qui arrive, et ce qui est intéressant c’est qu’au fond ils ont droit à une deuxième chance.

RM : Quels sont vos projets scéniques et discographiques ?

VT : Je vais reprendre Fiordiligi dans différents opéras dont le Teatro Colon, et Micaëla dans Carmen à Turin. Mais mon principal projet c’est Violetta dans La Traviata, c’est pour moi quelque chose de fascinant et de formidable. Je pense que c’est un rôle qui vocalement et dramatiquement parlant me convient bien. En novembre dernier, à l’occasion de mes débuts en Belgique, j’ai chanté Luisa dans Luisa Miller de Verdi. C’est un rôle difficile et pour certains, il est même plus dur que Violetta. Tout s’est bien passé, j’ai donc confiance pour cette prise de rôle. Au niveau discographique, j’ai enregistré une pièce de Luis Bacalov, le Concerto pour soprano, bandonéon et orchestre, une musique inspirée par le tango. Sinon, j’ai collaboré à deux enregistrements à paraître. Ils sont consacrés des œuvres du grand compositeur argentin Alfredo Ginastera sous la direction de Gisèle Ben-Dor : l’opéra Don Rodrigo, avec Placido Domingo et Milena, une pièce pour soprano et orchestre sur des textes de Kafka. C’est une musique atonale très difficile à chanter.

Crédits photographiques : © D.R.

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